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«Un jour ou l'autre, le Québec sera libre»
Alain Peyrefitte.
C'était de Gaulle,
Fayard-Fallois, Paris
2000, 680 pages.

texte original tiré de La Presse
http://www.lapresse.ca/textecomplet-4.html

On pensera ce qu'on voudra du fond de la question, mais en
tout cas, sous de Gaulle il y avait du sport, pour ne pas
dire de l'épopée. Et une certaine idée de l'Histoire. Dès
1962, le général dit à son ministre Alain Peyrefitte: "Un
jour ou l'autre, le Québec sera libre". En 1963: "Ce n'est
pas dans la nature des choses que les Français du Canada
vivent sous la domination des Anglais." La même année, il
souligne, en présence du très orthodoxe Maurice Couve de
Murville, "le caractère colonial du Canada français". Pour
résumer l'affaire, le général de Gaulle était indéniablement
un "indépendantiste" - ou à tout le moins un partisan
radical de la "souveraineté" dans le cadre d'une véritable
confédération de deux peuples. Au-delà de toutes les
convenances diplomatiques ou atlantistes. Même si son
premier ministre Georges Pompidou désapprouvait cette "folie
gratuite" et si Couve de Murville pensait que "la passion du
général pour le Québec ne peut mener à rien de bon".

Dans le troisième tome (posthume) qui paraît le 22 mars à
Paris des carnets d'Alain Peyrefitte sur Charles de Gaulle,
on trouve près de 80 pages de notes serrées et instructives
sur les rapports entre de Gaulle et le Québec. Le compte
rendu de ce qui fut peut-être la dernière grande incartade
ou audace diplomatique d'un pays européen à l'orée de la
mondialisation et de la Communauté européenne. En 1963, De
Gaulle aborde le sujet en conseil des ministres: "Les
Québécois seront de plus en plus tentés par le plastic si
Ottawa ne les affranchit pas." Pompidou, toujours
matérialiste, pense que les Canadiens français ne
reprendront le contrôle de leur destin que par les
nationalisations. Après le Conseil, De Gaulle dit à
Peyrefitte: "Nous n'irons pas fêter à Montréal en 1967 le
centenaire de la Confédération canadienne comme le
voudraient les Anglais du Canada et les fédéraux, mais deux
cents ans de fidélité des Canadiens français à la France."

Toujours en 1963, le funambule André Malraux se paye une
envolée un peu fumeuse avant l'exposition française de
Montréal, sur quoi De Gaulle ajoute: "L'indépendance du
Québec me paraît inéluctable..." Avant ce fameux été de
1967, de Gaulle soupèse sa décision: jamais il ne serait
allé "fêter cette malheureuse date de notre Histoire" (la
Confédération et la "subordination" aux Anglais), ni même se
rendre à l'invitation du maire Drapeau. À celle du premier
ministre Johnson ("pourquoi ne s'appelle-t-il pas Lafleur
comme tout le monde?"), probablement: "Mais si j'y vais, ce
sera pour faire de l'Histoire." Chose promise, chose faite:
l'itinéraire emprunté par de Gaulle est calqué sur celui de
Jacques Cartier. Assistant à la messe à
Sainte-Anne-de-Beaupré, de Gaulle communie, comme il ne l'a
fait que lors de voyages hautement symboliques en Pologne et
à Leningrad. Puis, c'est le formidable scandale du balcon de
l'hôtel de ville. Et l'ovation populaire entendue au travers
de l'Occident - même si, selon Peyrefitte, "les Français se
moquent éperdument du Québec".

Consternation au sein du gouvernement français. À tel point
que le premier ministre Pompidou, qui considère l'incident
comme "une gaffe regrettable", oblige tous les ministres à
se rendre à Orly à 3h30 du matin pour accueillir le général
à son retour du Québec et bien marquer leur solidarité. Dans
les semaines qui suivent, le président français chargera
Peyrefitte de mettre en chantier avec le Québec un programme
d'échanges institutionnels aussi ambitieux que ce qui existe
avec l'Allemagne. Le premier ministre Daniel Johnson - déjà
malade - freinera sensiblement les projets de de Gaulle, ce
qui fera dire à ce dernier: "Johnson est un politicien de
province. La réponse qu'il vous a faite (à Peyrefitte)
prouve qu'il ne sait pas forcer le destin et qu'il n'est pas
un homme d'État... C'est un petit bonhomme... Tant qu'ils
(les Québécois) seront aussi pusillanimes, ils n'en
sortiront pas... Les suites de ma visite sont
compromises..." Dernier acte de la pièce: la conférence des
ministres de l'Éducation à Libreville. Le Vieux est à un an
du départ. Trudeau vient d'arriver: "N'hésitez pas, dit De
Gaulle à Peyrefitte, à créer un incident. Nous n'allons pas
plier un genou devant Trudeau, qui est un ennemi acharné de
la France, un ennemi de la chose française au Canada..."
 

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