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Faut-il éclater d’un rire sauvage ?
Andrée Ferretti
mercredi 30 avril, 2003 10:44

 Le Devoir, vol. 82, no 201, 30 août 1991, p. 15.

 « Les autochtones ne toléreront pas que le Québec se sépare sans leur permission », titre Le Devoir, sur la première page de l’édition du 27 août 1991.

 Quelle réaction avoir devant l’incongruité d’une telle déclaration ? La mienne en fut une d’ébahissement, je n’en croyais vraiment pas mes yeux. J’ai donc été piquée par la curiosité, assez pour entreprendre la lecture de l’article, pendant laquelle j’ai été partagée entre le rire et la colère.

 Sans rire, lui, le plus sérieusement du monde, même, M. Ovide Mercredi aurait, paraît-il, affirmé : « Nous sommes les vrais fondateurs du pays. »

   Ah! Oui ? Et qu’ont-ils donc fondé ?

 Les fondateurs du pays

  Je n’ai jamais lu dans un livre d’histoire ni entendu dire par quelque bouche amérindienne du Canada que les Jacques Cartier, en mettant les pieds à Gaspé, les Champlain, à Québec et les Maisonneuve, à Montréal, avaient pu y admirer des villages et des villes, y visiter des industries, des écoles, des hôpitaux, des églises, pas même des champs cultivés ou des prairies pleines de moutons et de bœufs, pas plus qu’ils ne pouvaient circuler sur des routes carrossables.

 Nos Amérindiens étaient, en ce temps-là, de véritables « sauvages », nomades pour la très grande majorité, et les territoires aux limites très floues qu’ils occupaient pendant un certain temps ne l’étaient pas toujours par les mêmes tribus. Car ils n’avaient d’occupations plus constantes que celles de courir les bois, de descendre et remonter les rivières, à la recherche du gibier propre à assurer leur subsistance quotidienne.

 Des millénaires après les Européens, les Chinois et autres peuples orientaux, ils n’avaient développé aucune aptitude à transformer la nature, en vue de modifier l’ordre des choses. À part certaines habiletés à fabriquer ustensiles, outils et armes des plus rudimentaires, ils n’avaient inventé, ni appris des autres civilisations – dont ils ignoraient d’ailleurs l’existence – les savoirs et les techniques propres à assurer un progrès de leurs modes de vie, à travers des temps successifs et cumulatifs de biens et d’expériences. Au contraire, ils répétaient de génération en génération les mêmes gestes de survie, sans l’assurer suffisamment pour accéder aux conditions qui auraient permis, par exemple, la pratique de l’écriture.

 Il n’est dès lors pas étonnant qu’ils aient accueilli les Européens à bras ouverts. Non, comme le veut un certain mythe raciste, parce que ces tribus errantes d’hommes, de femmes et d’enfants étaient plus pacifiques (voir les guerres d’extermination qu’elles se sont livrées entre elles) et généreuses que les autres êtres humains, mais bien parce qu’ils ont été fascinés par la richesse, le savoir et le savoir-faire des nouveaux venus.

 Non seulement n’ont-ils pas perçu cette arrivée comme une invasion et une menace, ils comprirent plutôt que l’adoption de leurs outils et de leurs méthodes pourrait leur faciliter l’existence, sans soupçonner, par ailleurs, qu’ils venaient d’entrer dans l’Histoire dans une bien mauvaise posture, ainsi assujettis à des modes de vie d’un autre âge qui, n’en déplaise à certains écologistes et autres idéologues romantiques, ne pouvaient que les rendre extrêmement vulnérables aux ambitions de ces Européens bâtisseurs qui n’hésitèrent jamais, Français et Anglais mêmement, à les repousser toujours ailleurs, pour s’approprier les espaces nécessaires à la fondation des villes, l’installation des chantiers miniers et forestiers, à la construction des routes, chemins de fer et barrages.

 Et, voilà! Pour les fondateurs du pays.

 Le statut de nation

  Qu’en est-il maintenant du droit à l’autodétermination des peuples aborigènes du Canada ? Qu’en est-il de leur prétendu statut de « nation » ?

  Voilà un autre mythe à dégonfler.

 N’accède pas peuple qui veut à un statut de nation ayant droit à l’autodétermination. Il faut remplir certaines conditions, dont celles d’être un peuple qui parle la même langue, partage une même histoire, une même culture, une même dynamique sociétale et, surtout, possède son propre territoire. S’il existe une infinité de peuples amérindiens dans l’ensemble du Canada, il n’existe aucune nation, car aucun de ces peuples ne possèdent son territoire.

 Après avoir pris possession du pays, par les armes, faut-il le rappeler, les Britanniques, au fur et à mesure que cela leur devenait utile, déplaçaient les diverses populations amérindiennes et les regroupaient sur des territoires qu’ils jugeaient alors inexploitables de manière rentable. Par traités, ils cédaient à ces Indiens regroupés divers droits d’occupation et d’exploitation de ces réserves, mais ils en gardaient les titres fonciers de propriété et les plaçaient, de même que leurs habitants, sous l’autorité directe du Bureau, puis du ministère des Affaires indiennes.

 Ensuite, sans modifier ces traités, la Constitution canadienne, à l’avènement de la Confédération, a cédé à chaque province la propriété exclusive de son territoire. D’où :

1)      le Québec appartient au Québécois;

2)      seul le gouvernement québécois, élu démocratiquement, est en mesure de négocier avec les divers peuples amérindiens du Québec la cession de droits territoriaux qui permettraient à l’un et/ou l’autre de ces peuples d’accéder au statut de nation ayant droit à l’autodétermination.

Le droit à l’autodétermination

  Cela dit, je suis favorable à l’autodétermination des peuples autochtones du Québec, comme la très grande majorité des Québécoises et des Québécois, si l’on juge par les rapports présentés à la commission Bélanger-Campeau par tous les grand organismes sociaux-économiques, particulièrement par ceux préconisant l’indépendance du Québec. Tous ces mémoires recommandent en effet l’inscription de ce droit dans la future Constitution du Québec.

 Quand aux attributs attachés à ce droit, il est proposé que nous les négocions avec chaque peuple habitant notre territoire, de manière à ce que chacun puisse, ici, se bâtir enfin un univers propre qu’il développera de manière autonome, à la mesure de ses moyens, de ses besoins et aspirations, en tenant compte, bien entendu, des intérêts de la majorité, puisque aussi bien nous voulons vivre dans une société démocratique.

 Je suggère donc à M. Ovide Mercredi d’encourager l’indépendance du Québec, plutôt que de s’y opposer. Il pourrait avoir ainsi la chance de voir quelques-uns des peuples qu’il défend accéder à un véritable statut de nation et non à celui, dérisoire, défini dans la Loi sur les Indiens, en vigueur depuis 1951, et dont il connaît certainement aussi bien que moi les limites infranchissables.

Réplique:

Ne pas tendre l'autre joue.

Le Devoir, vol. 82, no 217, 19 septembre 1991, cahier B, p. 8.

 Bien qu’occidentale voire même occidentaliste, prétendent d’aucuns, je ne suis pas, néanmoins, suffisamment chrétienne ni Canadienne française pour croire que je suis née coupable, vouée pour l’éternité à me laisser manger la laine sur le dos, sans me rebeller.

 Ainsi, je riposte, lorsqu’on m’agresse, d’où que vienne l’attaque.

 Ainsi, indépendantiste radicale (je vois mal comment on peut l’être autrement), je considère comme ennemi – et donc je le combats ou me défends contre lui – tout pouvoir qui s’oppose à la libération nationale de mon peuple et à son accession à la pleine souveraineté politique, quels que soient la nature et le degré de puissance réelle ou affichée de ce pouvoir.

 Ainsi, je m’indigne quand l’actuelle coalition Coast to Coast des Amérindiens affirme haut et fort son intolérance à l’idée même de l’indépendance du Québec, et je considère de mon devoir d’au moins prendre acte de cette déclaration de guerre.

 Ainsi j’accorderais plus de crédit aux propos de mes détracteurs, tous ardents chevaliers de la vie primitive, semble-t-il, bien que j’aie entendu dire qu’ils voyagent plus volontiers en auto et en avion qu’en canoë, qu’ils préfèrent l’Institut de cardiologie à la tisane la mieux concoctée pour soigner leurs palpitations et, même, qu’ils ne savent plus écrire que sur des machines à traitement de textes, si ces messieurs de savante espèce avaient fait preuve de quelque rationnelle impartialité, ne serait-ce qu’en rappelant que la violence appelle la violence.

 Ainsi, même si, contrairement à ce qu’il a compris, je n’ai porté aucun jugement de valeur sur la civilisation amérindienne, affirmant seulement qu’elle n’était pas fondatrice du pays, je veux dire à M. Armand McKenzie (Le Devoir, 11 septembre 1991) mon profond regret de l’avoir blessé par la violence de mon ton. Je comprends bien cette réaction inévitable chez tout humain qui ne dissocie pas artificiellement son être individuel de son être collectif.

 Ainsi, je suis fatiguée, en tant que Québécoise, de servir de bouc émissaire pour toutes les injustices, les intolérances, les mépris, les exploitations, les oppressions, la moindre faute qui se commet A mare usque ad mare. Il est si facile d’attribuer ce rôle au peuple québécois, lui qui est, à la fois, assez fort pour qu’on tente de l’écraser, sans craindre le blâme universel, et encore trop faible, n’ayant pas d’État souverain, pour faire valoir sa version de l’Histoire.

 Avec la reprise de la lutte indépendantiste dans les années 60, il est néanmoins passé le temps où toute la nation québécoise consentait à être la victime silencieuse des innombrables effets du colonialisme, issu de la Conquête anglaise par les armes et dont l’ultime avatar est sa tentative de saper la légitimité de la lutte des Québécois pour leur indépendance, en laissant répandre sur eux, à travers le monde, mensonges et calomnies.

 Ceci étant dit, je ne veux pas, à ce moment-ci du débat que j’ai soulevé, intervenir à nouveau sur le fond du problème, d’autant moins que MM. Delage et Latouche (Le Devoir, 12, 13, 14 septembre), lui ont apporté un éclairage pertinent qui en fait voir toute la complexité et qui devrait modifier les visions ou trop idylliques ou trop négatives de nos rapports historiques avec les Amérindiens.

 Rapports, quoi qu’on fasse semblant de croire, que je souhaite ardemment d’intelligence plutôt que de force, ne serait-ce que parce qu’il est de notre intérêt commun de faire éclater la fédération canadienne qui, autrement, après avoir mis une fois de plus le Québec au pas, n’aurait d’autre empressement que de renvoyer les Amérindiens dans leurs réserves.

 Ainsi, je le répète, à l’instar de tous les organismes indépendantistes du Québec, sans aucune exception (voir les rapports présentés à la Commission Bélanger-Campeau), je leur tends sincèrement la main, avec la même sincérité dont le gouvernement de René Lévesque a déjà donné la preuve.
 
 

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