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Richard Foisy

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Richard FOISY
<<Jean Narrache. Un poète et son double Émile Coderre>>,
Tome 1 <<Ce que j’ai appris>> 1893-1932,
Les éditions Varia,
Montréal, 2003, 507 pages
Compte rendu par Gilles Rhéaume
2003/08/19

 
 

Un ouvrage qui sort de l’ordinaire que ce dernier livre d’un auteur qui assume son écriture et qui pratique son talent au grand plaisir de celui qui lit.  Cette étude sur l’une des plumes les plus parlantes de notre littérature constitue une pièce magistrale de  cet effort de reconstruction du passé québécois, notamment tel qu’il s’est exprimé dans les livres et les imprimés et dans la littérature. C’est un regard bien fécond que celui des Lettres lorsqu’il se pose sur le social. Observer les livres, c’est, entre autres, vouloir connaître la vie de celles et ceux qui les composent avec tout ce que cette vie littéraire comportent de réseaux, de projets et de visions. Les écrivains de l’Amérique française ont beaucoup donné. Il y a des siècles que le Canada-Français puis le Québec font des livres.  Beaucoup de bons livres ont été publiés, plusieurs méritent les meilleures appréciations. Trop souvent  la richesse et la complexité des différents réseaux ou écoles qui ont marqué le parcours des Lettres d’ici sont carrément ignorées, pire occultées sous les prétextes les plus divers.  Heurement, depuis quelques années des recherches magistrales ont été entreprises et poursuivies.  Plusieurs publications facilitent la connaissance et l’examen de toutes cette production.  Il reste encore beaucoup de pains sur la planche et les ouvriers peu nombreux. Il est loin le temps du débat sur l’existence ou non d’une littérature nationale sur les bords du Saint-Laurent.  Quand Jean Narrache arrive dans ce Monde, c’est encore l’époque des balbutiements, des premiers pas d’une écriture d’ici.  Le XXe siècle, dans le monde des lettres et des arts, comme dans beaucoup d’autres domaines, sera le siècle du Québec.  Les années 1900, ce sont celles de l’audace qui se confronte au traditionalisme, c’est le choc de deux univers. Ce n’ est pas encore le sanctuaire de la modernité littéraire mais c’en est certainement le portique…

Jeann Narrache est un auteur gigantesque qui a attendu longtemps qu’on s’intéresse sérieusement, méthodiquement et longuement à son œuvre colossale.  Richard Foisy livre dans des pages passionnantes le résultat de ses travaux… en deux tomes. Une véritable brique que cette seule première partie avec ses plus de cinq cent pages en l’honneur d’un des poètes, des écrivains parmi les plus populaires que le Québec ait connus.  Les textes de Jean Narrache ont beaucoup été lus, entendus. La télévision a même diffusé, en les adaptant, plusieurs de ses textes. Jean Narrache, que les plus anciens et les curieux apprécient pour sa verdeur, sa vivacité, pour son ryhtme si harmonieux, pour ses messages si pleins de sous-entendus ou de réflexions audacieuses et parfois caustiques, appartient tout entier au monde de ceux qui ont porté leur époque dans leur oeuvre.  Un texte de lui, c’est une pièce unique en son genre, une exclusivité, un mets pour gourmets. Ce qui la rend absolument universelle, cette poésie si catholique au sens propre du terme, c’est sa valeur intrinsèque comme texte, sa portée, son rayonnement, sa pragmatique en en tant qu’œuvre de communication.

Par exemple quand Emile Coderre  décrit avec tant de précision  et d’authenticité le drame sous toutes ses facettes comme  la pauvreté, la maladie, la solitude, la mort et autres bavures de l’existence, c’est sans doute parce qu’il a connu de grandes tristesses dans sa tendre enfance. Il n’ a pas eu une enfance facile. Pour que des écrits soient clairs, pou qu’ils rejoignent rapidement le lecteur, il faut toutefois plus que de l’authenticité, il faut du talent et du travail.  Il faut plus que le vécu et l’expérience pour expliquer un succès comme celui qui est relaté dans ces pages.  Coderre a fait de  l’écriture son affaire ;  une raison et un moyen de vivre, de supporter un monde souvent bien lourd autrement.  Sa poésie est  celle des iniustices mises en évidence pour faire ressortir l’inconsistance et l’hypocrisie des bien-pensants. Il tranche dans le vif des choses et souvent dans le sens des plus démunis, des sans-grade aurait dit Edmond Rostand. Sa critique de la politique, notamment du nationalisme patenté, qui l’a effrontément censuré,  en marge d’un texte sur la Saint-Baptiste et le défilé du 24 juin, mérite aussi toute l’attention. Patriote ardent, fier défenseur de sa langue et de sa culture, ouvert aux courants les plus aérés et les plus audacieux, Coderre ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de sanctionner les élites et les <<donneux d’heure>>… Le livre raconte tout cela et bien plus encore. Cette biographie est collée aux textes de Jean Narrache. Richard Foisy a bien étudié son sujet, il le possède magistralement. Il a pris le temps de décortiquer, de décomposer, de reproduire, de reconstruire pierre par pierre, une vie qui chevauche deux siècles.

Homme de son époque Coderre a su aussi voir grand et loin.  En imposant une œuvre le plus souvent décapante de vérité et de réalisme, le pharmacien et poète a saisi le public qui ne cessera jamais d’en redemander davantage tellement il fut touché, rejoint par une oeuvre créatrice qui ne s’inscrivait dans aucun autre courant littéraire ou artistique connu chez nous. Il faut se tourner vers Paris et Jehan Rictus avec ses <<Soliloques du pauvres>>, pour trouver une parenté au style si singulier de Jean Narrache.  Cette forme spécifique d’écrire avec cette originalité de transcrire, de présenter, de porter si fidèlement et si brillamment l’oralité dans tous ses usages, c’est le génie de cet enfant du Faubourg Québec, de l’adolescent du Carré-Viger qui deviendra étudiant du Séminaire de Nicolet avant de revenir dans la métropole et d’embrasser les études puis la carrière de pharmacien. Suivre Emile Coderre  puis Jean Narrache c’est en prime voyager dans le Québec de ce temps. Incroyable tout ce qui a été doctement colligé pour rendre compte de la vie et de l’œuvre du poète et de son temps.  Le monde des lettres, la vie des collèges et des étudiants, le Montréal de ces années avec son Red Light et ses activités en tout genre sont autant de versants parcourus au fil de ce demi millier de pages dont nous vous recommandons fortement la lecture.  Vivement le deuxième tome !

Gilles Rhéaume
Bienvenue62@hotmail.com
 

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