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René Marcel Sauvé

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Interventions de Monsieur René Marcel Sauvé sur différents sujets traités par des membres du groupe de discussions.
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Textes tirés du groupe de discussions :
Pour-le-Pays-du-Québec

Cette présentation de différents messages se retrouvent sur plusieurs pages.

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vendredi 13 juin, 2003 09:55

Monsieur Fontaine,

La bataille de Sainte-Foy

Il y a eu la bataille des plaines d'Abraham et il y en a eu une deuxième, celle de Sainte-Foy, que nous avons gagnée, huit mois plus tard, soit le 18 avril 1760. Mais nous n'avions pas les moyens d'y donner suite et de son côté, la France monarchique avait décidé de se retirer du Saint-Laurent, afin de regrouper ses forces dans les Antilles et venir en aide aux Yankees qui préparaient, dès 1760, la guerre d'indépendance américaine, laquelle commença officiellement 14 ans plus tard.

ERREUR DE LA FRANCE

Les stratèges français de l'époque, dont Vergennes,ont cru qu'en aidant les Yankees à chasser l'Angleterre dehors de l'Amérique du nord, la France pourrait reprendre le Saint-Laurent. Erreur de stratégie (manque d'appréciation rigoureuse du contexte et de la situation), car Georges Washington, qui voulait chasser hors des Amériques tous les empires coloniaux européens, avait déjà décidé que la France ne reprendrait pas le Saint-Laurent mais qu'en compensation, elle recevrait des sommes substantielles.

ERREUR DE WASHINGTON

Erreur stratégique de Washington, qui n'a pas réussi à chasser les Anglais hors du Québec.  Il avait cru qu'en envoyant une armée américaine commandée par les généraux Montgomery et Arnold, il prendrait "facilement le Québec" et il s'est lourdement trompé.  Il a oublié le fait que le clergé québécois refuserait de prendre parti pour les athées et francs-maçons américains et qu'il préférerait la soumission à Sa Majesté Britannique, en échange de faveurs bien entendu. Rusés, les Anglais ont consenti les faveurs demandées et les Québécois se sont battus de leur côté contre les Yankees.

Erreur stratégique de la part de Washington, donc. S'il avait laissé La Fayette reprendre le Québec, il est sûr et certain que nous serions redevenus colonie française et le serions restés au moment de la Révolution, quittes à devenir athées 200 ans avant notre tour. Notre histoire aurait été très différente.

ERREUR DE LA FRANCE

Erreur stratégique majeure des stratèges et bureaucrates français. Les Américains n'ont jamais repayé la dette de guerre contractée par la France pour les aider à réaliser l'indépendance. Ils ont payé des miettes et ce faisant, ont contribué à ruiner le trésor français, qui avait contracté plus de 200 milliards de dettes en monnaie de l'époque. Ce facteur a joué un rôle important dans le déclenchement de la Révolution française, car il n'y avait plus d'argent pour faire rouler l'économie et le peuple crevait de faim.

ERREUR DE L'ANGLETERRE

Erreur stratégique des Anglais qui ont cru qu'avec le temps, ils pourraient se relancer à la reconquête des Treize colonies. Ils n'avaient pas réalisé l'énorme potentiel économique et politique du territoire américain.

Autre erreur des Anglais, après leur victoire à Waterloo en 1815, qui ont de nouveau envoyé une armée sous le commandement du général Cunningham attaquer les États Unis par le sud, par la Nouvelle-Orléans. Le pauvre Cunningham et son armée ont été taillés en pièces.

ET LE QUÉBEC ?

Quant à nous, au Québec, étant en position de faiblesse, nous ne pouvions prendre de décisions dont il nous aurait fallu prévoir et assumer les conséquences. Avec la souveraineté, nous pourrons le faire à notre tour, mais auparavant, tous les Québécois doivent bien s'instruire du fait que chaque contexte et chaque situation varient considérablement d'un temps à un autre et d'un lieu à un autre.

Ce qui ne varie pas, c'est le principe fondamental qui exige d'apprécier chaque contexte et chaque situation à son mérite, avec des yeux qui voient, des oreilles qui entendent et une intelligence capable de saisir l'essentiel d'un problème complexe comme ceux qui confrontent les États, et partant, de discerner l'essentiel de l'accessoire, le continu du discontinu, le contingent et le nécessaire, le permanent et le transitoire, etc. Quiconque a l'esprit piégé dans une idéologie ou dans des idées fixes est incapable de mettre ce principe fondamental en pratique.

L'histoire est là pour nous servir de multiples leçons à cet effet.

J'ai bien reçu votre demande pour le texte publié dans le journal Le Devoir sur la mort. Je l'avais écris en réponse à un article par Serge Bouchard. Je vous l'enverrai aussitôt que possible car je ne l'ai pas ici dans mon ordinateur.

Salutations

René Marcel Sauvé

----- Original Message -----
From: José Fontaine
To: Pays du Québec
Sent: Wednesday, June 11, 2003 5:22 PM
Subject: [Pour-le-Pays-du-Quebec] Échec

SUR L'ÉCHEC

À la suite de ces réflexions sur l’échec des référendums, j’apprécie toutes les remarques mais je veux dire ceci, c’est que l’échec fait partie de la vie et surtout aux élections, cela me consterne d’ailleurs que la victoire à une élection dépende parfois de facteurs infinitésimaux.

Je ne parle pas de l’échec sur la longue durée mais de l’échec sur un moment de bête inattention comme un accident de voiture.

Ou comme la défaite de Montcalm à la bataille des Champs d’Abraham. En tout cas, j’aimerais bien avoir le texte de RM Sauvé (René et Sauvé sont deux mots proches...), sur l’âme et la mort.

José Fontaine

PS: Je suis en train de me demander si ce n’est pas “les Plaines d’Abraham”, corrigez-moi, je ne veux pas me tromper s’agissant du Québec. Et le dictionnaire de l’histoire de France ne le précise pas.

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mercredi 18 juin, 2003 13:53

une forme d'étapisme

Hypothèse:

Le Bloc Québécois et l'Alliance Canadienne forment un gouvernement de coalition où l'Alliance accepte de servir les intérêts du ROC et le Bloc ceux du Québec.

Avantages:  On déloge le MLC (Mafia Libéral du Canada) et on défait les plans PLQ-PLC quant à la remise des pouvoirs à Ottawa et au "gentil" Paul Martin.  Cela n'empêche pas la souveraineté éventuelle du Québec et même nous en approche.

Inconvénients:  Dur dur de faire avancer une telle idée avec les partis en présence.

Pour qu'un tel plan soit acceptable, le tout devrait être accepté et signé avant les élections.  Enfin, on verrait les choses bouger et le Canada ne serait plus jamais ce qu'il fut.

Qu'en pensez-vous?

Etienne Boulay

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mercredi 18 juin, 2003 16:16

une forme d'étapisme

Le temps n'est plus aux demi-mesures. Nous avons suffisamment perdu notre temps en revendications vaines, ainsi que le font les peuples inféodés et habitués à la soumission servile et dégradante, dont ils sont incapables de se soustraire.

Nous devons nous mobiliser pour préparer la rupture.

Cette-fois, c'est le temps de l'État, notre État, dont nous possédons les assises.

Nous avons rompu une fois dans le passé, mais c'est la France qui a pris la décision. Ce n'était pas l'Angleterre, qui se considérait perdante avec le traité de Paris du 10 février 1763, lequel traité nous laissait seuls dans le Saint-Laurent.

Nous avons non seulement survécu mais nous avons constitué notre foyer national et forgé les assises de notre propre État et c'est maintenant notre tour d'agir.

ERREUR DE LA FRANCE

La stratégie de la France appuyait les Yankees des Treize colonies dans leur lutte pour l'indépendance, afin de reprendre possession de la Nouvelle-France ensuite et se retrouver dans une Amérique du nord libre de toute domination anglaise. Cette stratégie a échoué, ou on pourrait dire qu'elle n'a réussi qu'en partie. Elle a libéré les Yankees mais ne nous a pas libérés nous, qui sommes demeurés sous tutelle anglaise et loyaliste.

L'appréciation du contexte et de la situation d'alors a été insuffisante pour prendre une décision d'une telle envergure. L'effort de la stratégie de la France s'est déplacé du Saint-Laurent vers les Antilles et ce fut une erreur majeure, contraire aux principes élémentaires de la concentration et de l'économie de l'effort, de la coordination, la coopération et la logistique de guerre.

ERREUR DE L'AMÉRIQUE

Mais l'Angleterre et les Yankees conduits par George Washington se sont trompés eux aussi.

Washington voulait tout avoir, toutes les Amériques, sans tenir compte de ses limites. L'Angleterre voulait tout reprendre et se croyait matériellement et formellement capable de le faire.

LA STRATÉGIE QUÉBÉCOISE

Cette fois, c'est la stratégie québécoise qui entre dans le jeu actuel des pouvoirs mis en place par les United Empire Loyalists et les Orangistes.  Ce qui compte, c'est la connaissance de nos grands principes et l'acquisition d'une compétence capable de les mettre en pratique. Ce grand jeu, nous allons le jouer contre Ottawa, qui se cherchera les alliés qu'il pourra trouver. Nous avons ce qu'il faut pour le déjouer et le faire tomber et c'est ce que nous allons faire.

Ce qu'il nous faut pour gagner: de l'intelligence, de la volonté et des couilles.

Cette fois, nous allons rompre une seconde fois et c'est nous qui prenons la décision et passerons aux actes.

Ce qui fait et fera la différence, c'est notre détermination. (Second grand principe de stratégie). Cette détermination nous viendra de l'appréciation que nous faisons maintenant du contexte et de la situation.

Cette fois, gagner une élection pour le Parti Québécois et gagner l'État reconnu seront un seul enjeu. Nous chasserons Ottawa de notre territoire.

Toute autre politique ne sera que tergiversations et du temps accordé en faveur de nos ennemis, temps qui jouera contre nous comme par le passé.

Le temps des décisions majeures est arrivé. Il est ici maintenant. Ce que nous devons faire, c'est mobiliser en fonction de cet objectif unique. Il n'y en a  pas d'autre.

René Marcel Sauvé

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jeudi 19 juin, 2003 10:44

une forme d'étapisme

À 13:53 2003-06-18 -0400, Etienne Boulay a écrit :

Hypothèse:

Le Bloc Québécois et l'Alliance Canadienne forment un gouvernement de coalition où l'Alliance accepte de servir les intérêts du ROC et le Bloc ceux du Québec.

Avantages:  On déloge le MLC (Mafia Libéral du Canada) et on défait les plans PLQ-PLC quant à la remise des pouvoirs à Ottawa et au "gentil" Paul Martin.  Cela n'empêche pas la souveraineté éventuelle du Québec et même nous en approche.

[Alain]  On aurait ici intérêt à lire « Le prince »¹ de Machiavel .

Des idées analogues (l'alliance avec des ennemis potentiels pour vaincre un ennemi réel déjà en place mais indécrottable) a déjà séduit plusieurs États depuis belle lurette (un bel exemple : les États-Unis ont armé l'Irak contre l'Iran, et ça a donné ce que l'on voit aujourd'hui, le bordel, et pour des décennies, voire des siècles ; idem ils ont enrichi l'Arabie saoudite qui a donné naissance à Oussama Ben Laden). Ça a toujours tourné au vinaigre...

Je cite Machiavel (la logique de la citation hors-contexte est difficile à comprendre, mais la dernière phrase est édifiante) :

« J'évoquerai encore une figure de l'ancien Testament, qui me semble ici à sa place. David s'étant offert à Saül pour aller combattre Goliath qui insultait les Israélites, le Roi crut encourager ce jeune homme en le revêtant de ses armes; mais David les ayant essayées, ne s'en voulut Point servir, disant qu'il ne pouvait pas en tirer d'usage, qu'elles l'incommodaient, et qu'il ne voulait combattre l'ennemi qu'avec sa fronde et son couteau. En somme, les armées des
autres, ou vous tournent le dos, ou vous pèsent, ou vous empêchent. »
Bref, David, c'est les indépendantistes que nous sommes, et les « armes du roi » c'est éventuellement ici l'Alliance canadienne. David ne les a pas utilisées, et il a vaincu Goliath quand même. La victoire n'en fut que plus durable, et il ne devait rien à personne. Qui plus est, il devint roi lui-même, sans avoir à devenir le vassal d'un autre. S'allier à l'Alliance canadienne et gagner contre la « mafia libérale », cela reviendrait à leur devoir quelque chose.

S'ils sont intelligents, ils auront d'ailleurs la même réaction face au Bloc québécois. Pour eux, ce serait sans doute un pacte avec le diable.

Alain LaBonté

Québec

¹ Je pourrais en diffuser le texte intégral. En format texte, il ne fait que 187 Koctets

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jeudi 19 juin, 2003 10:52

Machiavel

Autre citation plus édifiante encore de Machiavel :

« Les Florentins n'ayant aucune troupe sur pied, entreprirent le siège de Pise avec dix mille Français, ce qui les mit dans le plus grand péril qu'ils aient jamais éprouvé. L'Empereur de Constantinople, voulant s'opposer à ses voisins, attira dans la Grèce dix mille Turcs qui n'en voulurent jamais partir depuis, et qui commencèrent à jeter les
fondements de son esclavage.

Si donc un Prince veut se mettre hors d'état de remporter le moindre
avantage, il n'a qu'à se servir de ces sortes de troupes, qui sont encore bien plus dangereuses que les mercenaires, car elles sont bien plus en état de vous perdre, étant unies entre elles, et soumises tout entières à une puissance étrangère. Au lieu que les troupes mercenaires, ne formant pas un seul corps, et étant rassemblées et payées par vous, ont besoin pour vous nuire de plus de temps et
d'une occasion plus propice; de plus, un chef que vous leur donnez
vous-même, ne peut pas acquérir du crédit si promptement qu'il soit en état de se soulever, contre vous. En somme, ce que vous devez le plus redouter de la part des mercenaires, c'est la lâcheté, et de la part des auxiliaires, c'est la valeur. Un Prince qui se conduira avec prudence ne se servira jamais de ces sortes de troupes, et il aimera mieux périr avec des armées composées par ses propres sujets que de vaincre avec d'autres que ce n'est pas une véritable victoire que celle qu'on remporte par le moyen d'autrui. »

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jeudi 19 juin, 2003 09:28

Repenser la culture et la communication /Jean-Louis Bourque

Intéressant le texte de Jean-Louis Bourque publié ce matin. Les remarques concernant l'État-nation méritent davantage d'attention.

Sur la base de nos principes, nous devons retenir les axiomes suivants:

1. "La connaissance des grands principes permet de trouver en toutes circonstances les solutions qui conviennent" Sun Tsu

UN GOUVERNEMENT DE TROP

2.  Deux États, soit celui d'Ottawa, État artificiel, centraliste, unitaire et arbitraire, confronté au Québec, un État-nation naturel, il y en a un de trop. Nous devons éliminer l'arbitraire. Cette constatation doit devenir un slogan électoral et référendaire: Deux gouvernements, il y en a un de trop. Ce slogan n'est pas de nous. Il est employé en Ontario depuis assez longtemps et finira par convaincre les Ontariens de se défaire du gouvernement d'Ottawa. Espérons que les Québécois(es) ne prendront pas trop de temps pour le comprendre.

3.  Tous nos efforts doivent converger vers le seul objectif qui compte: notre État-nation, qui attend de notre part une reconnaissance de fait (de facto) qui nous manque encore et ensuite, une reconnaissance de droit (de jure), au terme d'une offensive diplomatique et politique d'envergure, toujours dans la connaissance rigoureuse des principes universels de l'action. Qu'il s'agisse de "gagner un élection" (le terme est presque péjoratif) ou de conquérir la reconnaissance de notre État et agir ensuite en conséquence, les principes ne changent pas. Ils sont notre dénominateur commun et servent de régulateurs et de guides pour l'action entreprise.

4.  L'État reconnu et actif est le préalable nécessaire pour accomplir tout le reste. Sans État, la nation ne sera pas reconnue. Sans État, il n'y aura pas d'indépendance.

Rappelons-nous cette définition universelle de l'indépendance: Aptitude et capacité de choisir ses dépendances. Le moyen pour y arriver, c'est l'État. Le reste n'est que discussions stériles et palabres inutiles. Nous avons assez parlé pour parler. Le temps de parler pour agir est arrivé. Notre parole doit nous tourner vers l'action et nous faire agir  avec détermination et célérité.

René Marcel Sauvé

----- Original Message -----
From: Robert Bertrand
To: Pour-le-Pays-du-Quebec@groupesyahoo.ca
Sent: Thursday, June 19, 2003 8:46 AM
Subject: [Pour-le-Pays-du-Quebec] Repenser la culture et la communication /Jean-Louis Bourque

http://iquebec.ifrance.com/quebecunpays/A-LA-UNE.html

Sur cette page, nous avons ajouté plusieurs liens pour des documents provenant de diverses sources.

Prenez le temps d'y jeter un coup d'oeil.

Un confrère, ce matin, nous suggère de lire le texte suivant qui est également présenté sur cette page À la Une :

Le compte à rebours
Robert Laplante

mai-juin 2003
L'Action Nationale

Robert Bertrand

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Repenser la culture et la communication
Jean-Louis Bourque
septembre 2003

Contestation et mondialisation / Repenser la culture et la communication, sous la direction de David R. CAMERON et Janice GROSS STEIN, Les Presses de l’Université de Montréal, 2003, 218 p.

Ce collectif de politologues de l’Université de Toronto et de sociologues et spécialistes de la communication des Universités de Montréal et de Calgary, ajoute une pierre de plus à l’édifice de la compréhension du phénomène de la mondialisation. Au-delà de l’économie, la mondialisation pose des problèmes de culture et de communication. C’est un « processus social et culturel » dont l’influence sur le fonctionnement et la gouvernance de nos sociétés contemporaines est relativement peu étudiée, même s’il a des conséquences pour le Canada et le Québec.

Précisons que le titre de la traduction française « Contestation et mondialisation » n’est pas tout à fait adéquat pour désigner le contenu réel de l’ouvrage publié d’abord en anglais. En effet, le titre original anglais « Street Protest and Fantasy Parks » évoque beaucoup plus le rôle de la culture et les communications dans la contestation de la mondialisation. Il aurait été plus indiqué de mettre en valeur le sous-titre, car l’objectif de l’ouvrage est précisément de Repenser la culture et la communication dans le contexte de la mondialisation ! En effet, les auteurs démontrent que la contestation violente dans la rue, souvent sans lendemain, n’est pas sans lien avec la culture des parcs d’amusement, reflets de la décadence de la culture de l’empire américain.

Ce qui intéresse les collaborateurs de Cameron et Gross Stein, ce sont « les réalités culturelles et sociales de la communication et de l’intégration mondiales, ainsi que le nouveau rôle de l’Etat dans un monde unifié » (pp.9-10). Au cœur de ces réalités se trouvent les nouvelles technologies de l’information. Les banques de données que l’on retrouve sur Internet ne sont plus réservées à l’usage exclusif des entreprises multinationales et des groupes financiers internationaux. Désormais même la contestation de la mondialisation profite du développement de réseaux sur Internet pour organiser de puissants lobbies.

La Toile a le pouvoir de relier l’individu à des groupes de pression et d’intérêts sans cesse plus nombreux qui contestent des questions d’ordre mondial. Plus de 600 organisation non-gouvernementales provenant d’au moins 70 pays ont ainsi réussi à faire avorter l’AMI (Accord multilatéral sur les investissements) en 1998. Cette nouvelle forme de militantisme transnational, un militantisme assis et sans dangerosité, constitue une nouvelle force vitale et significative dans l’arène politique. Désormais l’on ne pourra plus ne pas tenir compte de la « société civile globale » dans la prise de décision concernant les grandes questions reliées à la mondialisation.

Le sociologue John Hannigan de l’Université de Toronto parle abondamment de l’américanisation de la culture canadienne (ch. 2). La multiplication des centres d’achat, de divertissement et de loisirs entraîne l’homogénéisation des valeurs et de la conscience. Les mass médias journaux, radio, TV, cinéma, musique, nivellent les goûts. Le célèbre « MacWorld » décrit par le politologue Benjamin Barber, auquel même les français, les russes et les chinois ont du mal à résister, séduit les Canadiens. L’empire de Walt, Disney, McDonald, Rainforest Café, Planet Hollywood, Batman et Star Wars, et ce que l’on appelle le « shop-entertainment », malheureux mélange de consommation et de divertissement, exercent une influence stérilisante.

Toronto, par exemple, possède son Technodôme de 1 milliard de dollars avec plage, forêt tropicale, pente de ski intérieure, salles de cinéma, réplique de la rue Bourbon de la Nouvelle-Orléans, etc. Edmonton est fière de son « West Edmonton Mall » le plus grand centre commercial au monde avec ses 800 magasins et services, ses 110 restaurants, ses 7 parcs thématiques et ses 2 hôtels, sa plage de sable, ses palmiers en plastique, ses vagues océanes artificielles (sic), etc. ! C’est la culture étasunienne du « Biggest in the World » à tous égards y compris dans la mal-bouffe et la corporalité maladive !

Ces « Fantasylands » artificiels ont déjà des impacts nocifs énormes sur la vie collective de société sans cesse urbanisées, stressées et infantilisées. Une nouvelle culture mondiale se dessine. Elle recouvre de plus en plus les différentes cultures nationales nivelées par le bulldozer de l’Empire américain. Cette « Mac-culture» envahissante et dominatrice devient la norme universelle (p. 21). « La culture se déterritorialise ».

Tout cela met en évidence le dilemme fondamental engendré par la mondialisation, cette tension entre l’État facilitateur de l’économie mondiale et gardien de la protection des citoyens contre les répercussions négatives du capitalisme mondial (cf. p.48).

On parle beaucoup de la diminution du rôle de l’État dans nos sociétés … peut-être vaudrait-il mieux parler d’un autre rôle pour l’État car il sera de plus en plus difficile pour lui de maintenir un filet de protection sociale, des services publics et l’assurance d’une gouvernance légitime, responsable et indépendante (cf.p.17).

Les politiques publiques ne sont pas à l’abri des assauts répétés de la mondialisation qui impose des restrictions aux souverainetés nationales. Pour le professeur de communication publique de l’Université de Montréal Marc Raboy, le nouveau système de gouvernance mondiale oblige les États à repenser leur rôle dans l’élaboration des politiques publiques (ch. 5).

« L’économie mondiale se caractérise par le rôle toujours plus grand des entreprises transnationales et par une concentration transnationale du pouvoir économique » (cf. p139). Les États ont de plus en plus de mal à protéger leurs industries culturelles qui sont de plus en plus envahies par le quasi monopole de la culture américaine, une culture qui devient de plus en plus la culture mondiale dominante, le Mc World très bien décrit par le politologue Benjamin Barber. L’affaiblissement des États-nations provient de l’émergence de nouveaux réseaux mondiaux et laisse place à de nouvelles structures de gouvernance, comme l’ALÉNA, l’Union européenne (UE), l’OCDE. Le G-11, « un environnement politique de facto pour la communication mondiale a été mis en place … il évolue selon sa propre logique, ses propres exigences, ses propres règles » (cf. p. 124). Les souverainetés nationales s’en trouvent fortement ébranlées.

Lloyd L. Wong, prof. en sociologie à Calgary, constate l’évolution rapide des notions d’identité et de citoyenneté au Canada et dans le monde (cf. ch. 3). Un même individu peut certes avoir plusieurs appartenances, mais «la nation n’est plus un lieu privilégié de médiation entre le régional et le mondial » (cf. p 65). On parle alors désormais en terme de transnationalisme, un nouveau paradigme qui veut que les nouveaux immigrés conservent des liens avec plusieurs sociétés. Ils deviennent « multi-identitaires. Le transnationalisme est pour eux un style de vie ». Nos immigrants acquièrent la citoyenneté canadienne, mais pas l’identité nationale canadienne. Les transnationaux introduisent des disfonctionnements, vivant selon de nouvelles formes de citoyenneté qui remettent en cause les conceptions inclusives des politiques d’immigration.

La mondialisation va-t-elle entraîner une « déterritorialisation » de la citoyenneté ? On assiste à la constitution de communautés transnationales qui sont « ensemble à distance » et qui brouillent les efforts d’inclusion nationaux, ce qui fait que l’État-nation n’est plus le seul interlocuteur de la loyauté nationale et de la légitimité citoyenne.

La citoyenneté canadienne octroyée par le rituel du serment d’allégeance à la Reine d’un autre pays présente bizarrement un visage transnational aux immigrants, sans exigence d’identité culturelle. D’ailleurs, qu’est-ce que la culture canadienne ? Comment la mesurer ? L’imposer ? Un peu ironiquement, Monsieur Wong cite en exemple le cas suivant : si un immigrant est incapable de participer à une conversation « canadienne » sur le hockey, notre sport national, peut-on espérer pour lui une éventuelle intégration harmonieuse et pleinement réussie ?

La conclusion de ce chapitre à la fois intéressant et quelque peu ardu nous laisse sur une certaine ambiguïté : « les forces sociales de la mondialisation et du transnationnalisme contestent, aujourd’hui plus que jamais, l’État canadien dans sa fonction de définition de la souveraineté ; la réponse de cet État ne doit pas prendre la forme d’une résistance en imposant une citoyenneté étoffée et exclusive, axée sur le sol, la langue, l’allégeance et la loyauté » (cf. p.101). « Il serait beaucoup plus réaliste que l’État canadien assure une citoyenneté différenciée et multiculturelle qui s’harmonise avec les forces sociales ».

La question est posée mais il est permis de penser que la réponse est un peu vague. De là à penser à une citoyenneté mondiale, la marche est encore très haute, même si on assiste à l’émergence d’une société civile mondiale grâce aux grands réseaux de communications.

« L’infrastructure informationnelle mondiale est un signe avant-coureur d’un système de réglementation mondial et d’un futur système de gouvernance mondiale » (…) « Ce projet a d’énormes conséquences pour l’avenir de la démocratie et des droits de l’homme, dans la mesure où il repose sur des décisions politiques prises à un niveau où il n’y a aucun compte à rendre, où il y a autonomie des capitaux privés et une exclusion formelle des institutions de la société civile » (cf. p.155).

La communication par le réseau Internet fait-elle partie du patrimoine mondial ? Peut-on la réglementer ? A-t-on le choix de ne pas le faire ? Plusieurs pays refusent toute forme de réglementation globale et s’en remettent à l’auto-réglementation par les consommateurs. D’autres voudraient confier ce rôle aux institutions internationales comme l’ONU et l’UNESCO. de grandes organisations supranationales comme le G-8 et l’OMC préféreraient l’ICANN (l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) créée à l’initiative du gouvernement américain en 1998, dans le but de diriger le trafic sur Internet (p.162). L’enjeu est grave : la communication peut être mise au service du développement humain ou tout simplement ajouter une technologie de pouvoir et de domination au service du développement économique, financier et industriel.

La conclusion du Chapitre 6, de Cameron et Stein, est lapidaire : l’État est devenu un lieu parmi d’autres. Il n’est plus le lieu incontesté des espaces politiques, culturels et économiques à l’intérieur de ses propres frontières. Cela ne signifie pas pour autant que l’État perde toute sa pertinence, car : 1) la mondialisation n’est ni irréversible, ni linéaire ; plusieurs scénarios sont possibles ; 2) la mondialisation est un processus « laminé » ; certaines de ses caractéristiques vont devenir plus importantes, d’autres moins ; 3) l’État-nation demeure une institution indispensable en tant que gardien de la justice sociale et en tant qu’entité responsable envers ses citoyens en matière de gouvernance et de sécurité et, finalement, 4) l’État pourra continuer à faire des choix concernant les différents rôles qu’il doit jouer dans les investissements économiques, sociaux et culturels, mais son rôle sera de plus en plus déterminé par le rythme et l’intensité de la mondialisation, la qualité du leadership politique et la résistance de la société (cf. pp. 170-171).

En résumé, l’État sera toujours ancillaire [serviteur] et gardien, mais les tensions resteront fortes entre l’État et le marché, entre les gouvernements nationaux et les institutions internationales, entre les diverses loyautés, entre les citoyens et les États, entre les exigences de justice et de prospérité.

« Contestation et mondialisation » est un ouvrage de spécialistes … pour des spécialistes. Il n’est pas de lecture facile, mais il apporte quelques éléments prospectifs épars qui peuvent contribuer à domestiquer la mondialisation.

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Cette présentation de différents messages se retrouvent sur plusieurs pages.

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