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Le Devoir

Budget fédéral

Bouchard appelle à la mobilisation

Mario Cloutier
De notre bureau de Québec
1999-02-18
 

"Ça ne restera pas sans suite, c'est trop gros, trop dangereux, trop grave. "

Le premier ministre Lucien Bouchard monte au front pour dénoncer à son tour le budget fédéral, qu'il qualifie de "jeu de dupes" et d"injustice" qui nuira aux plus démunis du Québec, les assistés sociaux et les malades.  Cette exceptionnelle sortie d'un premier ministre québécois à la suite d'un discours sur le budget à Ottawa a lancé M. Bouchard sur la piste de la solidarité et de la mobilisation québécoise, sans l'amener toutefois jusqu'aux "conditions gagnantes" d'un référendum.

"Ça ne restera pas sans suite, c'est trop gros, trop dangereux, trop grave ", a-t-il laissé entendre hier.  Il estime que les Québécois réagiront fortement quand on leur expliquera la portée réelle du budget de Paul Martin, mais il dit parler ainsi en tant que premier ministre et non comme chef du Parti québécois.  "Les engagements du gouvernement fédéral ont été violés de façon flagrante, arrogante, grossière et brutale.  C'est sans précédent, c'est inimaginable", a-t-il ajouté pour décrire les gestes faits par Ottawa dans le champ de compétence provinciale de la santé.

Pour faire contrepoids à ce gouvernement fédéral qui renie sa parole et sa signature en tentant d'aplanir la différence québécoise comme peuple distinct, a-t-il expliqué: "le peuple du Québec peut compter sur son gouvernement national".  "On est présentement renvoyés à nous-mêmes.  Qui aurait imaginé une pareille attaque il y a 24 heures?"

Le gouvernement québécois a indiqué hier que la modification apporté par Ottawa au calcul des paiements de transfert, basée maintenant sur la population plutôt que sur les besoins, nuira particulièrement aux bénéficiaires de la sécurité du revenu.  Le Québec compte davantage d'assistés sociaux que les autres provinces et la contribution fédérale s'élevait auparavant à 50% des dépenses provinciales en matière de sécurité du revenu.

Le premier ministre Bouchard s'attendait donc à recevoir entre 400 et 500 millions pour la santé.  Ce sont finalement 150 millions qui aboutiront dans les coffres du Trésor après la révision des méthodes de clacul des transferts aux provinces.

Le gouvernement Bouchard, qui vient de réinvestir 20 millions dans la santé pour régler à court terme le problème de l'engorgement des urgences, estime maintenant que ces 150 millions ne seront pas suffisants pour l'ensemble du réseau.  M. Bouchard affirme cependant qu'il respectera son engagement tel qu'évoqué en campagne électorale et tel qu'inscrit dans la lettre, datée du 22 janvier, des premiers ministres à Jean Chrétien.

"C'est sûr qu'il faut mettre plus que 150 millions dans la santé, on le sait.  On remet l'argent qu'on a.  Ce ne sera pas assez.  L'Ontario est beaucoup mieux placé que nous avec ses 950 millions cette année seulement."

Le système de péréquation qui rapportera l,4 milliard au Québec ne rassure en rien M. Bouchard en raison de ses fluctuations selon les années.  En outre, soutient Québec, cette mince consolation n'arrive pas à compenser le manque à gagner de deux milliards dans les paiements de transfert.  Elle ne doit pas non plus occulter le fait qu'Ottawa ne respecte pas ses engagements dans la santé.

M. Bouchard ne croit pas, par exemple, que la crise dans les hôpitaux ontariens soit cinq fois plus importante que celle vécue au Québec.  Pourtant, l'Ontario recevra cinq fois plus que le Québec avec le nouveau programme de transferts fédéraux.

De passage à Québec pour commenter le budget, la ministre fédérale de la Citoiyenneté et de l'Immigration, Lucienne Robillard, y est allée de quelques leçons d'économie à ce sujet.  Selon elle, l'Ontario reçoit plus en raison d'une forte croissance économique et de réajustements justifiés.  "La journée où on aura un boum au Québec, ce sera l'inverse.  On partagera avec d'autres. (...) Là, c'est l'Ontario qui a connu un boum au plan économique, et ça nous permet, avec la péréquation, d'en bénéficier au Québec."

Le problème qu'aura peut-être la ministre Marois, note-t-elle, n'est pas d'avoir reçu moins que prévu avec les paiements de transfert à la santé mais de ne pas être en mesure de convaincre ses collègues au conseil des  ministres de dépenser les sommes de la péréquation dans le réseau dont elle détient la responsabilité.

"Elle va devoir défendre son point au conseil des ministres.  (...)  Il faut qu'elle se batte."

La décision de procéder aux paiements de transfert en utilisant une méthode de calcul par habitant n'est pas nouvelle, selon la ministre Robillard.  "Le Québec savait déjà çà. " Ottawa n'a fait, selon elle, que rétablir une situation qui pénalisait auparavant les provinces les plus riches comme l'Ontario, la Colombie Britannique et l'Alberta.  "Ça m'apparaît être un système équitable", conclut-elle.

Sur les échanges d'information que veut promouvoir Ottawa dans le domaine, la ministre Robillard soutient que l'ancien ministre québécois de la santé, Jean Rochon, était d'accord avec le fait que les provinces apprennent ainsi "les unes des autres".

Quant à la péréquation, tout en reconnaissant que les sommes pourront varier au cours des prochaines années, le gouvernement fédéral prévoit des revenus supplémentaires de 500 millions l'an prochain pour le Québec, de même qu'au cours des cinq prochaines années.
 
 

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