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Ismène
Toussaint

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LA GRANDE TRAVERSÉE :
LOUIS RIEL, LE BISON DE CRISTAL,
HOMMAGE D'ISMÈNE TOUSSAINT,
ENTRETIEN AVEC DANIÈLE GRENIER,
RADIO-CANADA, OTTAWA, ONTARIO,
6 décembre 2000
(diffusé à travers tout le continent le 9 décembre 2001)


D.G. : ... Un phénomène ! Ce n'est pas la voix de Jeanne d'Arc que cette Française, Ismène Toussaint, a entendue, c'est celle de Louis Riel... Cet auteur de Bretagne, dans le Nord de la France, vient de lancer un ouvrage en hommage à Louis Riel, le fondateur du Manitoba. Manitoba qui signifie en langue crie « le Lieu où souffle l'Esprit ». Dans ce livre, Ismène Toussaint relate un peu l'enfance de Louis Riel qui est assez peu connue. On connaît surtout ses déboires avec la justice et ce qu'il a fait pour les francophones, pour les Métis, mais très peu son enfance. On nous dit que dans l'Ouest, jusqu'à l'âge de neuf ans, c'était un élève qui ne se démarquait pas des autres, sinon par une très vive intelligence. Il avait une foi fervente, il adorait écrire et justement, à l'époque, Mgr Alexandre Taché, qui était l'évêque de la colonie, avait pu vérifier cette foi. Il a décidé d'envoyer Louis Riel au Collège des sulpiciens à Montréal pour en faire un prêtre. Alors, imaginez... quitter les provinces de l'Ouest, ses vastes espaces, pour se retrouver à Montréal, ça a été un choc culturel pour Louis Riel qui avait treize ans et cela a été la dernière fois qu'il a vu son père. Il faisait figure de curiosité un peu exotique auprès des autres élèves, si bien qu'on le questionnait, il racontait des histoires sur les bisons qu'il chassait ou des histoires d'Indiens imaginaires. C'était un adolescent un peu à part, on avait quand même souligné son caractère tour à tour mélancolique, enjoué, solitaire, sociable, mais quand même, tout le poussait à prendre de façon systématique fait et cause pour le faible et l'opprimé. On avait remarqué dès lors un tempérament hypersensible chez Louis Riel. Il était fier, nerveux, irritable, c'était un passionné de Lettres. Tout a basculé lorsqu'à vingt ans, c'est le drame : son père meurt, il est écrasé de sanglots, il commencera ni plus ni moins des crises maniaco-dépressives et ne s'en remettra jamais. Et dans cette histoire, Louis Riel, Le Bison de cristal, on se demande d'où vient le titre. Explication de l'auteur, Ismène Toussaint...

I.T. :  Le bison, d'abord parce que c'est l'emblème du Manitoba. Louis Riel est le fondateur de cette province. Bison par son côté fougueux, fonceur, extrême... Bison parce qu'il a quand même été jusqu'au bout de ses idées. De cristal parce qu'homme très fragile, maniaco-dépressif, sensible... Fragile aussi par sa condition de Métis et on l'a brisé à la fin comme du cristal. Voilà un peu l'explication de ce titre.
D.G. : Mme Ismène Toussaint, vous êtes bretonne, vous avez vécu plusieurs années au Manitoba, vous êtes la seule spécialiste en littérature de l'Ouest répertoriée au Québec. Vous vous décrivez vous-même comme ayant vos « racines en Bretagne, un tronc au Manitoba, des branches au Québec. » Enfant spirituel de Louis Riel, vous dites vous-même : « Mais qui êtes-vous donc, Louis Riel, que j'aie tout abandonné pour répondre à votre mystérieux appel ? » Pouvez-vous maintenant, vous-même, répondre à cette question ?

I.T. J'ai tout abandonné... c'est à dire mes activités de journaliste-pigiste là-bas, ma famille, mes amis, pour suivre les pas de Louis Riel, pour essayer d'appliquer sa pensée, pour défendre la culture française, la langue française, et en particulier les francophones de l'Ouest.

D.G. Ismène Toussaint, vous me fascinez... C'est vraiment un appel très fort qui est arrivé chez vous pour tout quitter, pays, parents, amis, pour suivre les traces de Louis Riel...

I.T. : Oui, tout est parti d'une statue de Louis Riel je ne sais pas si vous la connaissez au bord de la rivière Rouge, à Saint-Boniface. C'est une grosse tête qui regarde la rivière Rouge. Je dois dire que j'ai été complètement fascinée par cette statue, je n'arrive pas à m'expliquer pourquoi. J'allais même la contempler la nuit à la lumière des éclairages qui illuminent la Cathédrale de Saint-Boniface. Oui, l'appel a été très fort et j'ai du mal à m'expliquer encore pourquoi.

D.G. Après avoir écrit ce livre-là, vous n'y avez pas encore répondu !

I.T. Ah non !  Je crois que c'est la quête de toute une vie... peut-être... je ne sais pas.

D.G. Qu'est-ce que représente pour vous Louis Riel, Ismène Toussaint, et qu'est-ce qu'il représente pour l'Histoire selon vous  ?

I.T. Je dirais que c'est un héros à ma mesure. En France, nous avons de très grands personnages, bien-sûr, mais très écrasants, tandis que Louis Riel, je me suis toujours sentie en sympathie avec lui. Pour l'Histoire, c'est l'incarnation de la lutte pour la défense de la langue française, des Métis, du catholicisme, d'un mode de vie traditionnel qu'ont toujours essayé de suivre les Métis. Je crois qu'avec le temps, il va devenir un grand symbole de la francophonie.

D.G. Et quels sont, selon vous, les faits marquants de l'histoire de Louis Riel?

I.T. Surtout la première révolte, celle de 1869-70 à la rivière Rouge et la seconde, c'est à dire l'époque cruciale, la fin de Louis Riel, la bataille de Batoche en 1885. Ce sont les deux faits marquants. Pour le reste, ce sont beaucoup des affaires de batailles juridiques, ce qui a d'ailleurs été difficile pour moi parce qu'il fallait rendre ça de façon vivante dans le livre et ne pas ennuyer les lecteurs. Il y a eu aussi beaucoup de voyages ; c'était un homme perpétuellement traqué qui a vécu aux États-Unis. Il y a aussi une période qu'on connaît très mal dans sa vie, c'est celle où il a été travailleur social et où il a beaucoup aidé  les Métis, il a aidé à les écarter de la boisson, de l'attrait des villes-champignons, des pionniers blancs qui voulaient leur vendre de l'alcool, etc. Ca, c'est très mal connu.

D.G. Et malgré le fait qu'il ait été un individu pourchassé, il s'est quand même présenté trois fois aux élections fédérales. Il a été élu trois fois et il se promenait de façon clandestine de ferme en ferme. C'était un peu l'équivalent du porte-à-porte des politiciens d'aujourd'hui.

I.T. Oui, c'est un peu cela. Oui, d'ailleurs, il fallait le faire ! Je ne sais pas s'il était inconscient ou s'il croyait complètement à cette réussite-là. Il menait sa campagne électorale en se cachant chez des amis, de ferme en ferme, et  si vous avez lu à un moment, il a fêté sa victoire caché dans une motte de foin !

D.G. ... À Saint-Norbert. On arrive finalement à l'époque de son accusation :  accusation de crime de haute trahison. Il a été accusé selon une loi britannique qui datait de 1352 prévoyant dans tous les cas la peine de mort et non en vertu de la loi canadienne de 1868 qui préconisait l'emprisonnement. Et le jury était entièrement anglophone...

I.T. Complètement... alors que si Louis Riel était passé en Cour Suprême, il aurait eu le droit à six jurés canadiens- français et six jurés anglophones. Tout était joué d'avance : on voulait se débarrasser de lui...

D.G. Et finalement, cette phrase du Premier ministre du Canada de l'époque, Monsieur Macdonald, qui avait dit à propos de Louis Riel : «  Il sera pendu, même si tous les chiens du Québec doivent aboyer en sa faveur!» Une phrase qui est demeurée historique, que l'Histoire n'oubliera pas...
I.T. Beaucoup de gens la connaissent ici, c'est assez incroyable... Ça a frappé, ça glace  les gens d'effroi quand ils y pensent encore...

D.G. Pour terminer, Ismène Toussaint, faisons le point sur la réhabilitation de Louis Riel. Il y a des députés qui ont déposé des demandes mais où en est ce dossier ?

I.T. Pour l'instant, ça n'a pas bougé d'un iota. C'est une question très délicate car dans la population du moins parmi les gens que j'ai interviewés il y en qui sont pour, d'autres, contre, il y a des politiques qui sont pour, d'autres, contre. Malheureusement, c'est un sujet qui divise les gens alors que pour moi, Louis Riel doit être un trait d'union entre les francophones, entre les Blancs et les autochtones, entre les gens de l'Est et les gens de l'Ouest. Je trouve ce débat regrettable...

D.G. Vous êtes vraiment une riellienne convaincue !

I.T. Oui... une riellienne convaincue, c'est comme cela qu'on m'appelle !

D.G. Merci beaucoup, Ismène Toussaint, et au plaisir !

I.T. Merci beaucoup et au plaisir !

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Voir le dossier LOUIS RIEL sur Québec un Pays
 


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