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Gilles Rhéaume

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Mettre le feu sur la terre,
Paul-Émile Charbonneau
Fides,
2001,
Saint-Laurent,
127 pages
Compte rendu de
Gilles Rhéaume

Les pères de la sociologie ont longuement insisté sur l’importance du phénomène religieux car il est un excellent modèle de fait social dont la saisie est la raison d’être de cette discipline.  Ce bouquin est un pur produit d’un homme d’Église. L’objet religieux est signifiant. Toutefois il est aussi singulièrement riche et complexe.  Sa connaissance, c’est-à-dire son observation réfléchie, est source d’indicateurs multiples de la réalité d’une société, de ses valeurs et de leurs limites. Combien de convictions, d’attitudes et de réflexes  d’ordre sociétal s’expliquent par la culture religieuse d’une communauté !  Au Québec cela est plus vrai que l’on ne le pense.

Les peuples de l’Occident, dont le Québec est partie intégrante, ont peine à reconnaître la part de l’héritage religieux dans leur patrimoine culturel.  Malgré cette  réticence épistémologique, l’univers religieux est incontournable. Les partisans de la laïcité sont les premiers à signaler et dénoncer cette emprise cléricale sur les individus et les groupes sociaux.  Celui qui veut comprendre son monde doit s’intéresser à cette facette cardinale de la réalité humaine.

Pour bien comprendre le Canada-Français historique et le Québec le plus actuel dans certaines de ses expressions collectives, il faut être capable de saisir le rôle que l’Église catholique y a occupé depuis la création de ce pays. La nature ayant horreur du vide, Rome a été longtemps la mère patrie de notre peuple.  Depuis des siècles, au Québec, les gens d’Église, et cela est vrai du simple curé jusqu’aux archevêques et aux cardinaux, ont grandement influencé le «destin» de la communauté. L’histoire fait la part des choses mais il est permis d’affirmer que certaines croyances religieuses ont modelé la société civile.  Le Québec n’échappe pas à cette règle.

Il est par ailleurs peu courant qu’un évêque de chez nous publie un livre, absorbés qu’ils sont ces PDG d’un type bien particulier, par des responsabilités et des défis qui laissent bien peu de temps à l’écriture philosophique et existentielle .  Ces pages de Mgr Charbonneau nous entraînent dans les divers milieux qui furent les siens. Il nous entretient de rencontres qui l’ont marqué, des sentiments qui l’ont habité, de ses espoirs aussi bien que de ses défis. Situés des deux côtés de l’Atlantique, les moments retenus ouvrent une fenêtre sur autant d’événements et de personnages.

Ce livre est donc l’autobiographie d’un évêque québécois.  En somme voilà les jalons d’une future biographie qui mérite d’être connue. Cette autobiographie est celle du parcours intérieur d’un homme qui reste parmi les derniers évêques québécois ayant participé au Concile Vatican II. En fait, il fut l’évêque du dernier diocèse créé par la pape Jean XXIII; il fut le premier pasteur épiscopal de l’Église de Hull dans l’Outaouais.  Après avoir quitté ses responsabilités diocésaines, il s’est investi dans des rencontres sacerdotales où des centaines de prêtres québécois ont pris le temps de réfléchir. L’auteur nous présente les grandes étapes spirituelles de sa vie dans un style simple et vivant.  Il est un fin conteur.  Cette relation nous fait entrer dans un monde devenu souvent étranger aux générations actuelles mais qui n’en n’est pas moins extrêmement pertinent à la compréhension du devenir de notre société. Le Québec de 2001 est constitué de myriades d’univers en constante ébullition. Le monde de Paul-Émile Charbonneau est un de ceux-là.

Pendant le Concile l’Église du Québec a été très active.  Il y a matière à écrire au moins cent livres sur le rôle des nôtres durant ces grandes assises du catholicisme moderne.  Plusieurs des évêques de chez nous ont voulu que l’Église soit celle des pauvres.  Ce courant a marqué non seulement la fin du XXe siècle, il continue sa route encore aujourd’hui.  L’auteur a vécu le Concile de l’intérieur.  Il devrait écrire davantage sur ce sujet, l’histoire y gagnerait.  Un livre nourrissant et stimulant.

Gilles Rhéaume

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