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LA MAISON DE GABRIELLE ROY :
UN NAVIRE EN DÉTRESSE DANS LA PLAINE

UN S.O.S  DE NOS FRÈRES ET SOEURS FRANCO-MANITOBAINS
par Ismène Toussaint


(Texte commandité par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour le lancement d’une souscription nationale au Québec en faveur du rachat de la maison de Gabrielle Roy au Manitoba )


Avec ses trois petits pommiers en fleurs, sa colonnade toute blanche aux allures de temple grec et sa lucarne d'où l'on aperçoit le ciel bleu filer des nuages très beaux, très blancs, la maison de Gabrielle Roy, qui fit naguère l'enchantement de ses habitants, lance aujourd'hui un véritable appel de détresse. Construit il y a un siècle au carrefour des immenses espaces manitobains et de Saint-Boniface, la capitale des francophones de l'Ouest, le beau navire à bord duquel la romancière enfant sillonnait l'infinie plaine-mer du rêve, résistera-t-il encore longtemps aux assauts du temps, de la tempête et des ennemis de la francophonie ?

 Que ce soit dans Rue Deschambault, La Route d'Altamont, ou La Détresse et L'Enchantement, suivie du Temps qui m'a manqué, les œuvres qui ont consacré son génie littéraire, c'est toujours avec une tendresse teintée d'émotion et de douce nostalgie que Gabrielle Roy évoque la demeure où elle a vu le jour, le 22 mars 1909, et passé les vingt-huit premières années de sa jeunesse. Preuve qu'elle y était restée profondément attachée. Elle l'a tant aimée qu'elle a même insufflé un peu de son atmosphère aux logements successifs qu'occupera la famille Lacasse de Bonheur d'occasion, un roman n'ayant pourtant, selon son auteur, rien d'autobiographique.

Dans chacune de ces œuvres, Gabrielle Roy a élevé la maison de la rue Deschambault – la plus belle de la ville, aux dires des habitants de Saint-Boniface – au rang d'un mythe. Symbole d'un éternel renouveau, elle est le prolongement de la cabane de rondins que ses ancêtres maternels, immigrés du Québec, ont jadis fièrement plantée au beau milieu de la plaine manitobaine. Elle est le chef-d'œuvre de son père, Léon Roy, qui l'a édifiée de ses propres mains au tournant du XXe siècle avec, pour toute aide, son incroyable obstination à vouloir offrir un toit décent à sa famille. Elle est le royaume où sa mère, Mélina Landry, trône comme une reine parmi ses fleurs et son mobilier flambant neuf. Elle est le théâtre des joyeuses extravagances de ses nombreux frères et sœurs et des histoires que la petite Gabrielle s'invente pour elle-même. Maison cocon, elle est celle qui ouvre toujours grand les bras aux siens, comme aux visiteurs de passage, pour les abriter des coups du sort, du grand vent des plaines ou des injustices linguistiques que pourrait leur faire subir Winnipeg, la capitale anglophone voisine.

 Enfant, Gabrielle s'est régalée chaque automne de l'odeur des confitures que sa mère préparait amoureusement dans la cuisine ; chaque hiver, de la saveur fruitée des sucettes confectionnées spécialement par ses soins pour le bonhomme de neige ; chaque printemps, du chant du vent musicien dans les arbres du jardinet de son père ou bien encore du picotement, sur son visage, des épis de maïs barbus penchés par-dessus la clôture ; enfin, chaque été, de la contemplation de la lune roulant ses reflets nocturnes sur la pelouse frémissante.

 Adolescente romantique, elle a découvert sa vocation en entendant un soir, par la lucarne du grenier où elle s'était aménagée un petit havre de solitude et de paix, le chant à la fois mélancolique et gai des grenouilles s'ébattant dans l'étang voisin.

 Adulte, elle a fait de ces lieux le décor des aventures de Christine, son double, petite sauvageonne en perpétuelle quête de voyages et d'imaginaire.

 Enfin, quelques années avant sa mort, elle a effectué un dernier pèlerinage à sa première demeure et s'est mise à pleurer lorsque les nouveaux propriétaires lui en ont interdit l'accès.

 Immortalisée dans la littérature, classée maison historique, la maison de Gabrielle Roy est-elle condamnée à mourir, faute de moyens pour la sauvegarder ? Depuis 1995, La Corporation Maison-Gabrielle-Roy Inc. se bat pour conserver ce joyau au sein de la communauté franco-manitobaine. En 2000, La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal lui apportait un important soutien financier, mais ce n'est pas suffisant : nous avons aussi besoin de votre aide...

 Car la maison de Gabrielle Roy, bâtie au centre de la francophonie canadienne, est aussi la nôtre...

 En 1939, une jeune journaliste-écrivain de trente ans, d'origine franco-manitobaine, décidait, malgré ses faibles moyens d'existence, de s'établir au Québec par fidélité à ses ancêtres, originaires de Beaumont et de Saint-Jacques L'Achigan, à son peuple retrouvé et à la langue française. Durant quarante ans, sans discontinuer, Gabrielle Roy allait donner au pays une œuvre considérable qui fit rayonner celui-ci dans le monde entier. De grands écrivains tels Michel Tremblay, Anne Hébert, Jacques Poulin, s'accordent pour reconnaître que Bonheur d'occasion (1945), son ouvrage le plus célèbre, fut le premier roman moderne de mœurs urbaines au Québec.

 Fort de ce patrimoine littéraire inestimable, le pays n'a-t-il pas une dette de reconnaissance envers Gabrielle Roy ? Chacun d'entre nous, que ses livres ont tant fait rêver, ne devrait-il pas mettre un point d'honneur à respecter les volontés de la petite fille qui, depuis la lucarne de son grenier, tentait déjà d'apercevoir, par-delà le vaste horizon songeur, celui qui allait devenir le pays de son avenir ? De cette enfant qui allait porter si haut et si loin les couleurs du Québec ?

 La maison de Gabrielle Roy fait aussi partie de notre patrimoine national. Elle est le symbole de la réussite d'un pionnier québécois parti semer le printemps de l'espoir en terre étrangère. Avec ses meubles, ses bibelots d'inspiration laurentienne et ses portraits d'ancêtres, Léon Roy avait fait de sa demeure un fidèle reflet du Québec. En l'emplissant de sa nostalgie du pays natal, en transmettant à sa fille des traditions et des contes hérités des collines de Saint-Alphonse de Rodriguez, Mélina Landry lui avait imprimé une âme profondément québécoise. Laisserons-nous s'écrouler ou tomber entre des mains peu scrupuleuses la maison de nos aïeux, de nos parents, de nos amis ?

 Depuis cinquante ans, nous partageons avec nos frères et sœurs de l'Ouest le privilège de posséder l'un des plus grands écrivains de la condition humaine. Par conséquent, n'est-il pas temps d'unir nos efforts afin de redonner un élan à notre langue, à notre culture, à notre patrimoine communs ? La maison de Gabrielle Roy ne nous offre-t-elle pas l'occasion rêvée de nous retrouver tous ensemble autour de projets d'envergure et de consolider notre bastion de résistance aux vents pernicieux de l'assimilation ?

 En contribuant, par vos dons, à notre grande entreprise de rachat, de restauration et de transformation de la maison de Gabrielle Roy en un musée dédié à sa mémoire, vous nous aiderez à fonder un foyer – au sens premier du terme – de rayonnement unique et exceptionnel de culture, de francophonie et de nos deux communautés désormais indissociablement liées au cœur de la  plaine.

 Ainsi redonnerez-vous pour toujours à la petite fille à la lucarne la maison de son enfance. Ainsi la maison de Gabrielle Roy deviendra-t-elle aussi votre future maison...

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Les chemins secrets de Gabrielle Roy. Témoins d'occasion
Ismène Toussaint, Montréal, Stanké, 289 p.

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ISMÈNE TOUSSAINT

1. Auteur, chroniqueur (Prix André-Laurendeau), docteur ès Lettres, collaboratrice à L'Encyclopédie du Canada 2000, Ismène Toussaint a consacré deux thèses, ainsi que de nombreux articles, conférences, émissions et expositions de photographies à Gabrielle Roy. Elle a séjourné plusieurs années au Manitoba, d'où elle a rapporté Les Chemins secrets de Gabrielle Roy – Témoins d'occasions (Éditions Stanké, Montréal, 1999), un recueil de témoignages de contemporains de la romancière. Dans la lignée de Louis Riel, elle contribue sur le plan culturel au rayonnement de la communauté franco-manitobaine (Louis Riel, Le Bison de cristal, Éditions Stanké, 2000). En 2000, elle a fait voter un budget de 40 000 $ à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en faveur du rachat de la « Maison Gabrielle-Roy ».
 
 

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