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Mme Andrée Ferretti

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QUÉBEC un Pays rend hommage à
Madame Andrée Ferretti
 

Andrée Ferretti est née en 1935 dans une famille francophone et modeste. Elle milite depuis 1963 pour l'indépendance du Québec; en 1967, elle est élue vice-présidente nationale du RIN et choisie par la SSJB-M en 1979
« Patriote de l'année ».
Au milieu des années 70, elle fait des études de philosophie et elle publie de nombreux articles politiques dans Parti pris, Le Devoir, la revue Possibles, l'Impasse, etc. Elle a collaboré au cahier « Culture et société » du journal Le Devoir.
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Le mépris de soi ou
le retour du colonisé
Andrée Ferretti*
avril 2002
 

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Point final
Andrée Ferretti
TRIBUNE LIBRE 5.11.2003


 
Pour des raisons légitimes, compte tenu de sa politique éditoriale, le magazine de la CSN, La force des mots, qui le lui avait demandé, a refusé ce texte d'Andrée Ferretti. Vigile, au contraire, le trouve pertinent dans le contexte des débats sur les défusions et du Rapport annuel de l'OLF.
«Il était une fois…» Ainsi commencent toujours à l’imparfait les histoires que l’on raconte aux enfants pour les aider à s’endormir, reléguant dans un passé indéfini les épisodes terrifiants qui pourraient troubler leur sommeil.

Je crains que les tentatives répétées et toujours plus nombreuses des ennemis de la nation québécoise procèdent de cette manière du conte. «Autrefois, disent-ils, la langue française, au Québec, était menacée ….» Et le peuple s’endort, content de l’avoir échappé belle.

Ainsi, en sommes-nous encore, en cet automne 2003, à vivre dans un Québec en voie de rebilinguisation galopante, à devoir livrer la bataille de la langue pour les mêmes raisons et dans la même urgence qu’avant l’adoption de la loi 101.

Et il en sera ainsi jusqu’à notre disparition à feu vif, de plus en plus vif, comme minorité provinciale de langue française ou jusqu’à notre avènement comme nation souveraine dans un État indépendant.

Point final.

Car, et c’est important de le savoir et de le comprendre, dans le Québec, province du Canada, les anglophones du Québec sont des Canadiens anglais, de souche ou assimilés, qui constituent le peuple majoritaire du Canada, le peuple qui détient le pouvoir de brimer nos droits et de défaire nos lois en toutes matières, y compris en matière linguistique, comme le démontre la destruction de la Charte de la langue française.

Ainsi, les Canadiens anglais du Québec se sont servis de toutes les institutions juridiques et politiques canadiennes, principalement du Parlement canadien, de la Cour suprême du Canada, de la Cour supérieure du Québec et du gouvernement libéral du Québec, pour faire modifier et abroger un nombre si considérable d’articles de la loi 101 qu’elle en est devenue quasi inopérante.

Et ils démontrent par leur acharnement à lutter contre les fusions municipales, qu’ils sont plus décidés que jamais à utiliser tous les pouvoirs et moyens à leur disposition pour arriver à leur fin qui est de vivre au Québec en peuple majoritaire, puisque au Québec, province du Canada, ils le sont.

Ainsi, ils peuvent vivre en anglais au Québec, de leur lever à leur coucher, de la naissance à la mort, non, comme nous nous en donnons l’illusion, parce que nous sommes tolérants, mais parce qu’ils sont intolérants et qu’ils abusent et abuseront toujours du rapport des forces en présence qui, dans un Québec, province du Canada, leur permet de constamment menacer l’existence de la nation québécoise de langue française.

La force des mots, c’est aussi ce pouvoir de vie et de mort dont disposent les anglophones du Québec, dans un Québec, province du Canada.

Seule l’accession du Québec au statut de pays souverain et indépendant pourra faire échec à ce pouvoir de manière irréversible.

Point final.

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
Octobre 1970.
Andrée Ferretti
lundi 28 avril, 2003 17:32

Chers amis et amies,

Le texte qui suit sur cette page est l'introduction de l'analyse politique que je faisais de la proclamation, en octobre 1970, de la Loi des mesures de guerre, sous le titre de De Londres à Ottawa, le terrorisme d'État dans l'histoire du Québec.

Paru d'abord, dans le numéro d'octobre 2000 de L'Action nationale, monsieur Bertrand m'a fait le plaisir et l'honneur de le reproduire intégralement sur le site qu'il a créé, en guise d'hommage à mes 40 ans d'engagements quotidiens dans notre lutte pour l'indépendance du Québec.

Il me demandait récemment, de même que monsieur José Fontaine, de relater mon expérience personnelles des événements d'octobre.

Comme je n'aime pas parler de moi sans recul, je n'ai pas accepter l'invitation.

Je m'y rends aujourd'hui, indirectement, en vous envoyant en document attaché le récit littéraire de ces événements, tels que je les ai vécus de l'intérieur.

Ce n'est pas, contrairement au premier, un texte qui appelle aux commentaires politiques. Comme toute expression littéraire, il ne peut qu'émouvoir ou ennuyer.

Avec l'espoir que celui-ci ne vous ennuiera pas trop, je vous le soumets en toute humilité.

Bien amicalement,

Andrée Ferretti.

Le 16 octobre 1970, à quatre heures du matin, Pierre-Elliot Trudeau, premier ministre du Canada proclamait la Loi des mesures de guerre et avant même le lever du jour, l’armée canadienne qui la veille avait subrepticement commencé à envahir le Québec, l’occupait officiellement en vertu de cette loi.

À la même heure et en vertu de cette même loi, 242 personnes dont plusieurs écrivains et artistes, syndicalistes et candidats du PQ aux élections précédentes étaient arrêtées et conduites en prison.

La journée n’était pas terminée que des dizaines d’autres connaissaient le même sort.

En quelques jours, 465 personnes avaient été emprisonnées, leurs maisons fouillées et quelques fois saccagées, leur famille apeurée et dans certains cas, leurs enfants laissés seuls.

Elles furent presque toutes libérées sans même avoir été interrogées.

Le 21e jour de cette manifestation de force, seules 32 personnes furent mises en accusation, détenues encore pendant plusieurs semaines pour être enfin libérées sans avoir subi de procès, la Cour déclarant qu’il n’y avait pas matière à procéder (nolle prosequi).

L’opération déclenchée sous le prétexte de l’urgence à contrer une montée subite des actes illégaux et de la violence politique du FLQ, alors que les membres des cellules du mouvement qui l’exerçaient étaient déjà connus et filés par la police et auraient pu être arrêtés aux seuls moyens des techniques policières habituelles, ce qui est d’ailleurs arrivé quelques semaines plus tard, s’avère à l’évidence, avec le recul, une entreprise soigneusement planifiée.

Elle avait pour véritable but de terroriser le peuple québécois et d’écraser par ricochet le mouvement indépendantiste qui portait à un niveau encore inégalé sa conscience nationale et sa volonté d’autodétermination.

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De la rue au bunker
par Mme Andrée Ferretti
octobre 1996

note de présentation:

Dans mon pamphlet Le parti québécois: Pour ou contre l'indépendance? publié chez Lanctôt éditeur, en octobre 1996, j'avais dans le chapitre 2 vertement critiqué les hautes instances du Parti québécois pour leur empressement à blâmer Jacques Parizeau pour les propos tenus par ce dernier au soir du référendum.

Au delà, je montrais la perversité de notre constante tendance à l'autoflagellation.

La version ci-jointe est tirée du manuscrit de La passion de l'engagement qui a republié cette partie du pamphlet.

Le Parti québécois :
Pour ou contre l’indépendance ?,
Montréal, Lanctôt éditeur, 1996, pp. 43-79.

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De: Andrée Ferretti
À: Robert Bertrand
Envoyé: Saturday, March 22, 2003 10:17 AM
Sujet: Quelle surprise!

Bonjour cher monsieur Bertrand,

Comment vous remercier du bel hommage que vous me rendez dans les pages de votre site, si ce n'est en vous disant que je m'en réjouis profondément. Parce qu'il manifeste votre appréciation de ma pensée et de mon action, bien sûr, mais davantage encore, parce qu'il fait connaître à un nouveau public ma manière de concevoir notre lutte pour qu'elle soit un jour, le plus prochain possible, victorieuse.

En toute solidarité,
Andrée Ferretti.

P.S. Je me permets de vous envoyer deux autres textes que mes lecteurs disent majeurs pour la compréhension de l'histoire moderne de la lutte de libération nationale menée par notre peuple. À vous de juger s'ils peuvent être publiés sur votre site.

Le premier, Aliénation et dépolitisation est paru en septembre 1980 dans un ouvrage collectif L'IMPASSE et est consacré à l'analyse des causes, selon moi, de l'échec du premier référendum.

Le second, De Londres à Ottawa, le terrorisme d'état dans l'histoire du Québec est initialement paru dans l'Action nationale en octobre 2000 et fait l'histoire du rôle des Armée britannique, d'abord, puis canadienne, dans la répression du mouvement indépendantiste, lors et depuis la conquête anglaise.
Tous les deux sont parus dans LA PASSION DE L'ENGAGEMENT, publié par Lanctôt éditeur en février 2002.

Je reproduis le premier à partir de mon manuscrit, avant mise en pages  et correction des épreuves. Le second, en partie (la présentation) de mon manuscrit, en partie (le texte) du site de VIGILE qui le reproduit tel qu'il est paru dans L'Action nationale.

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Un bonheur de lecture:
Lionel Groulx
par Mme Andrée Ferretti
L'Action nationale, vol. 84, no 6, juin 1994, pp. 840-850.

Conférencière invitée au troisième déjeuner-causerie de L'Action indépendantiste du Québec qui le 22 novembre 1993, réunissait plus de 130 personnes dont Mme Louise Harel, Andrée Ferretti rendait ce vibrant hommage à l'oeuvre de notre historien national.

Introduction

J'ai lu ou relu, en quelques jours, plus d'un millier de pages de l'oeuvre de notre illustre historien. J'ai alors redécouvert avec plaisir un intellectuel d'une immense envergure, tant par l'ampleur de son érudition que par la nouveauté de sa conception de l'histoire et de ses méthodes de reconstruction du passé, comparable à celle des meilleurs penseurs et chercheurs en sciences humaines de la première moitié du XXe siècle.  J'ai de plus savouré la beauté d'une langue et d'un style qui font de l'oeuvre savante de Lionel Groulx une véritable oeuvre littéraire.

Or, ce bonheur de lecture ne pouvait chez moi qui aime partager mes enthousiasmes que s'accompagner du désir de faire lire cet auteur considérable, particulièrement aujourd'hui où autant ses épigones que ses détracteurs le desservent, soit en le magnifiant dans des présentations et des analyses glorificatrices et désuètes, soit en le réduisant aux formules infamantes de leur vision d'essayistes ignares et malveillants.

Il importe effectivement, pour le lire aujourd'hui avec intelligence, de ne pas considérer Lionel Groulx comme un contemporain, aussi actuelle que demeure son oeuvre sous plusieurs aspects, mais comme une figure historique marquée par son temps. Sa vision du monde et les nôtres ont été nourries à des sources trop différentes pour ne pas être forgées par des valeurs souvent divergentes.

Nous ne devons jamais perdre de vue que Lionel Groulx est né en 1878, qu'à la fin de la Grande guerre (première guerre mondiale), il était âgé de 36 ans, qu'il était donc un homme déjà accompli, d'autant plus qu'il avait été remarquablement précoce. Or, s'il est vrai, comme le soutient la majorité des historiens, que le XXe siècle ne commence vraiment qu'à la fin de cette guerre, on doit admettre que Lionel Groulx, jusqu'à environ 1920, est un homme du 19e siècle, entièrement imprégné par l'idéologie ultramontaine.

Il est bien connu qu'au Canada français l'Église ultramontaine impose alors, et depuis longtemps déjà, sa foi, ses dogmes et ses idées. Reçus presque universellement par la population canadienne-française de tous les milieux sociaux, ses enseignements et ses valeurs sont comme indissociablement liés à toute l'activité intellectuelle, activité qui ne se borne pas à composer avec cette donnée, mais qui s'y conforme. Les liens de la pensée et de ce catholicisme ne sont, en effet, pas seulement ceux de la croyance, mais ceux de la culture et de l'institution, avec ce que cela comporte de monolithisme dans les domaines de l'éducation et du savoir.  Or, faut-il le rappeler, Lionel Groulx a été, dès 1891, élève, puis étudiant dans un séminaire, formé en vue de la prêtrise.

Comment, dès lors, ne pas s'étonner que le jeune abbé ait réussi assez vite, sitôt l'avènement de la nouvelle ère, à se dégager de l'emprise d'une formation si rigoureusement dominante, à s'en dégager substantiellement, sans pour autant la renier. Au contraire, tout au long de sa vie, cet homme a trouvé dans la fidélité aux principes fondamentaux de son éducation familiale, sociale et religieuse, le point d'appui qui lui a permis d'élaborer une interprétation renouvelée de notre histoire. Cette attitude est une autre marque de son intelligence, puisque aussi bien, il n'est pas d'exercice créateur de la pensée qui ne soit nourri d'acquis culturels spécifiques, suffisamment reconnus pour être dépassés sans être effacés.  Il n'y a, par exemple, de logique nodale que tributaire de la logique aristotélicienne.

Tout un chacun, néanmoins, ne devient pas le héros d'une aventure intellectuelle insigne. Comment Lionel Groulx y est-il arrivé? Pour ma part, je suis convaincue que c'est l'amour qu'il a éprouvé pour son peuple qui en est la véritable armature. Il m'apparaît évident que son oeuvre créatrice d'explications, de débats et d'engagements non encore épuisés, où est constamment présente une intelligence sensible de notre histoire, n'est que l'autre face de son amour lumineux pour son «petit peuple». J'admire que pendant les 70 ans de sa vie active, il n'ait poursuivi d'autre but, à travers ses multiples recherches, écrits, cours, conférences et toutes autres actions, que celui de développer chez les Canadiens français une conscience nationale suffisamment orientée pour élaborer des projets cohérents, susceptibles de servir leur épanouissement. Et, aujourd'hui, devant la représentation positive que le peuple québécois se fait de lui-même, je m'émerveille de la puissante réussite de ce travail, en me rappelant qu'il a été accompli au sein d'un peuple qui était alors plus profondément aliéné que jamais, après avoir subi, depuis 1840, non seulement sans révolte, mais dans la plus débilitante résignation, la domination politique et économique du Canada anglais, avec ses effets corrosifs sur tous les aspects de son développement, particulièrement sur l'affirmation de son identité nationale.

Aussi, même si je ne peux voir l'ouvre groulxienne, de quelque point de vue où je me place, comme engagée sur la voie de l'indépendance du Québec, je ne la considère pas moins comme le matériau d'origine du mouvement indépendantiste contemporain, comme la charpente intellectuelle de la réflexion qui lui a donné naissance. Et c'est finalement comme militante indépendantiste qu'elle m'a touchée.

Être humain, c'est tenir à sa différence

La différence et l'opposition entre les cultures, soutient Claude Lévi-Strauss dans Le regard éloigné (1983), loin de manifester quelque relent de racisme que ce soit, exprime au contraire les conditions essentielles et constantes de l'autodéveloppement de l'humanité. «Que chaque peuple ait tenu à ses racines et ait pris conscience de leur prix a été la manière spécifique à chacun d'assurer son existence et la survie de l'humanité.»

Lionel Groulx n'a pas attendu Lévi-Strauss pour comprendre que c'est en persévérant dans son propre être que chaque peuple, comme chaque individu, assume pleinement son humanité et participe ainsi à l'humanisation de tous; il n'a eu aucun besoin de s'appuyer sur une théorie savante pour être convaincu que la conscience de son identité est le fondement de toute création et que la création est la voie royale qui mène aux autres.

Ainsi, défendre son identité nationale, écrivait-il dans Si Dollard revenait (1919), «Cela ne veut pas dire, comme d'aucuns essaient de le faire croire, que l'on veuille cloîtrer son esprit ni s'interdire la vérité et la beauté universelles; mais cela veut dire, par exemple, que l'on entend mettre sur toutes choses le reflet de son âme à soi, que l'oeuvre originale vaut mieux que l'ouvre pastichée; et qu'agir ainsi n'est point servir fanatiquement la vérité et la beauté de son pays, mais la vérité et la beauté dans son pays.»

Il poussait encore plus loin sa démonstration du lien indissociable entre identité et créativité dans Notre mission française (1941): «Au surplus, qu'artistes ou intellectuels ne s'effraient point; je ne leur demande pas de faire chrétien ou catholique. Je ne leur demande pas davantage de faire canadien-français; Canadiens français, je leur demande simplement de l'être.  Qu'ils soient hommes en plénitude; et que pour l'être, ils soient racés et racinés (...) et je ne m'inquiète plus de leur oeuvre. Qu'ils n'imaginent pas, non plus, je ne sais quelle antinomie entre l'originalité et l'universalité, entre la culture nationale et la culture humaine. L'originalité jaillit, avons-nous dit, lorsque l'homme arrive à révéler son fond d'homme. Sans l'ombre d'un paradoxe, l'on peut soutenir que plus une littérature, plus un art sont originaux, plus ils sont humains, et par cela même, plus ils portent en eux de l'universel.»

Cette conviction de la nécessaire affirmation de soi, pour soi-même et non contre les autres, est la ligne directrice majeure de l'entreprise groulxienne qui tient le peuple canadien-français comme premier responsable de son destin, de sa servitude comme de son éventuel épanouissement. Elle est si inhérente à toute l'ouvre qu'il m'apparaît restrictif de n'en donner qu'une preuve particulière. Je n'en citerai pas moins quelques lignes tirées de L'économique et le national, conférence prononcée deux fois, en février 1936, devant les publics respectifs de la Chambre cadette de Commerce de Montréal et du Jeune-Barreau de Québec. Groulx s'applique alors à démontrer l'indissociabilité des liens entre la maîtrise de l'économie et le développement national. Dans un passage, il impute l'infériorité économique du peuple canadien-français et la dépendance qu'elle entraîne, à sa «désorientation essentielle»: «Quand on s'est perdu pour avoir tourné le dos au principe de sa vie, on ne se sauve que par un retour à son principe vital. (...) L'on n'agit d'une certaine façon que si l'on est de cette façon.»

Ailleurs, après avoir tracé les grandes lignes d'une politique économique qui favoriserait notre développement, il prend la peine de préciser:  «Une politique canadienne-française n'est pas nécessairement, que je sache, une politique d'agression ni d'injustice à l'égard de qui que ce soit. Nous ne songeons à dépouiller personne; seulement nous n'entendons pas, non plus, être dépouillés. Nous n'empêchons personne de vivre, mais nous voulons vivre nous aussi. Et j'estime que ce n'est pas prendre la place des autres que de prendre la nôtre. Je ne suis, ai-je besoin de le dire, ni anti-Anglais, ni anti-Juif. Mais je constate que les Anglais sont pro-Anglais et que les Juifs sont pro-Juifs. Et dans la mesure où pareille attitude ne blesse ni la charité, ni la justice, je me garderai bien de leur en faire reproche.  Mais alors je me demande pourquoi, et dans la même mesure, les Canadiens français seraient tout, excepté pro-Canadiens français?»

Il n'en demeure pas moins vrai que cette propension de Groulx à parfois louer exagérément son peuple, au nom de valeurs dont certaines sont devenues complètement désuètes, a, par moments, gêné ma lecture. J'attribue cette conduite de Groulx à son espoir de conjurer par le discours une médiocrité réelle qui l'inquiétait jusqu'à l'angoisse, qui le heurtait douloureusement.  Historien éminemment cultivé, il savait que l'idéal fascine et entraîne, qu'il domine les consciences et impose ses exigences. D'où son insistance à proposer à l'admiration des Canadiens français, et à leur imitation, un idéal humain fondé sur la valorisation des luttes courageuses des ancêtres pour survivre, pour conserver leur langue et leur foi, propriétés culturelles qui les rattachaient à deux très hautes civilisations, celles de la France et de la Rome catholique. Car Groulx savait parfaitement que seules les cultures en situation d'échange et d'interaction ont su s'épanouir; qu'au contraire les cultures enfermées dans un espace politique clos n'ont pu survivre. C'est ainsi qu'il considérait le catholicisme comme un véhicule important de notre ouverture sur le monde.

Et c'est précisément ce que ne peuvent supporter les ennemis actuels du peuple québécois: que Groulx nous ait évité de devenir un peuple aphasique, en nous inculquant la conscience de notre identité nationale et la volonté de l'affirmer.

L'histoire : une création continue

Une nation existe par les représentations motrices et vitales qu'elle puise dans son passé, non pour s'y fixer, mais pour se propulser vers l'avenir.  Une nation ne peut s'affirmer qu'appuyée sur ses lignes de force, car la nation est une communauté qui pousse sur des racines pour le truchement de l'histoire dont la mission est de remodeler constamment les héritages d'où elle part. «Rien de plus faux que l'histoire définitive, ai-je pu constater une nouvelle fois», nous confie Groulx dans le tome 4 de ses Mémoires, en nous parlant du travail ardu consacré à la réédition dans son ouvrage:   La découverte du Canada - Jacques Cartier, «pour remplumer, rhabiller à la mode ce vieux rossignol. Mais il me permit de constater unes des grandes conférences qu'il a prononcées entre 1928 et 1945 pour constater l'influence profonde qu'il exerce toujours sur nos politiciens, nos intellectuels, nos écrivains, nos artistes. Personne parmi nous qui ne reprenne à sa manière l'analyse groulxienne du mal québécois, de ses causes proches et lointaines, des moyens d'y remédier.

«Maître chez nous», par exemple, a été pendant longtemps le concept articulateur du programme de redressement national prôné par Groulx. «Égalité ou indépendance» est aussi une problématique qu'il a soulevée, sans oublier l'idée d'envoyer à Ottawa un bloc de députés exclusivement dévoués aux intérêts du Québec. Jusqu'à René Lévesque qui, sous le concept de souveraineté-association, n'a fait que reprendre la proposition de Groulx, formulée à maintes reprises, de faire de l'État du Québec un État national et français qui n'en partagerait pas moins sa souveraineté avec l'État canadien dans plusieurs domaines dont l'économie et les relations extérieures. On peut aussi souligner qu'il a démontré avant les rédacteurs de Parti Pris, l'indissociabilité des liens entre l'économique, le social, le politique et le culturel dans l'appropriation de notre destin national, tout comme il a dénoncé, avant Pierre Vallières et tout aussi farouchement que lui, les méfaits de l'impérialisme américain, non seulement pour le Québec, mais pour le monde. Et n'a t'il pas célébré, dès 1915, l'universalité de «l'homo quebecensis» si chère à Gaston Miron.

Répéter en croyant inventer, n'est-ce pas la manifestation la plus éloquente de la culture?

Une oeuvre à compléter

Et pourtant! Pourtant, cet homme qui a eu comme passion le plein épanouissement de son peuple, cet homme qui a vécu «en angoisse que chaque jour ce peuple jouait son destin», est demeuré impuissant à assumer dans toutes ses propriétés la dimension politique de son entreprise qui est l'indépendance nationale.

Il n'a en effet soutenu cette option qu'en 1922. Et encore parce qu'il a cru que la Confédération serait bientôt emportée par la dégringolade sans cesse accélérée de l'Empire britannique. Compte tenu de cette éventualité, il dirige alors une vaste enquête sur les conditions de réalisation et les conséquences immédiates de l'indépendance, dans le but de préparer l'avenir.

Mise à part cette exception, Lionel Groulx a été autonomiste. Il a défendu l'union confédérative voulue, selon lui, par les Canadiens français qui y sont entrés de plein gré. Basée sur l'égalité des deux nations fondatrices, sur la reconnaissance de leurs différences et la volonté exprimée de les respecter, la Confédération était à ses yeux une victoire emportée de haute lutte par le peuple canadien-français. Bien qu'il ait chaque jour noté la faillite de l'institution, il n'a jamais cessé de croire à la dimension constructive de l'«esprit» qui avait présidé, selon lui, à sa création, comme il n'a jamais cessé d'exiger le retour à cet «esprit». Car, s'il était respecté, estimait Groulx, nous pourrions vivre avantageusement dans une véritable confédération, c'est-à-dire dans une union harmonieuse et efficace de provinces aussi autonomes que possible, fières de leur originalité propre et, également, de leur patrie commune.

Ainsi, il ne lui paraît pas contradictoire de servir la Confédération puisque loin d'exiger que les Canadiens français se fondent dans la majorité anglophone, elle leur permet d'affirmer leur spécificité. Fort de cette Groulx s'est assigné, pendant plus de cinquante ans, la tâche d'éveiller et de développer la conscience nationale de ses compatriotes qu'il jugeait chaque jour plus déficiente depuis leur victoire de 1867, afin qu'ils exigent de leur gouvernement provincial qu'il exerce pleinement tous les pouvoirs de sa juridiction et qu'il lutte sans relâche contre le moindre empiétement du gouvernement fédéral.

C'est ce nationalisme provincialiste qui tient encore, aujourd'hui, le Québec enfermé dans la dialectique majorité-minorité qui l'«oblige à un perpétuel recommencement des mêmes luttes, nées des mêmes revendications, en vue des mêmes objectifs», comme Miron et moi-même le démontrons dans l'introduction aux Grands textes indépendantistes.

On pourrait ainsi soutenir que Lionel Groulx a objectivement oeuvré contre l'indépendance du Québec. Je l'ai déjà pensé. Je ne le crois plus. Le projet indépendantiste, comme tout projet de libération, est un processus historique de longue haleine et il suppose, pour se réaliser, de multiples points d'appui. Or, comme la mémoire est le levain de l'avenir, Lionel Groulx, en nous faisant cadeau de notre histoire, a construit les fondations sur lesquelles nous bâtissons, depuis, notre pays.

Et je lui en suis infiniment reconnaissante.

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Aliénation et dépolitisation
L’impasse,
Montréal,
Les éditions Nouvelle Optique, 1980,
pp. 145-162.
Andrée Ferretti
L’impasse a été publié sous la direction de Nicole Laurin-Frenette et de Jean-François Léonard. Cet ouvrage collectif publié à l’automne 1980 entend dresser les enjeux et perspectives de l’après-référendum.
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De Londres à Ottawa,
le terrorisme d’État
dans l’histoire du Québec.
par Andrée Ferretti
L’Action nationale, vol. 90, no 8, octobre 2000, pp. 67-79.

Invitée à témoigner de ses méfaits sur plusieurs tribunes, à l’occasion du trentième anniversaire de la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre, Andrée Ferretti, elle-même arrêtée et emprisonnée pendant 51 jours, préfère livrer cette analyse de l’événement et la donne à L’Action nationale pour publication.

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
valeur de la détermination
Andrée Ferretti
mardi 20 mai, 2003 07:08

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
Bonne nouvelle.
Andrée Ferretti
mercredi 21 mai, 2003 06:23

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
un texte remarquablement instructif.
Mondialisation du capital et militarisme :
les  interelations
Par Claude Serfati. Chercheur,
spécialiste de l'économie d'armement.
paru dans le bulletin D'ATTAC, avril 2003.
Andrée Ferretti
mercredi 21 mai, 2003 08:22

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
avenir
Andrée Ferretti
samedi 24 mai, 2003 15:24

Militantisme et question nationale
paru dans Le Québécois
Andrée Ferretti
samedi 24 mai, 2003 15:24

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
appel à toutes et à tous.
Andrée Ferretti
mercredi 28 mai, 2003 08:39

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
Tr: Le Québec et le rayonnement
de la langue française.
Andrée Ferretti
jeudi 29 mai, 2003 19:24

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Aliénation et dépolitisation
Alienation-et-depolitisation-Andree-Ferretti.doc

Par Andrée Ferretti.
L’impasse,
Montréal,
Les éditions Nouvelle Optique,
1980, pp. 145-162.
L’impasse
a été publié sous la direction de
Nicole Laurin-Frenette
et de Jean-François Léonard,
dans le but de dresser les enjeux et perspectives
de l’après-référendum.
[Pour-le-Pays-du-Quebec]
Rien de nouveau sous le soleil.
Andrée Ferretti
samedi 31 mai, 2003 10:51

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Douze essais sur l'avenir du français au Québec

Le plus complexe à venir
par : Andrée FERRETTI

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«Rencontre avec Andrée Ferretti:
aller dans le sens de nos rêves»
par Grégoire Bédard
(Enseignant en Arts et Lettres au cégep de Drummondville)

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Le Parti québécois:
pour ou contre l'indépendance?
André Ferretti

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Ferretti la combattante
Louis Cornellier
Le Devoir Le samedi 02 mars 2002

La pensée d'Andrée Ferretti n'est pas reposante. Militante absolue, étrangère à toute forme de compromis sur l'essentiel, la «passionaria de l'indépendance du Québec» bouscule notre confort intellectuel, ne supporte pas nos atermoiements et nous convie sans cesse, avec instance, à lutter pour notre libération nationale, qui sera totale ou ne sera pas. Recueil de discours et de textes qui couvrent 40 ans de militantisme intense et sans détour, La Passion de l'engagement qu'elle publie ces jours-ci illustre donc l'admirable cohérence de son parcours et la brûlante actualité de sa parole radicale, toujours ancrée dans un réel à changer.
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Le pouvoir détonnant de la pensée et de l’action
d’André d’Allemagne
par Madame Andrée Ferretti
L’Action nationale,
vol. 91, no 3, mars 2001, pp. 46-50.

Le 1er février 2001, André d’Allemagne, le fondateur et l’idéologue du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), n’est plus. Andrée Ferretti lui rend ici un hommage mérité.


En cinq ans de militantisme quotidien dans le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), je n’ai eu au cours de l’existence du mouvement que deux ou trois fois la chance d’une rencontre personnelle avec André d’Allemagne et, beaucoup plus tard dans les années 80, celle d’être reçue chez lui, un midi, pour un repas intime et quelques mois plus tard, de le recevoir chez moi pour une partie de chasse au petit gibier.

Je ne peux ainsi prétendre avoir eu avec lui une relation amicale qui me permettrait d’ajouter à la connaissance de l’homme qu’il fut comme personne privée, d’autant moins qu’il était discret, qu’il avait la pudeur de ses sentiments et la modestie de sa profonde culture, comme l’a souligné Jean-Marc Léger dans son hommage paru dans le journal Le Devoir. (1)

 Je n’ai donc aucune anecdote à raconter qui témoignerait à ma manière des qualités évidentes et reconnues d’André d’Allemagne, si ce n’est pour dire que lorsque nous arrivions chez les gens qui nous recevaient pour une « assemblée de salon, » comme on appelait alors la réunion de cinq à quinze personnes invitées par un membre du RIN pour entendre parler de l’indépendance, j’avais chaque fois l’impression d’accompagner un prince, tant l’accueil qu’on lui réservait était profondément déférent et à la fois simple et chaleureux. Nos hôtes savaient que leurs invités, même les plus farouchement opposés à notre projet de libération nationale, sauraient apprécier le style et la parole de cet homme de conviction venu leur parler d’eux-mêmes, de l’histoire de leur peuple, de la possibilité d’un autre avenir dans un pays à faire naître et de leur rôle à chacun dans cette naissance. Et c’est ce qui se passait infailliblement. Pas une seule personne sur les centaines ainsi rencontrées au cours de nos années communes de militantisme, qui n’a été conquise par l’intelligence et la courtoisie de ce militant qui jamais ne cherchait à les convaincre autrement que par l’exposé sobre et documenté des causes proches et lointaines de notre dépossession, de notre aliénation et des raisons fondamentales qui rendent nécessaire l’avènement de l’indépendance nationale. Je peux témoigner que cette manière passionnée et tout autant sereine d’André d’Allemagne de communiquer son savoir et son espoir a toujours profondément touché ses auditeurs, qu’ils soient intellectuels, ouvriers, artistes, vieux, jeunes, hommes ou femmes. Je pouvais l’amener partout avec confiance, sûre que sa pensée et sa façon de la proposer feraient leur œuvre, c’est-à-dire celle de libérer l’aspiration présente en chacun mais refoulé plus ou moins profondément, à la fière affirmation de leur identité nationale.

Et elles le faisaient.

Je ne parlerai donc, ici, que des effets libérateurs de l’œuvre d’André d’Allemagne. J’en parlerai avec toute l’estime et l’admiration qu’elle m’inspire, bien que je me sois parfois opposée aux conceptions et prises de position de son auteur, toutes relatives à des questions d’ordre stratégique et tactique.

La création continue d’un processus de vie

Les luttes des peuples pour leur indépendance nationale sont des processus vitaux, pensait André d’Allemagne, parce qu’elles naissent dans l’histoire de la nécessité, pour exister et pour croître, de se libérer du joug des forces oppressives. C’est ainsi qu’il concevait la lutte de la nation canadienne-française et du peuple québécois comme une lutte de libération nationale qui culminerait dans l’indépendance politique. Il s’employait ainsi à toujours établir la relation fondamentale entre la possibilité d’une pleine affirmation de l’identité nationale et la nécessité d’une pleine maîtrise des pouvoirs d’un État indépendant. Il considérait la lutte pour l’indépendance non seulement comme la manifestation du rejet de l’ordre constitutionnel canadien comme système de domination et d’exploitation du pouvoir colonial, mais comme la création d’un nouveau processus de vie.

Il savait que cette création ne peut s’inscrire que dans le besoin vital qu’éprouve chaque peuple de trouver ou de retrouver son identité quand il en a été dépouillé. Mais encore faut-il qu’il l’éprouve. Or, le premier effet d’un système de domination et d’exploitation est d’aliéner le peuple dominé et exploité, de le rendre étranger à lui-même, si bien qu’il peut-être dominé et exploité sans se sentir opprimé. L’histoire montre que ce sont souvent les plus opprimés qui ne se révoltent pas, qui s’opposent même à ceux qui l’osent.

Pour oser vouloir renverser l’ordre colonial établi, le peuple québécois doit d’abord oser être lui-même, oser se poser comme sujet de sa propre histoire, oser se prendre lui-même comme maître de son destin. Et pour y parvenir, il doit connaître les causes de son aliénation, et même, au préalable, vouloir les connaître. D’où l’importance du rôle d’André d’Allemagne dans l’histoire contemporaine du mouvement indépendantiste québécois. Non seulement il a été, dès la fin des années 50, avec Raymond Barbeau, Marcel Chaput, Raoul Roy et quelques autres, un pionnier de la décolonisation, mais il en a été le ferment le plus patient et le plus démocrate, conscient et convaincu que l’avènement de l’indépendance ne peut être que le résultat d’un engagement éclairé, volontaire et déterminé du peuple.

Penser et agir et faire agir

Il a été le théoricien le plus articulé des causes et des conséquences de notre aliénation nationale. Dans tous ses discours comme dans ses ouvrages savants, il s’employait essentiellement à démontrer les effets aliénants du colonialisme tel qu’il s’exerce sur la nation canadienne-française depuis la Conquête, en démontant un à un tous ses mécanismes d’assujettissement, tous les rouages de notre dépendance politique, de notre exploitation économique et sociale. Et de notre oppression culturelle. André d’Allemagne savait que dès lors qu’un seul aspect de la domination est nié, c’est l’ensemble de la domination qui est intériorisé comme normal ou fatal, d’où la nécessité d’un renversement révolutionnaire de la situation. Son discours rompait ainsi radicalement avec le discours traditionnel de survivance et contribuait à faire naître dans le peuple la conscience de son existence nationale et des droits d’indépendance et de liberté qui y sont afférents.

Mais André d’Allemagne en plus d’être un intellectuel de grande envergure était aussi un homme d’action, un ardent militant. Je l’ai vu à l’œuvre, non seulement dans nos assemblées de salon, nos réunions de comté, nos congrès régionaux et nationaux, mais aussi dans nos assemblées publiques, nos sit-in et nos manifestations dans les rues. Toujours, moi si emportée, il m’impressionnait par sa calme détermination.

C’est à l’occasion d’une de nos rares et brèves rencontres personnelles qu’il m’a entretenue de sa conception de l’unité indispensable de la pensée et de l’action dans toute lutte transformatrice. Cette lutte, disait-il, est non seulement le résultat du discours qui la suscite, mais celui de l’action qui est souvent à elle-même son propre discours, c’est-à-dire qu’elle fait surgir d’elle-même les solutions aux questions qu’elle suscite et vient ainsi à son tour enrichir la pensée.

C’est sans doute cette nécessité qu’il avait de joindre l’action à la pensée qui a amené André d’Allemagne à fonder le Rassemblement pour l’indépendance nationale, le seul organisme véritablement indépendantiste à avoir mené pendant les huit ans de son existence une lutte de libération conséquente.

Le plus bel hommage que nous pourrions rendre à ce grand patriote qui a su rendre l’indépendance désirable à des milliers de Québécois et de Québécoises, serait de reprendre cette lutte en l’axant à nouveau sur l’éducation politique du peuple et sur sa mobilisation, en lui proposant un projet global de société, susceptible de le rendre vraiment maître de ses destinées.

(1)   LÉGER, Jean-Marc. « Le combattant et le gentilhomme » (courrier des lecteurs), Le Devoir, vol. 92, no 27, vendredi 9 février 2001, cahier A, p. 6.

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Andrée Ferretti se mouille devant le BAPE
"Pour la puissance des citoyens et des citoyennes
contre le pouvoir occulte du capital mondialisé".
 

Lettre à Louise Cousineau et Pierre Bourgault
Élaine Audet
Écrivaine et indépendantiste

Dans sa chronique du 11 septembre, Louise Cousineau écrit : « D'Andrée Ferretti, que Pierre Bourgault a contribué à faire battre au poste de vice-présidente du RIN, le bouillant orateur dit: «Elle avait lu quelques livres et n'avait rien assimilé!»

On souhaiterait que tant Mme Cousineau que Pierre Bourgault aient aussi bien assimilé les livres qu'ils ont lus que Andrée Ferretti, qui continue à être une inspiration, une passionnaria, pour beaucoup d'hommes et de femmes au Québec.


Andrée Ferretti


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