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Pour notre peuple et les autres
que la haine de l’Histoire menace de dissolution


LOUIS RIEL,
UN PHARE DANS LA TOURMENTE
par Ismène Toussaint

(article paru dans L’Action indépendantiste du Québec, juillet-août 2000)
 

Oublier le passé, refuser l’Histoire, équivalent à s’amputer d’une partie de soi-même, comme à se priver d’une richesse essentielle à la compréhension du sens de notre destinée.

En effet, notre esprit n’est-il pas ainsi fait qu’il oscille perpétuellement entre retours en arrière et projections dans le futur ? La valeur de l’être humain ne se mesure-t-elle pas autant à son attachement à ses origines lointaines qu’à son cheminement vers un avenir inconnu ?

Comment expliquer le présent et orienter nos choix de demain sans la moindre référence à ce qui fut ? Pourtant, il est manifeste que, pour des raisons aussi bien liées à la facilité, à l’orgueil de se croire supérieur à nos ancêtres et à nos morts, qu’à la volonté de manipuler les masses, un pernicieux courant de pensée s’obstine, depuis des décennies, à essayer de nous frustrer de notre héritage collectif.

L’histoire oubliée

En France, il y a déjà longtemps que l’on a supprimé l’étude du grec et du latin dans la plupart des programmes scolaires. La mythologie demeure ignorée, ce qui rend la littérature de certains siècles proprement incompréhensible.

Au niveau secondaire, l’interdiction faite aux professeurs d’enseigner l’histoire littéraire à leurs élèves condamne ceux-ci à analyser des textes purgés de leur contexte et de la biographie de leurs auteurs. Il y a quelques années, un ministre de l’Éducation poussait jusqu’à proposer d’étudier l’Histoire et la littérature à partir de la fin du XVIIIe et du XIXe siècles.

Au Québec, nombre de gens me confient n’avoir jamais appris l’histoire de leur pays à l’école, sinon la période de la Révolution tranquille.

Et dans les jeunes provinces de l’Ouest, il est de bon ton d’afficher un certain mépris à l’égard de l’œuvre des premiers pionniers.

Que quelques poignes d’individus s’acharnent ainsi à détruire nos racines au nom d’une sacro-sainte « modernité », ne faisant, d’ailleurs, que remplacer un prétendu « dogme » par un autre, voilà qui relève rien moins que du vol du patrimoine commun et de la propriété morale individuelle.

Voilà qui me semble aussi aller à rebours de cette époque déboussolée qui n’a jamais autant exprimé qu’à l’heure actuelle sa soif de retour aux sources, et voit éclore à foison passions généalogiques, essais biographiques et historiques, romans du terroir, recueils de souvenirs.

Malgré tout, l’inoubliable Louis Riel

Louis Riel (1844-1885), chef métis et martyr politique, serait-il l’une de ces innombrables figures vouées à disparaître dans l’ombre et le silence ?

Si son nom évoque encore quelque chose dans l’Ouest, si sa mémoire est toujours honorée à Saint-Boniface, il n’en est pas de même dans l’Est, où le justicier – contre la pendaison duquel s’étaient élevés 50 000 Québécois, il y a 115 ans, sur la Place du Champ-de-Mars de Montréal – semble, de nos jours, avoir quelque peu sombré dans l’oubli.

En effet, si les uns l’ont relégué au rang de « vieillerie » dans l’armoire aux souvenirs scolaires, les autres perpétuent encore l’image d’Épinal du « doux dingue » chevauchant au milieu de ses Métis, crucifix au poing. Quant aux plus jeunes, ils n’ont jamais entendu parler de lui…

On n’a pas le droit d’effacer les visages du passé car certains d’entre eux peuvent bouleverser une vie, décider de toute une existence. Pour ma part, il y a quelques années, alors que séjournant à Saint-Boniface, je prenais douloureusement conscience de mon erreur d’aiguillage professionnel, Louis Riel fut pour moi une véritable révélation.

Non seulement il a donné un sens à ma vie, mais il a été un modèle d’encouragement à persévérer dans ma fragile mission de défenseur de la langue française et de la culture de l’Ouest.

Celui qu’on a tué parce qu’il rêvait de bâtir un monde nouveau dans un Nouveau-Monde sous occupation impérialiste, m’a offert ce Manitoba qui était à sa mesure et à sa démesure, une terre où a fleuri ma vocation d’auteur, de nouvelles racines…

Pour toutes ces raisons, je ne permettrai jamais que l’on pende une seconde fois Louis Riel.

D’ailleurs, même si son rayonnement n’aveuglait jamais le monde, je demeure convaincue que le souvenir du mystique qui croyait tant à sa résurrection spirituelle, renaîtra indéfiniment au cœur de myriades d’enfants d’ici et d’ailleurs.

La preuve : rien ne me prédisposait à le rencontrer, moi qui habitais à 11000 km de sa ville natale, écrivant dans un état d’esprit à cent-mille lieues des préoccupations des francophones de l’Ouest.

Un symbole anti-impérialiste

Après avoir éclairé d’une dignité nouvelle le sort des Métis pourchassés, dispersés et spoliés de leurs terres, ce phare, qui a orienté mon modeste parcours sur les bords de la Rivière rouge, paraît aujourd’hui vouloir balayer d’un faisceau de lumière tout neuf le destin incertain du Québec. En effet, quelle n’a pas été ma fierté, en découvrant il y a quelques mois, que la Société Saint-Jean-Baptiste s’efforçait de faire un symbole national  du résistant qui n’a jamais cessé de rappeler son attachement à la mère colonie, tout en l’exhortant à ne pas abandonner ses « Métis canadiens » !

Ringard, Louis Riel ?

Jamais cette figure n’a été autant d’actualité en ce qu’elle apparaît comme un emblème vivant de la défense des opprimés dans le monde, de la lutte de la langue française contre le colonialisme linguistique et, en dépit de ce qu’on a qualifié d’« hérésie », du renouveau d’un catholicisme métissé de culture autochtone.

Se pourrait-il qu’il devienne aussi, un jour, le discret fleuron d’un rapprochement entre Québécois et Canadiens-français de l’Ouest, comme celui, plus flamboyant, de la francophonie internationale ?
 

1-  Voir l’annonce faite dans les quotidiens nationaux de novembre 1999 et le Bulletin de décembre 1999 qui l’élèvent au rang de « grand patriote » aux côtés des plus célèbres libérateurs de leur peuple.
 

2-  Louis Riel est l’auteur d’une œuvre réunie en 5 volumes sous le titre Les Écrits complets de Louis Riel, Presses de l’Université de l’Alberta, 1985.

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Voir le dossier de Québec un Pays sur Louis Riel
 
 

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