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Un article écrit
avec les mots de la haine et de l’ignorance
Gilles RHÉAUME
10 mars 2000



 
 
 
 
 

Le journaliste Daniel  SANGER vient de commettre une bavure dont seules les instances appropriées toutefois  pourront déterminer la nature et la portée. Les concepts qu’il utilise dans son analyse constituent en soi une condamnation.  Il jongle avec les pires concepts du vocabulaire politique pour étayer sa thèse. La capitale nationale du Québec serait donc le théâtre d’un nettoyage ethnique.  En Amérique du Nord, une ville française unique au monde dans son genre.  La plupart des villes de l’univers occidental seraient différentes de Québec, ose-t-il affirmer comme s’il avait pris le temps d’examiner toutes les autres occurrences (environ 5,000 villes).   Les Québécois sont blancs et catholiques affirme-t-il le plus sérieusement du monde.  Et de quel type sanguin ?  Nous sommes en présence d’une grille d’analyse aux allures racistes.  Un mal canadien profondément ancré dans une culture essentiellement linguisticocentriste.

L’auteur travaille au Saturday Night Review, propriété du fameux Conrad Black, ce magnat de la presse qui laisse circuler les pires ignominies sur le Québec et dont les journaux ont également servi de faire valoir à Joerg Haider.  Cela n’est qu’une circonstance mais il n’est pas superflu de l’évoquer tellement les Québécois en général et les souverainistes en particulier ont mauvaise presse au Canada, notamment dans les médias appartenant à cet aspirant à la noblesse britannique.  Et le professeur de biologie de l’Université d’Ottawa qui demande à ses étudiants de concocter une arme qui détruirait les seuls souverainistes ?  Et ce qui est advenu à David Levine à la direction du plus grand hôpital de la capitale fédérale ? Et la déportation sauvage des Acadiens ? Peut-on décrire ces phénomènes comme étant du nettoyage ethnique travesti en nettoyage politique ?  Ou encore une chasse aux sorcières ?  Du maccarthysme ? Si le nettoyage ethnique a existé au Canada, on le trouve dans toutes les campagnes et dans toutes les politiques élaborées par les provinces anglaises à l’égard de leurs minorités de langue française !  Et le projet de loi C-20 de Stéphane Dion pratique quel genre de nettoyage ?

Ce journaliste est pourtant un journaliste expérimenté.  Son texte est toutefois une lecture construite avec les matériaux de l’intolérance et aussi de l’ignorance. Les préjugés l’ont emporté sur la réalité.  Il n’a pas su faire la différence entre les faits et les impressions.  Les faits sont mesurables.  Les impressions sont teintées par le sujet qui les reçoit.  Le médecin examine le malade, il se penche sur des symptômes sans égard à la couleur des  yeux  de son patient.  Le professeur aussi relève ce défi devant chaque copie qu’il doit corriger.  L’interprétation est un art qu’un journaliste doit maîtriser surtout lorsqu’il est conscient de la portée et de la gravité de ce qu’il écrit.

Un exemple parmi dix : le concept de pur laine. Cela n’existe pas un pur laine.  Ni le Québécois ni le Canadien-Francais pas plus que le Néerlandais ou l’Espagnol ne peuvent être qualifiés ainsi.  Cela est faire injure à la vérité ! Au Québec il y a toujours eu des gens venant de partout.  La France du XVIe et du XVIIe était un carrefour de cultures et de langues.  Les premiers Canadiens étaient, entre autres, Bretons, Flamands, Savoyards, Poitevins, Alsaciens et Lorrains. Il en eût aussi d’Italie et d’Allemagne etc.  Peu connaissaient la langue française.  L’unification linguistique autour du français s’est réalisée en Nouvelle-France bien avant qu’elle ne se produise en France elle-même.  Ensuite, plusieurs Amérindiens et Amérindiennes ajoutèrent leur pierre dans la construction de ce nouveau peuple…

Dans cet article paru dans l’édition de mars 2000 de l’une des plus prestigieuses revues canadiennes, la ville de Québec y est présentée comme un phénomène unique, une bizarrerie, une incongruité sur la carte du monde.  L’auteur s’est intéressé à la couleur de la peau des gens, à leur religion, à leur langage et à plusieurs autres caractéristiques étonnantes et choquantes.  Sa conclusion, fruit d’une longue délibération, est cruelle dans sa simplicité :  La ville de Québec a subi un nettoyage ethnique par attrition. Un nettoyage ethnique par attrition, rien de moins.  Cette information est diffusée dans tout le pays et aussi à l’étranger.  Par définition même une telle affirmation n'est rien d’autre qu’absurde.  L’absurdité c’est un non-sens, une contradiction dans les termes.   Incroyable de devoir rappeler les règles élémentaires de la logique pour se faire entendre.  Le recours au concept de <<nettoyage ethnique>> afin de décrire et d‘illustrer la ville de Québec, la capitale nationale de l’État du Québec, est une décision de type éditorial.  Le <<nettoyage ethnique>> est une action déterminée par un objectif précis dans son horreur.  Dans quelles dérives le linguistocentrisme du Canada-Anglais  emporte-t-il ce scribouilleur ?  Il aurait pu rappeler que le Général Amherst, chef des armées anglaises vers 1760, a fait parvenir aux Amérindiens, en plein hiver, lors d’une vague intense de froid artique, des couvertures contenant le virus de la variole.  Il tua ainsi des centaines de ses adversaires.

De toutes les façons cet article nuit grandement à la réputation du Québec.  Il est grand temps que nous ripostions à chacune de ces attaques injustifiées. Ce Canada-Anglais méprise les francophones et projette ses propres dérives sur tout un peuple.  Daniel Sanger tout comme Mordecai Richler, Howard Galganov, Diane Francis, Keith Henderson et Bill Johnson est incapable de faire la part des choses.  Leur haine voire leur racisme les empêchent d’être objectifs dans leurs analyses.   Il faut faire connaître au monde entier combien sont racistes les attaques dont nous sommes victimes.  Pas au Canada, il n’y a rien à faire de ce côté tellement la haine à l’égard du fait francais fait partie du patrimoine historique.

Par Gilles RHÉAUME
Président du Mouvement souverainiste du Québec
Directeur de l’Institut d’études des politiques linguistiques
Courriel : gilles_rheaume@moncourrier.com


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