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Monsieur Charles PASQUA
Député européen
Parlement européen
Strasbourg  FRANCE


Le 21 décembre 1999

Monsieur Charles PASQUA
Député européen
Parlement européen
Strasbourg  FRANCE

Monsieur le député,

 Je me permets de vous écrire afin d’attirer votre attention sur un aspect de la question du Québec qui concerne l’Europe au premier chef.  Lors d’un bref séjour au Canada, jeudi dernier, le Président du Conseil de l’Europe, Monsieur PRODI, pressé par les journalistes, a affirmé que <<que la <<sécession>> du Québec>> allait à l’encontre de ce qui se passe en Europe>> au sens communautaire du terme.  Nous connaissons tous et nous apprécions le Président.  Toutefois, il est permis de douter que ces propos, on ne peut plus officiels, ne reflètent pas nécessairement  la pensée de toute l’Europe, notamment celle de l’ensemble des députés européens, du moins celle de toute de la députation française.  Nous sommes loin de la sagesse du regretté Alain PEYREFITTE et de sa fameuse formule consacrée <<non ingérence et non indifférence>>.

Depuis le voyage historique du Général de Gaulle au Québec, en juillet 1967, la France accompagne et soutient moralement le peuple québécois en autant que les règles internationales le permettent.  En 1997, la droite et la gauche s’unirent pour saluer la clairvoyance de ce fils de France parmi les plus éminents qui, bien avant tout le monde, a sui trouver les mots et poser les gestes commandés par sa compréhension de la question du Québec.  Nous ne demandons pas que l’Europe prenne fait et cause pour la souveraineté de notre pays.  Mais au moins que de telles condamnations a priori de la pertinence de notre lutte, comme celles prononcées par le Président Prodi,  ne soient pas lancées, au nom de toute l’Europe,  contre le mouvement de tout un peuple.

Le Canada étudie actuellement un projet de loi présenté par le gouvernement fédéral qui vise à <<encadrer le prochain référendum québécois>>.  Cet encadrement  évacue la notion du 50%+1 des votes exprimés, pourtant reconnue par l’ONU et par toutes les déclarations, chartes, pactes et conventions en matière de droits politiques fondamentaux.  Tous les votes doivent pourtant être égaux en démocratie.  Ce ne sera plus le cas au Québec.  Un vote pour le NON aura plus de poids qu’un vote pour le OUI.  En 1995, malgré les avatars d’un régime électoral qui tolèrent voire qui encouragent le gonflement artificiel des listes électorales, la souveraineté du Québec a recueilli 49,4% des votes dont plus de 60% du Québec français et 69% des Montréalais de langue française.  C’est tout dire sur la panique pancanadienne et l’ultranationalisme qu’elle a pu provoquer au Canada anglais dont le linguisticocentrisme  a folklorisé la francophonie canadienne. J’ai confiance en vous.  Je connais l’intérêt que vous portez au peuple québécois.  Faites comme bon vous semble.  Mais si le vous le jugiez à propos, un geste de vous serait vivement  apprécié de côté de l’Atlantique.

Recevez, Monsieur le député, l’expression de ma haute considération
 

GILLES RHÉAUME
Professeur de philosophie
Président de la Conférence internationale des peuples de langue française (1982-1985)
Directeur de l’Institut d’études des politiques linguistiques
Président du Mouvement souverainiste du Québec
59006-6595, rue Saint-Hubert
Montréal    État du Québec
(Canada)  H2S  3P5
Courriel :  gilles_rheaume@moncourrier.com


 

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