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Luc Bertrand

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Luc BERTRAND
Un peuple et son avare,
Sources et histoire d’un téléroman
Libre Expression,
Montréal, 2003, 317 pages
Compte rendu par Gilles Rhéaume


Il arrive parfois qu’un personnage fictif, un être imaginé, concocté par un créateur à l’esprit vif voire génial devienne si populaire que le public l’intègre au point de le faire vivre longtemps en dehors de l’œuvre de fiction qui l’a vu naître, progresser puis disparaître avec la fermeture du livre, de la radio ou de l’appareil télé.

Dans ce cénacle de privilégiés, il en est un au Canada-Français et au Québec qui se distingue, il se nomme Séraphin Poudrier : c’est l’avare du peuple québécois comme le titre du volume l’indique.

Sources et histoire d’un téléroman ajoute le sous-tire.  Pour tout savoir sur ce fameux Séraphin, il faut lire ce livre !

Ce personnage du roman de l’unique Claude-Henri Gagnon a été interprété respectivement, par Hector Charland et par Jean-Pierre Masson. Tous deux, il est intéressant de le souligner, étaient, par ailleurs, juristes de formation. Ces deux acteurs talentueux ont respectivement joué Séraphin avec tant de talent à la radio et au cinéma. puis à la télévision, que l’avare en question fait depuis lors partie intégrante de l’histoire non seulement de la littérature et de celle des médias de communication mais aussi de l’histoire du Québec proprement dite, au point qu’un Séraphin, dans le langage populaire, c’est quelqu’un qui est radin, qui est très près de ses sous.

La langue c’est du son qui porte un sens, c’est du bruit qui parle, qui dit et qui signifie.  Au pays du Québec, le patronyme  Séraphin fait sens.  Auparavant en Amérique française et ailleurs dans la Francophonie (où il en est encore ainsi), un séraphin  ne pouvait être autre chose qu’une des nombreuses catégories d’anges parmi les plus rapprochés de Dieu.  Depuis Grignon, Charland et Masson, en cette Amérique française, un séraphin c’est un avare.

Cette acception toute de chez nous illustre mieux que quoi que ce soit d’autre combien ce héros ou cet anti-héros de la littérature a été absorbé par l’imaginaire collectif.  La sociologie de la culture et des moyens de communication de masse trouve là un champ de recherches parmi les plus porteurs.

Luc Bertrand, l’auteur de cette étude publiée chez Libre Expression, possède une plume bien aiguisée.  C’est un écrivain aguerri qui a commis plusieurs autres ouvrages de nature historique comme son Antoine Labelle, son Joseph-Adolphe Chapleau, son Honoré Mercier parus tous trois chez Lidec.  Il faut signaler aussi son Claude-Henri Grignon et son Roger Lemelin parus aux Éditions FM, son René Caron chez Québécor et son Pierre Daignault aux Éditions de l’Homme.

Quand dire ou écrire c’est faire, cette nomenclature parle d’elle-même, elle institue. Point besoin d’insister davantage sur la qualité d’écriture qui traverse ce dernier ouvrage.  Un livre bien écrit, bien construit c’est une valeur ajoutée au contenu.  Rien ne vaut le plaisir de lire un livre quand sa lecture coule de source. Plaisir enrichi, dans ce cas, de moult savoirs, de multiples connaissances.  Lire c’est aussi apprendre.

Car ne nous trompons pas, il est ici question d’une œuvre de recherches que trouveront fort utile les étudiants et les professeurs de tous les niveaux du système d’éducation.  On y recourra pour afin d’y relever une foule de données sur l’histoire de la radio et de la télévision, sur celle aussi de la production et de la réalisation québécoise, sur l’histoire de la littérature, sur Claude-Henri Grignon, l’une des colonnes de la littérature canadienne-française devenues québécoises.  De plus, c’est la vie des arts et des artistes de chez nous qui se déroule sous nos yeux en parcourrant l’ouvrage.

On ne peut compter les artistes qui, à un moment ou l’autre, ont fait partie de la distribution de cette série sans pareil dans l’histoire des arts québécois. Nommons-en quelques-uns : Andrée Champagne qui deviendra Vice-présidente de la chambre des Communes à Ottawa où elle représentera pendant l’ère Mulroney, le comté de Saint-Hyacinthe fut une des Donalda, celle de la télévision.  René Caron, Todore Bouchonneau, grand comédien s’il en est et qui fut par ailleurs président du Comité du OUI au pays du Québec du comté de Saint-Jacques/Sainte-Marie en 1995. Yvon Leroux, cet autre fier Québécois, qui jouait si brillamment le rôle de Bidou, le beau-frère de Séraphin.  Et des dizaines d’autres comme les regrettés Paul Desmarteaux (Curé Labelle), Paul Dupuis (Arthur Buies), Réjeanne Desrameaux (Georgianna, l’épouse de Todore), Julien Besette (Curé Raudin), Janine Fluet (Baby, la riche héritière) et Camille Ducharme (notaire Lepotiron). Et les Guy Provost, les Andrée Boucher, les Denyse Filiatreault, les Pierre Daignault, les André Basilières sans oublier les Réjean Lefrançois, les Yves Corbeil, les Geneviève Bujold et autres.  Tout un catalogue, des pages entières du bottin de l’Union des artistes...

Les chapitres de ce livre, en plus de relater l’histoire de ce feuilleton et son accueil par le public, sont truffés d’anecdotes éclairantes sur le vécu de l’écriture, la réalisation, la mise en scène et le jeu des acteurs.  Et les coulisses des Belles histoires des pays d’en haut nous livrent aussi certains de leurs secrets grâce aux confidences que les comédiennes et les comédiens ont bien voulu livrer à l’auteur dans le cadre des nombreuses entrevues qu’il a effectuées au cours de ses recherches.

Son créateur, qui fut aussi maire de Sainte-Adèle, appartient, lui aussi, à la légende tellement cette figure singulière, écrivain prolifique s’il en est, romancier et pamphlétaire, ami et disciple d’Olivar Asselin à qui il consacrera une biographie inachevée, se distingue dans la galerie littéraire du pays laurentien.  Connu aussi par ses pamphlets qu’il signait Valdombre, Grignon a profondément marqué son époque.  Les anecdotes le concernant sont nombreuses et truculentes.  Son œuvre lui a survécu car en 2003 encore Radio-Canada rediffuse le dimanche après-midi des épisodes des Belles histoires des pays d’en Haut.

Luc Bertrand doit être salué pour sa consistance et pour l’excellence de ses travaux qui jettent un éclairage précieux sur l’histoire du Québec, de ses institutions et de ses héros.

Gilles Rhéaume

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