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La souveraineté c'est une prise en charge  (Jean Lapointe)
La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin (Alain LaBonté, José Fontaine, René Marcel Sauvé)

Américains/Anglais/Québécois/Français/Européens (Alain LaBonté,Valérien Lachance, José Fontaine)

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
La souveraineté c'est une prise en charge
Jean Lapointe
mercredi 9 juillet, 2003 08:30


« La souveraineté ce n'est pas une panacée c'est une prise en charge.»

Excellente cette formule je trouve. Je propose qu'on la diffuse partout.

Elle est tirée du texte qui suit dont l'auteur n' est connu que par un pseudonyme.

Lapointe

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«Le Québec, ça ne fait aucun doute dans mon esprit et dans celui de la plupart des Québécois, est le berceau d'une nation dans la définition que voilà:

Groupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun. REM. En ce sens, il convient de distinguer la nation de l'État. "L'idée de Nation implique une idée de spontanéité; celle d'État, une idée
d'organisation qui peut être plus ou moins artificielle. Une nation peut survivre, même si elle partagée entre plusieurs États; et un État peut comprendre plusieurs nations."

Cette nation je n'hésite pas à la dénommer par Québec, puisqu'elle est largement majoritaire sur le territoire québécois.

Maintenant, pourquoi si le Québec est une nation, est-il pris dans un même pays avec une autre nation?

C'est la force de l'histoire et l'arbitraire impérial qui a décidé que la nation canadienne-française formerait un pays avec la nation loyaliste anglaise. De toute l'histoire du Canada, les deux nations n'ont cessé de s'affronter, de se faire concurrence, de piler l'une sur l'autre. Pire encore, une des deux nations a essayé d'assimiler l'autre, je vous laisse deviner laquelle.

Même avant la conquête de 1760, la Nouvelle-France se considérait déjà comme une nation distincte de la France. Cela s'est évidemment accentué lorsque les anglais ont commencé à s'installer. La "Province of Quebec" avait un sentiment national. Le Bas-Canada et les francophones du reste du Canada ont aussi partagé ce sentiment national un peu plus tard.

En 1867, les canadiens-français voyaient le Canada comme leur nation, ils avaient découvert le territoire et surtout ils étaient présents partout. Peu à peu, les francophones disparaissent à l'extérieur du Québec et c'est autour du gouverment provincial du Québec que le sentiment national s'est dirigé.

Le Québec ou ses ancêtres ont toujours eu un nationalisme différent des autres canadiens, c'est la preuve historique de l'existence actuelle de la nation québécoise.

Maintenant, pourquoi vivre un mariage forcé entre 2 nations qui la première fois a été arrangé par l'empire (1867) et la 2e fois, par un rappatriement unilatéral du document le plus important du Canada, sa constitution (1982).

Le Canada a montré (Meech, Charlottetown, Calgary) que les aspirations du Québec à s'élever comme nation au sein du Canada étaient vaines. Elles sont perçues dans le reste du Canada comme des enfantillages, cela montre bien l'incompréhension qui persiste entre les deux nations. La frustration commence à grandir dans le Canada anglais car le Québec occupe toute la place sur la scène politique au Canada, les énergies étant dépensées à empêcher le Québec de quitter le pays au lieu de forger un Canada qui leur convient!

Les avantages de l'accession à la souveraineté pour le Québec seraient multiples:

Fin du débat constitutionnel.

Les Québécois pourraient finalement faire des choix politiques véritables sans se
préoccuper de la situation nationale. Il est illusoire de penser que la flamme souverainiste ou autonomiste va s'estomper d'elle-même.

Puisque le Québec est une nation, et qu'il restera une nation tant que l'histoire et le français seront enseignées à l'école, le Québec voudra toujours administrer son coin de pays selon le bon vouloir de ses citoyens, sans qu'un gouvernement fédéral ne lui dicte quoi que ce soit. Il est bon de souligner que les Québécois seront de plus en plus minoritaires au parlement fédéral, une députation qui diminue d'environ 10% aux 25 ans en proportion du total.

Puisque le Québec est une nation, l'attachement au pays nouveau sera fort et la nostalgie de la fédération sera vite estompée. Il s'agira pour le Québec d'un retour à la normale, d'un retour à la logique.

Le Québec fera maintenant fit des choix que l'histoire a fait pour lui et pourra maintenant aller dans la direction qu'il voudra, tout naturellement.

Tous les Québécois, souverainistes comme fédéralistes, pourront faire du Québec ce qu'ils veulent. Les fédéralistes aiment des valeurs canadiennes? Rien n'interdit de les suggérer dans un Québec souverain. Une chose est claire, c'est la nation québécoise qui décidera des changements de valeurs, des orientations.

La souveraineté, c'est pas une panacée, c'est une prise en charge.

Mais, il faut la faire pour cesser le temps des chicanes internes.

Le gouvernement fédéral dépense des énergies colossales pour nous maintenir dans la fédération. De même, un dénigrement prononcé est souvent fait contre le Québec concernant la souveraineté.

Pour sauver l'unité canadienne, on prétend que le Québec est incapable de
s'administrer tout seul, est incompétent, etc.

Il n'y a rien de plus négatif pour une société que de se descendre elle même, surtout
lorsque cette image est perpétuée dans le reste du pays pour rassurer la population et par le fait même projetée dans le reste du monde!

Le Québec souverain, vous en ferez ce que vous voulez.

Ce n'est pas le cas du Canada qui dans l'ensemble est soumis à une pression culturelle américaine beaucoup plus forte que celle que nous pouvons subir. Un jour, les cowboys vont prendre le pouvoir à Ottawa, et là vous allez comprendre l'importance pour une nation d'être majoritaire dans son parlement afin de faire ses lois, ses traités, selon la volonté générale de sa population.

Les nations québécoises et canadiennes sont appelées à diverger.

On constate dans le monde un resserrement des liens entre les anciennes colonies britanniques de l'occident, je ne crois pas que le Québec désire en faire partie.

Si le Canada s'est tenu à l'écart dans la guerre contre l'Irak, c'est en grande partie à cause des valeurs québécoises transposées à l'échelle canadienne. Mais combien de temps encore le Canada sera-t-il dominé par l'élite québécoise qui prône un nationalisme canadien bilingue, multiculturel, tolérant et pacifique?»

http://www.politiquebec.com/forum/viewtopic.php?t=518

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin
Alain LaBonté
mercredi 9 juillet, 2003 09:59


A 12:30 2003-07-09 +0000, lapointe_jean a écrit [sur un autre sujet connexe] :

[...] Même avant la conquête de 1760, la Nouvelle-France se considérait déjà comme une nation distincte de la France [...]

[Alain]  Un petit bémol : quand j'entends cette thèse à la Jacques Godbout (je crois que c'est lui -- avec Laurier Lapierre -- qui est l'un des plus grands défenseurs de cette idée, dans leur lubie de faire de nous aujourd'hui encore des Canadiens à tout prix), je trouve que c'est une vision franchement révisionniste de l'Histoire. La notion de « nation » telle que nous l'entendons aujourd'hui existait-elle vraiment à cette époque ? J'en doute très sérieusement et très fortement.

Le peuple d'ici pouvait très bien être légèrement rebelle au roi (encore que ceci reste à démontrer, car de Saint-Pierre-et-Miquelon [tout ce qui restait de la France en plein coeur du Canada en 1789 -- et encore de nos jours], beaucoup de Français ont fui la Révolution vers les Îles-de-la-Madeleine, par « loyalisme [au roi et à la religion] »), qui était très loin de toute manière (et qui ne pouvait l'empêcher notamment de chasser un gibier abondant sur les terres royales comme on le faisait en France (où ce privilège était réservé à la noblesse), mais il était Français jusqu'au bout des lèvres, et catholique, les deux étant alors indissociables (à preuve, l'enthousiasme délirant quand en 1850, le premier bateau à mouiller devant Québec en un siècle est arrivé -- cet attachement à la « mère-patrie » ne s'est jamais démenti -- le même enthousiasme et le même frisson a été vécu aussi en 1967, quand De Gaulle a saisi cet enthousiasme au vol avec l'intelligence d'un grand chef d'État [qui nous appelait non pas « Canadiens-français » avec un trait d'union, mais « Français canadiens », ce dont même ceux qui se disaient dorénavant Québécois et non Canadiens, étaient encore très fiers]).

Cela étant, je ne sais ce qui se serait passé si nous avions vécu la Révolution française sans la conquête anglaise... Ferions-nous encore partie de la France (je le crois, et nous porterions toujours le nom de « Nouvelle-France », et la Louisiane en ferait partie, elle qui a été vendue par Napoléon pour une bouchée de pain au début du XIXe siècle -- sauf que la Louisiane, c'était à l'époque la moitié du territoire actuel des États-Unis), ou serions-nous un État distinct (j'en doute) ? Mais comme on dit ici, « avec des si on va à Paris », ce qui est un dicton tout à fait approprié à cette question.

BENJAMIN FRANKLIN

J'invite tous ceux qui le peuvent (et qui lisent l'anglais) à lire le dernier numéro du TIME (7 juillet, je crois) qui consacre un numéro spécial à Benjamin Franklin. On y traite dans un article à part de la question « canadienne » : Franklin était venu à Québec et à Montréal pour tenter de nous faire joindre la Révolution américaine (il parlait un excellent français, sa mère étant Française).

Mais devant l'hostilité des Canadiens catholiques, qui avaient quand même choisi d'être loyaux au roi d'Angleterre représentant « l'autorité établie qui vient de Dieu » (en vertu du principe que toute autorité établie en provient, principe prêché par l'Église d'ici qui s'était acoquinée avec le conquérant anglais pour ne pas perdre ses privilèges), Franklin avait choisi de ne pas insister, se disant aussi que si le Canada [à très grande majorité de langue française à l'époque] joignait l'Union américaine, les liens avec la France ne seraient plus aussi forts (il n'y en aurait plus eu d'aussi grande nécessité politique), et que l'Angleterre y gagnerait en Europe, ce qu'il croyait ne pas être une bonne chose (il détestait tellement l'Angleterre féodale à la fin -- après avoir été un des ardents défenseurs de l'ethnie « britannique » [il reconnaissait qu'il était « Briton »] dans sa jeunesse -- qu'il en a déshérité son fils : ce dernier avait choisi la fidélité au roi et était retourné en Angleterre après la proclamation américaine d'indépendance !!!)

Mais avec des « si »... reconnaissons que l'imagination se délecte... Même le TIME s'en donne à coeur-joie en s'imaginant Franklin de nos jours dans un cyber-café !!!

Alain LaBonté
Québec

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
RE- La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin
José Fontaine
jeudi 10 juillet, 2003 08:06

L’ambassadeur Dorin dit que le Québec est un redoublement du destin national français.

Lorsqu’il avait eu cette jolie formule à Namur, je lui avais proposé de considérer le Québec comme un redoublement du destin national en aval et la Wallonie se situant en amont comme non un redoublement mais un dédoublement.

Il est de fait que les premiers textes littéraires français qui nous sont conservés ont été écrits en Wallonie comme la cantilène de Ste Eulalie c’est un philologue italien qui propose cette origine. Un jour j’avais proposé d’appeler (pour cette raison), la Wallonie, la France d’avant la France.

Je pense que les Québécois se définissent avec leur littérature, leur culture comme distincts de la France ou en tout cas comme étant une source originale de culture française. Les Suisses romands aussi depuis Ramuz (c’est un écrivain important même s’il est peu connu et pas seulement pour les Suisses romands). Chez nous, en Wallonie, il peut y avoir encore hésitation dans la manière de se situer face à la France. Certains disent que nous sommes purement et simplement français. Je pense que non parce qu’une littérature ou une culture se nourrit aussi de l’histoire du pays qui la rend possible. La culture française en France exprime (pas seulement mais aussi) la France, de même que la littérature française en Wallonie exprime la Wallonie, ou le cinéma des Dardenne par exemple.

En fait, chez nous, cette question a un enjeu politique important. Certains (qui peuvent être partisans de la réunion à la France ou simplement belges), considèrent la Wallonie comme dépourvue d’identité et pensent par conséquent qu’il n’y a que des Belges francophones. D’autres estiment que la Wallonie est un peuple original. En fait la question de l’indépendance de la Wallonie est liée à la conclusion qu’aura cette discussion puisque présentement, la Wallonie est, pour ce qui est de l’enseignement et de la culture dépendante d’un Pouvoir politique distinct de l’État belge mais aussi de l’État wallon qui est la “Communauté française de Belgique”, regroupant Wallons et Bruxellois francophones au fond sur la seule base de la langue et implicitement sur l’idée qu’il n’y a pas d’identité Wallonne. Cette question est cruciale pour nous.

Nous sommes en train de rassembler un grand nombre d’intellectuels en vue de reprendre le texte d’un manifeste publié il y a vingt ans le 15 septembre et qui avait eu un grand impact, en vue d’aller le présenter au Président du parlement wallon à la veille de la fête nationale de la Wallonie qui a toujours lieu le troisième dimanche de septembre soit cette année le 21 septembre.

Cordialement,

José Fontaine

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Re: [Pour-le-Pays-du-Quebec]
RE- La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin
René Marcel Sauvé
jeudi 10 juillet, 2003 09:32

Monsieur Fontaine,
 
En établissant une colonie sur les bords du Saint Laurent, la France monarchique créait sans le savoir les conditions d'un nouveau peuple, d'une nouvelle nation et d'un nouvel État.

Les éléments fondamentaux de notre culture comprenaient:

-la langue française, devenue langue formelle, littéraire,  philosophique, technique, scientifique, juridique et culturelle au terme de plus d'un millénaire de progrès continu.

-la culture gréco-latine, fondement de la langue et la culture française et porteuse de valeurs universelles.

-la culture religieuse judéo-chrétienne, déformée en Nouvelle France par le jansénisme, maintenu en place jusqu'à l'Aggiornamento introduit dans l'Église par le pape Jean XX111.

-l'aménagement territorial prévu par Richelieu, qui nous permettait de nous ancrer au sol du Québec, d'en réaliser une osmose unique et partant, de créer les assises de notre propre État à venir.

Ces éléments ne sont pas suffisants pour assurer la survie et le progrès d'une colonie vers le statut de peuple, de nation et d'État. Il faut y ajouter:
 
-la géographie, celle du Québec, territoire immense, (1,6 million de kilomètres carrés de superficie, dépassant toute la Scandinavie), recouvert d'obstacles naturels, comportant peu d'espaces bas, plats, aux sols arables, marqué par les glaciations du Quaternaire, périphérique et naturellement protégé des incursions qui pourraient venir des autres régions d'Amérique du nord. La géographie comprend le climat, continental, aux étés torrides et aux hivers sibériens, comparable aux climats de l'Asie centrale, aussi du  Kamtchatka et de l'île de Sakhaline. Le climat du Québec ne se compare pas aux climats maritimes tempérés de l'Europe occidentale. En comparaison avec les autres régions géographiques et climatiques d'Amérique du nord, le Québec n'est pas une terre convoitée.

Ce facteur est important dans l'explication de notre survie et de nos progressions alors que nous sommes un petit peuple littéralement sans défense.

La Nature s'est chargée de rendre le Québec défendable avec une économie de moyens.

Les régions naturelles les plus habitables sont localisées à plus de 500 kilomètres de distance au sud et à l'ouest du Québec, créant de gigantesques frontières naturelles qui nous ont  toujours bien servis.

-l'histoire, qui a confirmé les possibilités naturelles offertes par la géographie. Au sud, la formation rapide d'un puissant État, les États Unis, en guerre contre l'Angleterre et l'Amérique Britannique du nord depuis 1760, au moment de la prise de la Nouvelle France par les Anglais, jusqu'à 1940, aux débuts de la Deuxième guerre mondiale.

De cette division entre deux puissances, nous avons su machiavéliquement tirer notre épingle du jeu, en partie grâce aux conditions historiques et géographiques dans lesquelles nous avons évolué et en partie grâce à nos classiques gréco-latins.

-la géographie historique, avec la construction des canaux et chemins de fer vers l'ouest, qui ont contribué à déplacer le centre de gravité stratégique des Anglais et des Loyalistes hors du Québec, à 600 kilomètres plus à l'ouest, afin de combler le vide des basses terres des Grands lacs (voyez vos cartes, elles sont situées entre les lacs Simcoe, Ontario, Érié, Huron et baie Georgienne), exposées à l'envahissement par les Américains, surtout les Newyorkais.

-le développement technique, sans lequel on ne peut pas développer le Québec pour en faire un véritable pays.

La nature est trop rude de sorte que les Québécois aiment et apprécient les moteurs et les appareils et machines qui leur permettent de travailler et d'obtenir le maximum de résultats sans épuiser leurs forces physiques. Cet aspect est important.

Les hommes forts et les femmes fortes nous ont bien servis dans le passé et nous en avions beaucoup alors que la médecine était peu développée et que la nature se chargeait impitoyablement d'éliminer les plus faibles. Maintenant, ce n'est plus tellement de force physique (j'ai été bûcheron et employé à abattre des arbres à la main et au godendard) que de savoir dont nous avons besoin.

Tiens, pour vous donner une idée jusqu'à quel point une innovation technique trouve place et est appréciée au Québec, j'étais officier régimentaire à la Citadelle de Québec en 1960, alors que le représentant de IBM s'est présenté pour vendre des ordinateurs, une nouveauté pour l'époque. Il s'attendait à en vendre deux pendant l'année dans la région de la ville de Québec: il en a vendu 11 (oui onze) le premier mois et ses ventes ont continué de progresser par la suite.

-des conditions juridiques, alors que, obligés de plier parce qu'ils n'étaient pas en position de force avec nous, les Anglais nous ont laissé formuler un droit codifié, devenu le Code Civil du Québec, unique en Amérique du nord.

Toutes ces conditions ont contribué à faire de nous un peuple différent de nos cousins de France, tout en demeurant français de coeur, de langue et de culture.

D'autres éléments se sont ajoutés à nos composantes de base:

-le réalisme anglais et britannique,

-l'efficacité matérielle nord-américaine.

-le mélange avec les autres éléments ethniques, notamment les tribus amérindiennes, les anglais, les écossais, les irlandais, les gallois et les immigrants venus d'ailleurs, qui ont ont protégé contre les dangers de la consanguinité.

Tous ces éléments ont contribué à faire de nous un peuple, une nation et un État unique et identique à lui-même.
 
Je vous invite à lire et étudier: Géopolitique et avenir du Québec, Montréal, Guérin 1994,
 
René Marcel Sauvé

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
Re: La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin
Alain LaBonté
jeudi 10 juillet, 2003 15:39

A 19:48 2003-07-06 -0400, Louis La Bonté a écrit (au sujet d'une hypothétique situation où il n'y aurait pas eu de conquête anglaise et où nous aurions vécu la Révolution française) :

En fait, je suppose que nous porterions le nom de Canada.

Mais plutôt que de vivre « au » Canada, nous vivrions « en » Canada.

Dans un autre ordre d'idées, es-tu certain que la Louisiane faisait partie de la Nouvelle-France?

Je suis confus à ce sujet, car je crois me souvenir d'avoir déjà lu dans un livre d'histoire qu'elle n'en faisait pas partie, à la différence du Canada. Et l'Acadie, en faisait-elle partie? La Nouvelle-France était-elle l'union de ces trois régions, ou quelque chose de plus, ou quelque chose de moins?

[Alain] Oui, la Nouvelle-France comprenait aussi, autant que le Canada et l'Acadie, la Louisiane (c'est le Canada qui ne la comprenait pas). La Louisiane a d'ailleurs été fondée par des noms bien de chez nous, dont, de mémoire, Robert Cavelier de La Salle, Louis Jolliet (qui explora tout le Mississipi -- il habitait la maison qui sert de station base au funiculaire qui relie la basse-ville à la haute-ville de Québec !),

et Bienville notamment (qui fonda Mobile [comme on l'apprend quand on visite le fort, sur place], maintenant en Alabama, mais à l'époque la première capitale de la Louisiane). Pour une définition précise de la Nouvelle-France, voici :

« LE TERRITOIRE
La Nouvelle-France désignait l'ensemble des territoires de l'Amérique du Nord sous administration française, avant 1763. Dans sa plus grande dimension, avant le Traité d'Utrecht (1713), la Nouvelle-France comprenait cinq colonies possédant, chacune, une administration propre : le Canada, l'Acadie, la Baie d'Hudson, Terre-Neuve, la Louisiane.
La frontière occidentale de ces colonies était ouverte sur tout l'ouest du continent, sans délimitation précise. »

Voir http://www.culture.fr/culture/nllefce/fr/intro1.htm .

J'ai extrait la carte du territoire, que je joins (c'est bien la moitié de l'Amérique du Nord, au moins [la frontière ouest n'étant toutefois pas précise -- mais elle s'étendait en fait presque jusqu'au Pacifique -- au-delà, donc, de la carte jointe -- et les fils de La Vérendrye (lui-même né à Trois-Rivières en 1685), ont exploré les Rocheuses après que ce dernier eût exploré tout l'intérieur du continent]).
 

À noter que même si l'administration civile était distincte entre le Canada et la Louisiane (même « en Canada », il y avait trois gouvernements, un à Québec, un à Trois-Rivières et un à Montréal, si ma mémoire est bonne -- les Français coloniaux étaient loin de la centralisation à l'époque, et de toute manière la centralisation n'aurait pas été pratique¹ sans les communications que l'on connait aujourd'hui), le diocèse de Québec s'est étendu jusqu'à la Nouvelle-Orléans à une certaine époque. La capitale de la Nouvelle-France était bien sûr Québec, jusqu'au traité d'Utrecht en 1713, où la France perdit Terre-Neuve et l'Acadie, pour mettre fin à la guerre de succession d'Espagne !

[Louis]

Je sais qu'à l'époque les Canadiens étaient fiers de se considérer comme tels, et pas seulement comme des Français, mais je crois que c'était surtout pour la liberté que leur procurait le territoire et pour leur adaptation au climat particulier d'ici. Ils ne se considéraient certainement pas comme une nation, mais peut-être qu'à terme cela se serait produit... mais après tout, sans la protection de la France, le Canada n'aurait jamais pu résister très longtemps au conquérant anglais. Ils étaient donc bel et bien Canadiens, et bel et bien Français. Je suppose que l'identité ne se définissait qu'en fonction de ses « semblables », et non en fonction de ses « ennemis ». Pour être Canadien, il fallait nécessairement être Français.

[Alain]

Tout à fait. Tout comme les Américains se définissaient comme « Britons » avant la Révolution, comme le faisait Benjamin Franklin. D'ailleurs les Anglais d'ici s'appelaient eux-même des Anglais même avant le XXe siècle et utilisaient le même drapeau que le Royaume-Uni... Ce n'est qu'au XXe siècle qu'ils ont définitivement pris le nom de Canadiens (là où avant, le terme ne désignait que des francophones), jusqu'au point où la moitié des Québécois, dont toi et moi, ne se reconnaissent plus eux-mêmes à l'aise comme tels sous ce nom, mais bien, et ce, définitivement, comme Québécois.

Alain

¹ Anecdote sur le problème des communications lentes qui auraient pu nuire à une centralisation poussée : quand les frères Kirke tentèrent d'envahir Québec en 1628 et qu'ils réussirent en 1629, ils ne savaient pas que la France ne pouvait plus être en guerre contre l'Angleterre (ce qu'ils croyaient dur comme fer !) car Henriette de France, soeur de Louis XIV, était promise au roi d'Angleterre. Un ami de Champlain (et interprète), Nicolas Marsolet de St-Aignan, le savait déjà, mais les frères Kirke n'ont pas voulu le croire. Le manque de communication a eu comme conséquence qu'il fallut attendre 1632, au traité de Saint-Germain-en-Laye, pour que Québec soit restituée à la France et que Champlain revienne comme gouverneur de Nouvelle-France.
Voir http://www.geocities.com/daniellla.geo/FRANCE.html

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Re: [Pour-le-Pays-du-Quebec]
RE- La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin
Alain LaBonté
jeudi 10 juillet, 2003 15:50

A 09:32 2003-07-10 -0400, Shirley (René Marcel Sauvé) a écrit :

-des conditions juridiques, alors que, obligés de plier parce qu'ils n'étaient pas en position de force avec nous, les Anglais nous ont laissé formuler un droit codifié, devenu le Code Civil du Québec, unique en Amérique du nord.
[Alain] Il y en a un en Louisiane, si ma mémoire est bonne. À vérifier. En tout cas, il y a encore des notaires en Louisiane, ce qui va avec cette culture juridique française.

Pour le reste, votre analyse est excellente, comme à votre habitude.

Alain LaBonté

Québec

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Re: [Pour-le-Pays-du-Quebec]
RE- La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin
René Marcel Sauvé
jeudi 10 juillet, 2003 16:18

Monsieur LaBonté,
 
Etes-vous sûr qu'il s'agit en Louisiane d'un code civil?

Les notaires étaient en exercice en France pendant l'histoire de la Coutume de Paris, il me semble, qui existait avant le code Napoléon, de même en Nouvelle France.

Ce qui veut dire que nous avions l'habitude du droit coutumier en Nouvelle France et que le passage vers l'English Common Law, introduit en Angleterre par les Normands. ne semble pas avoir suscité de difficultés au Québec.

Nous avons maintenant l'habitude de fonctionner avec un droit coutumier et un code civil.

Je ne crois pas que ce soit arrivé en Louisiane, mais je n'en suis pas certain.

L'essentiel est de retenir les circonstances politiques de l'adoption par le Québec d'un code civil, qui signifie que ni Londres ni Ottawa n'ont été en position absolue de force pendant la période qui a suivi le Traité de Paris du 10 février 1763.
 
René Marcel Sauvé

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
Américains/Anglais/Québécois
José Fontaine
jeudi 10 juillet, 2003 16:44


Cette question des Américains face aux Anglais ou des Canadiens/Québécois face aux Français est assez passionnante pour qui veut étudier cette question assez énigmatique de la Nation.

Dans la Déclaration d’indépendance américaine, les Américains parlent de la “consanguinity” qui les lie aux Anglais et je crois aussi qu’ils utilisent une expression comme common kindred. Enfin, il y a une insistance sur cela. Cela m’a toujours frappé car un des grands théoriciens du nationalisme, Gellner, au milieu de son livre Nation et nationalisme, donne l’exemple d’une sécession d’une ethnie africaine par rapport à un État central oppresseur: il appelle l’ethnie la “Ruritanie” et l’État oppresseur si je me souviens bien, la “Mégalomanie”. Certes, Gellner est d’origine tchèque mais enfin il est complètement intégré au monde anglo-saxon.

Ce qui me frappe (j’en demande pardon à Alain LaBonté car j’ai déjà expliqué cela ailleurs), c’est que ce cas, dont il fait le modèle de tout séparatisme et par là aussi le modèle du principe nationaliste (en caractérisant très fort les nations et d’ailleurs uniquement par l’ethnie), ne correspond justement pas à ce qui pousse les Américains à former une nation indépendante puisque cette nation américaine a comme motif premier la volonté des américains de se gouverner eux-mêmes, soit un idéal non pas ethnique mais civique (et qui va contre la communauté ethnique avec les Anglais).

À vrai dire, l’une des raisons qui me pousse à refuser la réunion de la Wallonie à la France c’est cela aussi.

Certes, je ne conteste pas que la France soit démocratique, évidemment pas une seconde!

Mais je crois que nous nous arrangeons en société d’une manière qui n’est pas du tout la même que les Français.

Et je pense que si nous devions adopter leur manière de s’organiser socialement, politiquement, cela engendrerait des bouleversements tels du corps social en Wallonie qu’il en résulterait des troubles si pas au sens de la violence du moins d’un blocage très grand.

Indépendamment de cela, je pense que la Wallonie est une voix française singulière dans le monde et que notre intérêt culturel commun (à nous, francophones) est que la culture française soit plurielle.

Dans les critères qui permettent de mesurer l’importance d’une langue (d’après l’Encyclopaedia universalis), il y a celui de la diversité humaine des locuteurs de cette langue et c’est l’un des points où le français est à égalité avec l’anglais devant toutes les autres langues.

Peut-être cela n’apparaît-il pas comme évident vu du dehors mais en fait, nous sommes très différents des Français. Et en même temps, nous avons une sorte de titre à être “français” qui équivaut celui que possède les Français.

La petite ville de Chièvres à une 10aine de Km de l’endroit où je clavarde est la première ville à avoir adopté le français comme langue administrative, au 12e siècle si je ne m’abuse. Il y a des cas où la ressemblance distingue en quelque sorte. Mais ces dissemblances dans la Francophonie sont l’une de ses principales chances, ce que les Français ne comprennent peut-être pas toujours car ils ont la logique de l’unité certes non sans grandeur pour la France, mais qui ne peut pas servir pour la Francophonie.

José Fontaine

PS: Il fait chaud chez nous comme dans un climat continental! cher René-Marcel Sauvé. 40.000 km2 de terres habitables pour un territoire de 1.600.000 Km2, voilà qui rend le Québec plus “proche” car nous, nous sommes sur 16.000 km2 (et les Flamands deux fois plus nombreux sur 14.000 km2)!

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Re: [Pour-le-Pays-du-Quebec]
RE- La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin
Alain LaBonté
vendredi 11 juillet, 2003 09:11

A 16:18 2003-07-10 -0400, Shirley a écrit :
 

Monsieur LaBonté,
 
Etes-vous sûr qu'il s'agit en Louisiane d'un code civil?

Les notaires étaient en exercice en France pendant l'histoire de la Coutume de Paris, il me semble, qui existait avant le code Napoléon, de même en Nouvelle France.

Ce qui veut dire que nous avions l'habitude du droit coutumier en Nouvelle France et que le passage vers l'English Common Law, introduit en Angleterre par les Normands. ne semble pas avoir suscité de difficultés au Québec.

Nous avons maintenant l'habitude de fonctionner avec un droit coutumier et un code civil.

Je ne crois pas que ce soit arrivé en Louisiane, mais je n'en suis pas certain.

L'essentiel est de retenir les circonstances politiques de l'adoption par le Québec d'un code civil, qui signifie que ni Londres ni Ottawa n'ont été en position absolue de force pendant la période qui a suivi le Traité de Paris du 10 février 1763.

[Alain]    La Louisiane a vécu sous Napoléon (c'est lui qui l'a vendue aux États-Unis en 1804, si ma mémoire est bonne)...

Cela étant, c'était facile à vérifier avec Google comme cela est toujours facile (pour peu, évidemment, que chaque fois, l'on vérifie à plusieurs sources, car on trouve aussi des faussetés sur le web). Voir : http://lexinter.net/WEB7/historique.htm

« Le développement des systèmes de "Droit Civil"

Si l'on cherche à délimiter les différentes influences qui ont historiquement contribué au développement des systèmes de "Droit Civil" on peut distinguer les filiations par rapport à différents Code Civil

Le Code Civil Napoléonien

Le Code Civil français de 1804, fortement influencé par le "jus civile" romain a fortement influencé la Belgique, l'Italie, la Hollande (avec une évolution récente), le Portugal, l'Espagne, l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud, ainsi que les anciennes colonies belges, françaises, hollandais, portugaises et espagnoles en Afrique et en Asie, ainsi que Porto Rico, la Louisiane et le Québec.

On peut y ajouter New York et la Californie (v. par exemple pour les aspects de "civil law"en Californie : California Civil Law on contracts,http://www.lectlaw.com//files/bul15.htm ; Civil Law and legal issues http://www.lectlaw.com//tciv.htm ) qui ont adopté les Codes Field, très fortement inspirés du droit espagnol, en 1846.. »

J'y apprends que le cas du Québec n'est pas si unique en Amérique du Nord (je croyais déjà savoir que le cas de la Louisiane était similaire au nôtre), car on y dit qu'il y a aussi ce qui ressemble fortement à des codes civils (si ce n'en est complètement) dans les états de New York et de Californie.

Alain LaBonté
Québec

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Re: [Pour-le-Pays-du-Quebec]
Américains/Anglais/Québécois
René Marcel Sauvé
vendredi 11 juillet, 2003 09:28

Monsieur Fontaine,
 
Parlant consanguinité, je vais vous faire une petite révélation qui va vous choquer et choquer aussi beaucoup de Québécois incrédules.

Apparamment, du strict point de vue de la génétique et de la consanguinité, nous Québécois, sommes plus proches des Anglais que des Français, ce qui ne me surprend pas et je vais tout de suite vous dire pourquoi, afin de rassurer les Québécois qui liront ces lignes.
 
Nos ancêtres  sont venus en majorité de Normandie (environ 56%), de Bretagne(environ 22-24%) et les autres des côtes de l'Atlantique et de la baie de Biscaye, notamment d'Aquitaine, de Saintonge, d'Anjou et des Flandres. Nous sommes de descendance côtière et maritime, donc.
 
Notre mentalité en témoigne, de même que notre manière de voir et d'exprimer la réalité, par des expressions maritimes, comme "traverser l'autre bord de la rue" plutôt que l'autre côté, "travailler pendant une secousse"(du navire), "se réorienter" pour dire se réorganiser, "lever l'ancre" pour dire qu'on s'en va, etc.
 
Notre folklore est chargé de choses de la mer et notre religion aussi. Nous avons les craintes et les superstitions religieuses des peuples maritimes qui doivent affronter les eaux redoutables des océans, non des marins d'eau douce.

Benoît Lacroix, o.p. bien connu chez nous, a rédigé d'intéressants travaux à cet effet.
 
Mais nous avons autre chose aussi, du fait de la position géographique de nos ancêtres face à l'Angleterre: les relations avec les Anglais, que ne connaissent pas les autres Français
 
Relations commerciales, guerres, massacres, entre nous et les Anglais, se succèdent depuis presque deux millénaires. Nous connaissons les Anglais et ils nous connaissent. (J'allais dire les tab....)
 
D'une chose à l'autre, ce sont bel et bien nos ancêtres qui, en 1066, ont envahi l'Anglerre et ont dominé les Anglais pendant quatre siècles, jusqu'au dernier des Plantagenet.

Pendant cette domination, que les Saxons ont combattue de toutes leurs forces, nos ancêtres ont imposé aux Anglais l'usage de la langue française à la Cour, dans l'administration et la justice. Quel crime abominable n'est-ce pas?

Les premières grandes chartes des libertés anglaises ont été rédigées en français.

De même le droit coutumier, devenu l'English Common Law depuis ce temps-là.

Les Anglais n'en sont toujours pas revenus.
 
En Angleterre, les Anglais reconnaissent la domination de  nos ancêtres sur leur monarchie, mais au Canada anglais, loyaliste, malade de ses affects, il n'est pas question d'en prendre conscience.
 
Nous avons aussi mêlé notre sang avec les Anglo-Saxons, de sorte qu'ils sont sortis plus forts de notre domination qu'ils ne l'étaient auparavant, y compris bien entendu avec tout le reste que nous leur avons apporté.

En fait, je ne crois pas qu'ils auraient eu l'ambition ni le savoir pour construire l'Empire Britannique sans avoir subi au préalable quatre siècles de domination de notre part.
 
Comme tous les Germains, les Anglo-Saxons sont des gens de patelins, peu portés vers les grandes aventures. Pour vous en rendre compte, regardez Coronation Street en Angleterre, reproduit au Canada anglais, (TV Radio Canada en anglais tous les jours de la semaine, à 15h). Vous constaterez par vous-mêmes cette mentalité de patelin et vous pourrez en juger.
 
Remarquez les types humains de ce programme populaire en Angleterre.  Ils ont beaucoup de ressemblances physiques avec nous.
 
Promenez-vous dans les rues de Torquay ou de Bournemouth dans le sud de l'Angleterre (envahi par les Normands et les Bretons), voyez l'apparence des gens, leur manière de marcher et comparez avec les gens que vous verrez sur la terrasse Dufferin à Québec. Vous verrez les ressemblances. En Angleterre, où j'ai étudié et séjourné, je ne me gêne pas de me conduire comme si le pays m'appartenait.
 
Présentement, à Bordeaux, ma fille Pauline, qui y travaille régulièrement sur des contrats de logiciels, m'apprend qu'il y vit présentement plus de 22,000 Anglais. On lui a récemment demandé de donner un cours de logiciel en anglais à des Anglais et des Écossais qui vivent sur place, mais ne comprennent pas encore assez le français pour comprendre les instructions.
 
Rien de neuf dans ces relations. Elles remontent loin en arrière, alors que les tissus de Calédonie (Tweeds) étaient échangés pour les vins de Bordeaux. Les affaires sont les affaires.
 
Comme conséquence psychologique, en réaction avec ce milieu, les Français des côtes de la Manche, de l'Atlantique et de la baie de Biscaye, se veulent souvent plus français que ceux de l'intérieur. Ils éprouvent fortement le besoin de se distinguer des Anglais, de même que tous les étrangers qui fréquentent leurs côtes.
 
Je crois que nous, Québécois, devrions nous réclamer de l'Angleterre au nom des "colonial rights" qu'invoquait Madame Thatcher lorsqu'elle refusa initialement de retourner Hong Kong à la Chine il y a quelques années. Après tout, l'Angleterre a déjà été notre colonie. Mais Madame Thatcher a dû céder parce que les conditions avaient changé...
 
Bonne journée
 
René Marcel Sauvé

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Re: [Pour-le-Pays-du-Quebec]
Américains/Anglais/Québécois
Alain LaBonté
vendredi 11 juillet, 2003 10:27

A 22:44 2003-07-10 +0200, José Fontaine a écrit :
 

Dans la Déclaration d'indépendance américaine, les Américains parlent de la consanguinity qui les lie aux Anglais et je crois aussi qu'ils utilisent une expression comme common kindred. Enfin, il y a une insistance sur cela. Cela m'a toujours frappé car un des grands théoriciens du nationalisme, Gellner, au milieu de son livre Nation et nationalisme, donne l'exemple d'une sécession d'une ethnie africaine par rapport à un État central oppresseur: il appelle l'ethnie la Ruritanie et l'État oppresseur si je me souviens bien, la Mégalomanie . Certes, Gellner est d'origine tchèque mais enfin il est complètement intégré au monde anglo-saxon.   Ce qui me frappe (j'en demande pardon à Alain LaBonté car j'ai déjà expliqué cela ailleurs), c'est que ce cas, dont il fait le modèle de tout séparatisme et par là aussi le modèle du principe nationaliste (en caractérisant très fort les nations et d'ailleurs uniquement par l'ethnie), ne correspond justement pas à ce qui pousse les Américains à former une nation indépendante puisque cette nation américaine a comme motif premier la volonté des américains de se gouverner eux-mêmes, soit un idéal non pas ethnique mais civique (et qui va contre la communauté ethnique avec les Anglais).


[Alain]

Hélas, il était indubitablement ethnique au départ (et il l'est toujours, car il n'est toujours pas illégal -- loin de là -- de demander la race de quelqu'un dans une demande d'emploi aux États-Unis -- et en fait on n'en finit plus de faire des distinctiosn dans la presse, on parle d'Hispanics, d'African Americans, de Caucasians, là où on n'entend pas beaucoup ces mots ici ou en Europe, mais comme on les entend à Singapour, en Malaisie et en Indonésie -- dans un rapport de police, comme *plaignant* il y a quelques années, j'ai moi-même dû m'identifier dans ma déclaration comme « Caucasian »). Il est *fondé* dans les griefs faits par les Américains à l'Angleterre au départ sur l'ethnicité qui oppose les Anglo-Saxons aux Amérindiens et par extension -- car même s'ils n'étaient pas en guerre avec eux, ils les traitaient en esclaves -- avec les noirs (et avec les Asiatiques au XXe siècle -- on a scacdaleusement emprisonné des Américains d'ascendance japonaise, sans autre motifs, pendant la IIe Guerre mondiale, et aujourd'hui encore, depuis le 11 septembre, on ne reconnaît plus aux Arabes -- ou à des personnes qui ressemblent même à des Arabes -- certains droits fondamentaux). Idéal très ethnique, ataviquement ethnique, si idéal il y a.

Même Jefferson a dû se résoudre à l'évidence de cette contradiction pendant son séjour à Paris, lui qui employait des esclaves même après avoir été un père de l'indépendance américaine.

Car s'il y a eu déclaration des Droits de l'Homme à la Révolution américaine, tous n'étaient pas inclus dans cette notion d'Homme. Il fallut attendre la Révolution française pour que l'on parle de Déclaration *universelle* des droits de l'homme et du citoyen.

Les Américains étaient comme les Grecs, leur citoyenneté était réservée. Réservée aux WASP (White, Anglo-Saxon, Protestant) chez les premiers, aux Grecs adultes, libres (càd non esclaves) et non barbares (càd « étrangers ») dans le second.

Alain LaBonté
Québec

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
Américains/Anglais/Québécois/Français/Européens
Alain LaBonté
vendredi 11 juillet, 2003 11:28


A 09:28 2003-07-11 -0400, Shirley (René Marcel Sauvé) a écrit :

D'une chose à l'autre, ce sont bel et bien nos ancêtres qui, en 1066, ont envahi l'Anglerre et ont dominé les Anglais pendant quatre siècles, jusqu'au dernier des Plantagenet.
[Alain]

Et quand le roi de France s'est emparé de la Normandie (qui appartenait à son Duc devenu roi d'Angleterre), il a oublié les îles anglo-normandes (Jersey, Guernesay, Aurigny [Aldernay]), ce qui fait que le Duché existe toujours et que la reine d'Angleterre en est toujours aujourd'hui officiellement le Duc (en tant qu'héritière de Guillaume le Conquérant). À Aurigny, il est même interdit de s'adresser au Duc de Normandie en une autre langue que le français, et quand elle y va, on perpétue cette tradition.

J'ai chez moi un timbre de Jersey sur lequel est écrit, à côté du portrait de la Reine : « Vive la Reine, notre Duc ». Les « parlementaires » des Îles anglo-normandes continuent de tenir leurs délibérations en français. Ils font partie de l'association des parlementaires de langue française. [Cette présence de la langue française dans les îles anglo-normandes (qui se perd presque totalement à Jersey et à Guernesay de nos jours, ayons le courage de le dire), a servi le pouvoir britannique ici, car ce sont des Jersiais, les Robin et plus tard les Le Bouthillier, qui ont maintenu les Gaspésiens en esclavage réel -- sans jeu de mot -- dans leur contrôle absolu de la pêche et du commerce avec les pêcheurs (ils payaient les pêcheurs exclusivement en bons d'achats valables uniquement dans leurs magasins, et établissaient arbitrairement la valeur des bons) qu'ils exerçaient, de 1763 aux années 1930 (oui, vous avez bien lu, 1930 !!!)...

Et bien sûr, on ne compte plus les Langlois à Jersey -- en fait la plupart des noms de famille nous y sont familiers en tant que Québécois francophones]. Et... il y a encore des notaires dans les îles anglo-normandes (en anglais « Channel Isalands »), qui font partie du Royaume-Uni, mais pas de la Grande-Bretagne.

[René Marcel]

[...] Promenez-vous dans les rues de Torquay ou de Bournemouth dans le sud de l'Angleterre(envahi par les Normands et les Bretons), voyez l'apparence des gens, leur manière de marcher et comparez avec les gens que vous verrez sur la terrasse Dufferin à Québec. Vous verrez les ressemblances. En Angleterre, où j'ai étudié et séjourné, je ne me gêne pas de me conduire comme si le pays m'appartenait.
[Alain]

Comme moi en France (et la question de la gêne ne se pose pas en France, c'est un plaisir partagé avec mes amis français, et non une bravade). Et je ne contredis pas René Marcel, je suis d'accord avec lui pour ce qui est de l'Angleterre... C'est bien vrai.

C'est vrai aussi en Écosse... à Édimbourg, où on a le pendant du Château Frontenac


sur le promontoire, et le pendant du pont de Québec sur le fleuve Forth (on y trouve un pont cantilever, petit frère jumeau du nôtre) qui se jette dans le « Firth of Forth » (la Mer du Nord). Ça se manifeste dans la matière autant que dans l'âme. À Édimbourg. À Winchester. À Bournemouth. Dans le sud de Londres. Un peu partout. Si l'on fait abstraction de la conduite à gauche, car si l'on ne sait pas quel pays l'on survole en avion, cet élément ne trompe pas...

Inversement (je veux dire pour retourner la situation), un Anglais habitué au Québec, avec qui je partageais un vol transatlantique entre Londres et Montréal il y a quelques années, m'a dit (nous conversions tous les deux en français surtout, parfois en anglais) qu'il trouvait que les Québécois, y compris et surtout ceux qui ne parlaient pas anglais, étaient les plus Anglais des Canadiens (un Allemand m'a plus tard suggéré qu'il aurait dû dire « les plus Européens des Canadiens »).

Pour ceux qui sont allés en Angleterre, l'attitude anglaise nous semble familière étrangement et étonnamment plus que celle du Canada anglais ou des États-Unis (où nous sommes pourtant extrêmement familiers avec les apparences, mais pas avec l'âme, quand on fouille plus loin que ce que l'on voit) parce que malgré tout, l'Angleterre est encore aujourd'hui plus européenne qu'américaine, et que les Québécois sont infiniment plus européens qu'ils le pensent...

Néanmoins je persiste à dire à mes amis britanniques que le Royaume-Uni est le Québec de l'Europe. Jusqu'à présent ils peuvent difficilement me contredire.

Tout cela est bien paradoxal, mais cela correspond à une certaine réalité, si l'on ne prend pas la comparaison à la lettre, car elle est loin d'être parfaite.

Et architecturalement, dans le vieux Québec, au tournant de chaque rue, on est transporté de la France à l'Angleterre et inversement... Entièrement, en quelques secondes...
 


Et en banlieue, on découvre que l'on est bien en Amérique... Mais l'âme reste profondément européenne, j'en suis convaincu. Le contact avec l'Europe nous en convainc. Le contact exclusif avec les États-Unis ou le Canada anglais ne nous permet que difficilement de nous en rendre compte. Car il est trop superficiel, comme la civilisation américaine sous-jacente, pour peu que ce soit vraiment une civilisation.

Alain LaBonté
Québec

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Re: Pour-le-Pays-du-Quebec]
Américains/Anglais/Québécois/Français/Européens
Valérien Lachance
vendredi 11 juillet, 2003 13:30

Bonjour,

À vous deux messieurs LaBonté et Sauvé, un cordial merci.

Oui, merci de nous faire partager vos connaissances et vos voyages que nous savons apprécier à leur juste valeur.

Ce que je retiens, c'est que nous sommes plus sembables que différents des uns des autres !

Cette constatation serait-elle le signe précurseur de la  com-union universelle !

Valérien L

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[Pour-le-Pays-du-Quebec]
Américains/Anglais/ Québécois/ Français
José Fontaine
vendredi 11 juillet, 2003 17:16

Je voulais dire à Alain LaBonté que, lorsque je souligne le fait qu’il y a une communauté “ethnique” entre Anglais et Américains en 1776 et qui est perçue comme telle alors, le poids de ce que je veux dire ne porte pas sur ce qu’il y a de péjoratif dans “ethnique” mais je visais une identité disons culturelle, nationale, pas raciale, sens que le mot “ethnique” peut avoir évidemment, entre Anglais et Américains.

De sorte que puisque ce sont des gens pouvant en appeler à leur “consanguinity” qui se séparent, on peut penser que les motifs profonds des Américains d’édifier un État indépendant sont autres qu’ethniques et donc civiques.

Ceci dit, au sens où je crois, vous utilisez le mot “ethnique”, cela est vrai que les Américains de 1776 ne considéraient pas tout à fait les Noirs comme des hommes ni les Indiens.

Pourtant, en posant le principe “All men are created equal”, la déclaration contredit de fait le racisme. J’ai toujours pensé que Lincoln ou Martin Luther King étaient les seuls fidèles à l’Amérique authentique, celle de 1776.

Ce qui me frappe, c’est cette séparation qui n’a pas lieu pour des motifs nationaux (dans le sens de “identitaires”), mais des motifs politiques.

Ceci étant dit, un philosophe qui, je pense, est Buchanan (?) a écrit sur l’indépendance du Québec, estimant (un peu, m’a-t-il semblé en fonction des principes de la Déclaration américaine et en la critiquant d’ailleurs), que la seule raison qui justifiait l’indépendance du Québec, c’est le refus de voter le référendum sur la Constitution canadienne qui, pour Buchanan, n’étant pas approuvée par les Québécois, est nulle et non avenue en ce qui les concerne.

C’est le souvenir d’un séminaire à Louvain avec un prof québécois dont je n’aurais pas dû oublier le nom. Et je me souviens que j’avais lu les premiers mots de cette Déclaration de 1776 qui est très belle malgré ses équivoques... En 1993 ou 1994.

Le fait d’avoir été annexé fait que les Québécois ne se sont jamais heurtés aux Français mais si... Je sais qu’une revue littéraire au Québec (dont j’ai oublié le nom également), avait eu un jour comme thème “Haïr la France?”

Bien sûr, question provocatrice...

José Fontaine

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