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Lionel GROULX
Correspondance 1894-1967,
tome 3,
édition critique par Giselle Huot, Juliette Lalonde-Rémillard
et Pierre Trépanier, 2003,
Fides, Montréal, 1045 pages.



Ce troisième tome de la correspondance de Groulx s’inscrit dans une démarche éditoriale de longue haleine qui mérite la plus haute considération tellement ces publications sont truffées de renseignements pertinents et porteurs qui éclairent hautement près d’un siècle d’histoire d’un peuple.

L’œuvre de Groulx est immense, colossale ; elle commande le recours aux méthodes d’analyse les plus éprouvées ainsi qu’une largeur de vue sans laquelle  la pénombre risquerait de ternir voire de disqualifier l’une des écritures parmi les plus denses, les plus signatives et les plus  essentielles qui soient en Amérique française.

Peu de personnes ont entretenu une correspondance aussi importante.  Des milliers et des milliers de pièces comme autant de pierres d’un vaste édifice à reconstruire afin de mieux comprendre une réalité déjà séculaire.

Les responsables de cette édition critique ont relevé ce défi avec brio.  Celles et ceux qui aiment l‘histoire raffoleront de cet ouvrage ; ils ne le liront pas ils le dévoreront.  Non seulement le lectorat pourra se brancher directement, sans intermédiaire, sur la pensée de cet exceptionnel animateur de peuple que fut Lionel Groulx mais il pourra de surcroît faire l‘apprentissage des grands débats qui ont marqué le XXe siècle ainsi que des principaux acteurs de cette époque si efferverscente de notre histoire nationale.  Il faut bien le dire, malgré ce que Wilfrid Laurier a bien pu dire, le XXe siècle aura été celui du Québec et non pas celui du Canada.  Et ce Québec en puissance puis en devenir, cette québécitude qui semble si anodine en 2003, nous le devons en grande partie à l’auteur de cette correspondance.

Le sous-titre retenu par les responsables de cet ouvrage remarquable publié chez Fides est très évocateur du contenu qui attend celles et ceux qui se procureront le volume : L’intellectuel et l’historien novices 1909-1915.  En effet, ce sont les dernières années de Groulx à Valleyfield qui constituent l’arrière-plan de cette correspondance aussi volumineuse que dense. C’est dans ce séminaire qu’il aura mis sur pied un groupe d’étudiants qui sera les prémisses de l’ACJC et dont la naissance et le parcours constitueront l’essentiel de son ouvrage Croisade d’adolescents…

L’Association catholique de la jeunesse canadienne fournira, entre autres, les cadres du mouvement nationaliste tant à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et dans les autres sociétés nationales qu’à la Ligue des droits du français qui deviendra la Ligue d’Action canadienne-française puis la Ligue d’Action nationale.

Revenons vers 1910 dans le petit collège… Groulx prend de la place, ses disciples se font remarquer.  Cet éclat ne peut naturellement pas plaire à tout le monde. Des conflits de personnalités puis d‘idées font leur apparation dont l’envie n’est pas totalement exclu.

Après Valleyfield il se rendra à Montréal pour y connaître une carrière brillante et sillonnée aussi de difficultés auxquelles il fera face et sur lesquelles il faudra revenir…

Valleyfield, c’est son diocèse, son pays, la terre des siens.  Il a fait toutefois ses études classiques à Saint-Thérèse et plusieurs de ses correspondants sont des anciens de cet Alma Mater. Qu’ils aient été professeurs ou confrères d’études, ses correspondants lui resteront longtemps fidèles ; plusieurs s’entremettront pour lui trouver une place plus convenable à ses talents.

Groulx a connu, durant ses dernières années dans son diocèse, des rapports souvent tendus avec son évêque, ce dernier étant un partisan du Chef libéral Wilfrid Laurier tandis que Groulx et ses amis favoriseront plutôt Henri Bourassa qui fonde Le Devoir en 1910...

Les lettres qu’il écrit réfèrent souvent à ces difficultés avec les autorités diocésaines.  Il espère quitter Valleyfield et œuvrer ailleurs.

Plusieurs de ses corespondants, dont certains ont étudié avec lui à Rome et à Fribourg, militent tactivement pour ce transfert vers une autre Église diocésaine.

Groulx a toujours voulu œuvrer dans l’enseignement, le monde de l’éducation est le sien. Il n’est donc pas surprenant que le tout nouveau Collège de Saint-Jean dans le diocèse qui porte le même nom et se situe sur la Rive-Sud du fleuve Saint-Laurent ait été perçu comme un des lieux possibles où il pourrait poursuivre sa carrière d’éducateur, ses recherches et ses travaux.

Tous les rebondissements de ces projets sont relatés dans ses lettres.

Les notules explicatives que l’on retrouve nombreuses nourriront intellectuellement le lecteur qui pourra, grâce aux données qu’il y trouvera baigner dans l’atmosphère de cette époque et se familiariser avec les tenants et les aboutissants des enjeux qui n’ont pas manqué de jalonner toutes ces années.

Les responsables de cette édition ont bien des mérites ; le Québec leur doit déjà beaucoup.  Parmi les raisons de ce crédit, mentionnons la richesse de la documentation étudiée et utilisée.  Les notices biographiques des différents correspondants de Groulx, par exemple, rendent davantage intelligibles les échanges qui sont colligés dans ce millier de pages…

C’est dans avec enthousiasme que nous recommandons la lecture attentive et renouvelée de cet ouvrage sans doute parmi les plus importants pour qui veut comprendre ce qui est advenu au Québec depuis le début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

Lionel Groulx est la figure de proue du renouveau nationaliste canadien-français devenant de plus en plus québécois.  Adulé par les uns, diabolisé par les autres, celui que plusieurs qualifient d’historien national a laissé une œuvre monumentale qui ne peut qu’éblouir celui qui prend le temps de s’y pencher quelque peu.

La publication de sa correspondance constitue donc une étape éditoriale importante qui ne peut que réjouir celles et ceux qui s’intéressent à l’histoire du Canada-Français et du Québec.  Nous ne pouvons que souhaiter que la suite des publications ne se fera pas trop attendre.

Gilles Rhéaume
 
 

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