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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
création
Andrée Ferretti
mercredi 23 avril, 2003 21:04

 
Bonsoir cher monsieur Sauvé,

   À peine revenue de Montréal, je m'empresse d'ouvrir mon ordinateur et de me brancher sur sur "OutlookExpress" pour lire les messages reçus. Parmi ceux-ci, votre lettre sidérante. Adressée à tout le réseau mais nommément à moi, je crois de mon devoir d'y répondre, au moins partiellement.

   Je commencerai par vous dire que, même si je le déplore sincèrement, comme certainement tous les membres du réseau, je comprends parfaitement votre besoin de vous distancier quelque peu des "conversations par internet" et de beaucoup d'autres choses, j'imagine, comme c'est toujours et pour chacun le cas, dans les périodes de création.

Et tout ouvrage, même le plus savant (voir Einstein), est oeuvre de création, c'est-à-dire, fondamentalement, résultat d'une intuition, d'une recherche et d'une mise en forme. En ce sens, permettez-moi de vous rappeler ou de vous apprendre qu'il n'y a pas d'oeuvre lourde ou d'oeuvre légère, il n'y a que des oeuvres. Quelques unes traversent les siècles, principalement les oeuvres littéraires et les oeuvres d'art.

   Je vous dirai ensuite que votre apparent mépris pour l'émotion, s'il était réel, signifierait votre égal mépris pour l'intelligence qui ne saurait, sans déperdition, être réduite à sa fonction rationnelle.

   Voilà pour les questions de principe.

   Pour les questions historiques, comme elles parlent d'elles-mêmes, je ne vous demanderai pas d'expliquer ce qui, par exemple, dans la guerre d'agression des États-Unis contre l'Irak, a été le plus déterminant: les intérêts géo-politiques des Américains dans la région pour contrôler l'exploitation et la distribution profitables pour eux du pétrole ou leur jugement sur le despotisme de Sadam Hussein?

   Pour l'élaboration d'une stratégie efficace de lutte du peuple québécois pour son indépendance, je vous dirai carrément, c'est-à-dire non diplomatiquement, bref de façon guerrière, c'est-à-dire émotivement, que vous êtes dans les patates.

   L'histoire de la nation canadienne-française est unique, absolument unique, en ce qu'elle n'a jamais eu d'État national indépendant, alors que depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours, l'État-nation est la forme quasi universelle d'organisation politique des peuples. Est par conséquent unique la voie de son indépendance, d'où notre cheminement tortueux pour la réaliser.

   Enfin, ne serait-ce que pour le plaisir de faire votre connaissance, je vous dis que j'assisterai, mercredi le 14 mai à la conférence de Marie France Hirigoyen.

Bien amicalement,

Andrée Ferreti.
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Re: [Pour-le-Pays-du-Quebec]
création / Statehood
René Marcel Sauvé
mercredi 23 avril, 2003 23:55

Madame Ferretti,

Puisque je suis dans les patates, comme vous dites, c'est donc que vous connaissez mes ouvrages de recherches en formation des États, dont le nôtre.

Vous ne m'apprenez rien en me disant que notre histoire est unique et identique à elle-même et elle-même seule.

Je ne vous apprendrai rien non en vous disant que l'histoire des autres peuples, nations et États de la terre est également unique et identique à elle-même et elle même seule.

D'où importance du premier principe qui gouverne l'effectivité de l'agir : appréciation rigoureuse et correcte du contexte et de la situation. Je pourrais en discuter pendant des heures, avec ou sans patates. Je sais qu'un principe n'est pas un idéal ou une image, ni une idée. Il constitue l'élément intangible du réel, celui qui lui donne forme.

Ce que je démontre dans mes thèses et qui a été reconnu, c'est que le Québec est un État de fait (de facto), même s'il n'est reconnu que comme province, ce que nous devons corriger nous-mêmes en premier lieu, comme je l'ai mentionné à la Commission des Institutions de l'Assemblée Nationale, le 15 février 1999, alors que j'ai abordé la question du statut reconnu d'État (de jure comme de facto).

Notre statut d'État de facto, acquis par fait accompli, s'est réalisé au terme d'un mouvement sui generis qui a pris racine dans la vallée du Saint Laurent.  En 1977, j'ai fait à l'université de New York un exposé sur le sujet et à la question des Américains: What does Quebec want?

J'ai répondu: STATEHOOD et je l'ai expliqué et tous ont compris car les Américains instruits savent ce que veut dire statehood.

Voilà une victoire qui n'a rien d'émotif et qui aurait pu se répéter mais je ne puis pas faire l'impossible et si je me fais traiter d'orgueilleux et de prétentieux, comme vous le suggérez lorsque vous me demandez d'avoir l'humilité de lire Spinoza, alors il ne me reste qu'à aller paître des moutons ou bûcher du bois, ce qui vous ferait grand plaisir car vous pourriez dire:"En voilà un autre que j'ai mis à sa place".

Donc, essayons de résumer notre statut:

1. Il est faux de nous juger collectivement sur la base des plaines d'Abraham.

Nous ne sommes pas un peuple vaincu, loin de là.

Nous avons gagné toute la longueur et voilà ce que j'explique dans Géopolitique et avenir du Québec, peu connu au Québec mais qui m'a valu des commentaires favorables dans Le Monde Diplomatique de septembre 1994 et aussi en Allemagne, en Angleterre et en Autriche.

Nul n'est prophète dans son pays.

Je ne suis pas allé en Europe pleurer comme Camilien Houde.

Je ne suis pas allé parler de l'État naturel selon Gottfried Herder, comme Stéphane Dion au London School of Economics.

J'ai vérifié plus tard dans les ouvrages du poète allemand cité par Dion et j'ai constaté qu'il ne l'avait pas étudié, comme il semblait le prétendre.

Je suis allé comme géographe expliquer le sens de notre démarche, afin de nous faire reconnaître comme Nation et État (je ne mêle pas les deux statuts) et j'ai réussi. À Toronto, où j'ai fait le même exposé, en démontrant comment l'ouverture du canal Érié en 1825 aux États Unis a été l'événement géopolitique le plus important de notre histoire à nous, Québécois, ce que je démontre dans Géopolitique et avenir du Québec, les universitaires qui m'avaient écouté m'ont dit:

"Nous le savions déjà et nous espérions que vous, Québécois, ne le trouveriez jamais"
Pourquoi? Parce que ces événements échelonnés dans l'espace et dans le temps prouvent indéniablement que nous sommes déja un État et qu'il suffit de nous reconnaître nous-même comme tels afin de nous faire reconnaître ensuite.

Il n'y a pas d'émotion dans cette démarche, seulement de la pertinence, mais je sais que j'ai perdu mon argent, mes efforts et mon temps pour le trouver et l'expliquer et je ferais mieux de foutre le camp et aller vivre ailleurs.

2. Nous avons gagné et nous avons déja conquis le statut de Nation et d'État de facto mais nous ne le savons pas et nos adversaires ont intérêt à nous maintenir dans cette ignorance. Et tant mieux si nous sommes émotifs et manquons de pertinence.

J'ai abordé cette question avec Bernard Landry, que je connais depuis longtemps et avec Pauline Marois et ils sont d'accord avec moi, mais personne au Québec, ou presque, est prêt à aborder notre problème national de cette manière trop technique selon l'avis de plusieurs.

Au Québec, on connaît peu la différence entre un droit et un pouvoir. J'explique qu'il ne s'agit pas pour nous de réclamer des droits mais que nous avons déjà les pouvoirs d'un État qu'il s'agit de faire reconnaître.

Peine perdue. Je me suis frappé la tête contre un mur. J'ai fait ce qu'il fallait pour bloquer dans l'armée toute tentative de recours aux armes à partir de 1971, mais je n'ai pas été arrêté  ni mis en prison, donc je ne suis ni une victime ni un héros et par conséquent je n'ai aucune crédibilité.

3. Notre progression par un mouvement sui generis s'est effectuée à l'intérieur de conditions géographiques favorables, dans des conditions historiques favorables, avec de plus la langue française, qui n'est pas un dialecte tribal mais une langue d'État.


En partant, il a fallu que certaines conditions favorables nous permettent de survivre et de progresser, ce qui s'est produit grâce à la géographie et à l'histoire, notamment celle de France, des États Unis, de l'Angleterre et du Canada des United Empire Loyalists et notre propre histoire à nous, qui a commencé avec la bataille de Sainte Foy, la seconde bataille des plaines d'Abraham, du 20 avril 1760, suivie de la guerre d'indépendance américaine, qui n'a pas commencé en 1774 suivant les chiffres officiels mais autour de 1762, alors que George Washington, Benjamin Franklin et les révolutionnaires étaient nés (pas vaccinés) et actifs. Les Anglais le savaient et s'ils nous ont accordé certaines concessions refusées à la Virginie avec l'Acte de Québec, c'est pour obtenir notre collaboration lorsque la guerre éclatera, non par amour ou affection.

La politique et la guerre sont affaires d'intérêts et de rapports de forces et vous, dans une de vos remarques, avez dit qu'elles devraient être affaires d'intelligence et cette fois, je tiens à vous dire que l'intelligence comme telle n'est ni bonne ni mauvaise. Ce qui fait la différence, c'est l'usage qu'on en fait et vous n'êtes pas sans savoir que le mal se sert de l'intelligence comme le bien et qu'on peut causer énormément de mal avec son intelligence. Donc, l'intelligence en soi est neutre et en attendant, il faut avoir assez d'intelligence pour savoir quel intérêt peut avoir l'adversaire et quelle est sa position, de force, d'égalité ou de faiblesse, afin de pouvoir déterminer ses propres objectifs. Voilà l'essentiel d'une pensée stratégique.

Donc, pour résumer notre histoire unique, comme vous le dites vous-mêmes, alors que pour moi, toutes les histoires sont uniques et je me crois assez fort pour aimer même les ennemis que je dois combattre, ce qui ne m'empêche pas de les combattre. Alors parlons de statut, terme important s'il en est un:

Vous collez dur à une idéologie, celle de l'État nation ou État national, si vous préférez. Pour moi, peu intelligent mais géographe, les peuples, les nations (avec et sans majuscule) et les États, de facto et de jure, sont des entités distinctes et reliées entre elles d'une manière distincte dans chaque instance (remarquez que je ne dis pas cas mais instance, terme qui désigne à la fois l'instant et le mouvement) Je m'excuse d'être aussi orgueilleux.

Vous abordez la question de l'Irak. J'ai travaillé au Moyen Orient, comme officier en service pour l'ONU. Si je vous disais que la guerre actuelle a commencé entre 1873-75 et qu'elle se poursuit depuis ce temps à des degrés divers. vous me direz avec votre esprit de vindicte, que je suis dans la merde. Il y a trois phases de base dans une guerre: le jeu des intérêts et des conflits; la confrontation de ces intérêts et l'éclatement. Nous en sommes au deuxième éclatement en Irak. Je le dis techniquement, sans émotion, Celà ne m'a pas empêché, pendant que j'étais en service au Moyen Orient, de donner du sang pour un enfant qui en avait besoin et d'aider des gens en écrivant pour eux des lettres et des requêtes qu'ils étaient incapables de formuler.

Comme officier, je me suis souvent occupé d'aider d'autres militaires à formuler des griefs et j'ai le premier travaillé à introduire un syndicat militaire dans les Forces Armées Canadiennnes, à l'instar de la Hollande, la Suède, la Finlande et l'Allemagne actuelle.

Puisque je suis dans les patates ou dans la merde, et qu'il n'y a pas moyen d'en sortir avec des arguments pertinents qui n'ont rien d'ad hominem, alors je me retire complètement.

René Marcel Sauvé
 


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