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Rosaire Morin

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Rosaire Morin
Homme d'Action, homme de Nation,
homme de Résistance
Jean-Luc Gouin
1999-04-15


1922 fut ce grand cru qui a vu naître sur nos terres les René Lévesque, les Camille Laurin, les Rosaire Morin. Au Québec, les authentiques guerriers ont le cheveu blanc.  Voilà bien notre drame.
 

Fatalité de l'étant comme être-disparaissant. Rien à faire. Ça fait mal tout de même. Et beaucoup. L'Absent empoigne le réel. Il orpheline les tit-culs baroudeurs dont je suis.

Par lui qui décède, c'est un autre pan de société qui cède.  Ne tenons-nous plus qu'à un fil dans notre Inaction Nationale ?

La tragédie par-delà l'homme dans son individualité, c'est que la vraie jeunesse québécoise - de Camille à Pauline, de Félix à Vallières, de Miron à Dumont, de René à Raymond par Lévesque réunis, de Vigneault à Parizeau, de Vadeboncoeur à Léveillée, de Georges Dor à bientôt Claude Gauthier, de Bourgault enfin à Rosaire, et certainement quelques oublié/es qui me pardonneront - habite le pays de la Septuagénie. Ou sinon chemine à son portique pour bientôt s'y engouffrer pour ne plus en sortir. Hormis par la discrète petite porte arrière.

Nous aimons mourir. C'est moins pénible ainsi. Sans doute. Restent les vieillards de vingt et trente ans. Occupés d'eux-mêmes et à se croire superbement de nulle part - pour mieux s'éviter la tâche de planter son pieu dans une terre intransigeante, et qui toujours réclame effort, humilité, labeur. Sans relâche. La terre de la Liberté. Aux antipodes, aux antipôles, du n'importe quoi et de l'indifférence: indifférence à un ici ou un ailleurs, au mieux ou au pire, à l'asservissement tranquille et indolore ou à la dignité, à un choix véritable enfin. Aussi. Néant de l'universel. Illusion de la suprême légèreté de l'être dans le poids infini des choses.

Rosaire Morin a été de ce monde bien avant moi (il eût pu être mon père, presque mon père-grand). Il tombait pourtant sous le sens, le mien, qu'il y serait et en serait bien après mon évanescente égoïté. Il nous condamne à la responsabilité, cet homme de toujours et de tous les fronts du pays - icelui tête habitée peut-être encore un peu par quelque spectral esprit de la Résistance. Il nous condamne ce Pandore. Que l'on voulait croire indestructible, éternel, afin qu'il puisse continuer à s'occuper de son petit coffret de combats. Et nous surtout de notre bonne conscience. Nous, insouciants enfants immobiles férus d'automobiles, de soieries, de soirées. Ne fût-ce qu'en pensées. Et de promotion sociale particulière faute d'être pour tous et citoyenne. Nous, superbes albatros aux ailes châtrées.

Il a labouré. Il nous faudra désormais, nous citadins proprets et délicats, bêcher derechef. Mais comment ferons-nous, nous qui naissons vieux et mourons chêne? Nous qui opiniâtrement, perpétuellement, choisissons d'être jeunes sur le tard?

Ombres à venir. Sombre avenir.

Merci Monsieur.
Infiniment.

Jean-Luc Gouin,
homme d'ici
14 avril 1999
 
 

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