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Le Québec,
Un nouveau pays pour un nouveau siècle

Avant-propos de monsieur Bernard Landry,
président du Comité de réflexion
et d'actions stratégiques
sur la souveraineté du Québec

Un Québec transformé

"Notre défi est de faire en sorte qu'une majorité de Québécoises et de Québécois jugent la souveraineté nécessaire."  C'est en ces termes que le premier ministre Lucien Bouchard a défini l'objectif qui doit guider les actions du Parti Québécois à l'aube du 21e siècle, exprimant à la même occasion la volonté que le 1°4e congrès du parti soit résolument tourné vers la promotion de la souveraineté.

C'est ainsi que, depuis le Conseil national d'avril 1999, le Comité de réflexion et d'actions stratégiques sur la souveraineté du Québec s'est mis à l'œuvre.  Il constitue un lieu de concertation privilégié où se sont joints aux représentants des instances du Parti Québécois, des représentants du Bloc Québécois et plusieurs partenaires souverainistes.  Plus de 35 personnes mettent ainsi leur talent et leurs énergies au service du projet souverainiste.  Je tiens à les remercier pour leur précieux engagement.  Cet ouvrage représente le premier résultat tangible de ces travaux.

I cherché, dans ce document, à souligner ce qui m'apparaît être les éléments manquants du développement économique, social, culturel et politique du Québec depuis le référendum de l'automne 1995.  La revue de l'action de notre gouvernement, comme de celle d'ailleurs des fédéralistes canadiens, fait apparaître un tout nouveau contexte pour la souveraineté du Québec.  De nouveaux arguments s'ajoutent à tous ceux que nous connaissons si bien.  Nombre de mythes fédéralistes s'éteignent.  Plus formidable encore, c'est le portrait global du Québec qui, aujourd'hui, s'en trouve transformé.  On excusera sans doute ma préoccupation marquée pour l'économie du Québec.  Elle tient à ma conviction qu'elle est au cœur de nos aspirations nationales.  Elle s'explique aussi par l'obsession qui découle de mes responsabilités ministérielles.

Nous savons tous combien les adversaires de la souveraineté ont toujours cherché à miner la crédibilité économique de notre projet.  Ils n'ont jamais hésité à recourir aux tactiques de "peurs économiques".  Au moment où la population nous confiait en septembre 1994 le mandat de former le gouvernement, l'État québécois se retrouvait dans une situation critique.  La gestion du gouvernement libéral sortant avait amené les finances publiques au bord de l'effondrement.  L'économie québécoise arrivait mal à se sortir d'une récession particulièrement difficile sur le plan de l'emploi.  De 1989 à 1994, le Québec avait perdu 23 100 emplois, alors que le Canada en créait, quant à lui, 125 300.  On comprend mieux qu'une partie des Québécoises et des Québécois, le 30 octobre 1995, aient hésité à choisir la souveraineté.

Au lendemain du référendum, nous avons fait le choix délibéré de redresser la situation économique et budgétaire du Québec.  C'était le bon choix.  C'était le seul possible.

Le Québec d'aujourd'hui n'est plus celui de 1995.  Nos finances publiques sont maintenant saines et les Québécoises et les Québécois commencent à recueillir les fruits de leurs efforts.  Nous réinvestissons massivement en santé et en éducation.  Nous diminuons les impôts plus rapidement que le gouvernement fédéral.  L'Économie du Québec est dynamique et mieux diversifiée.  Nos performances dans les secteurs de l'économie nouvelle et de la haute technologie sont aussi remarquables que remarquées.

Les écarts de performance économique entre le Québec et le reste du Canada se sont si souvent répétés au fil des ans que plusieurs en étaient venus à les considérer comme des réalités historiques incontournables.  Ce n'est certainement plus le cas.  La croissance de l'économie québécoise est maintenant tout à fait comparable à celle du Canada.  Notre création d'emplois s'accélère.  Pour les derniers six mois, elle a dépassé celle du Canada.  Les investissements de nos entreprises croissent beaucoup plus vite que dans le reste du Canada.  Nos exportations vers les marchés extérieurs, particulièrement avers les États-Unis, progressent à un rythme très soutenu.

En matière économique, rien n'est vraiment définitivement acquis.  Il va nous falloir continuer dans la même voie.  Toutes les prévisions annoncent des jours et des années encore meilleurs pour le Québec.  Cette nouvelle réalité transforme profondément les perspectives d'un Québec souverain.  En 1995, une étude actuarielle évaluait le déficit d'un Québec souverain à plus de 15 milliards $.  Une mise à jour conservatrice de cette étude constate sa disparition avant même que ne soient réalisées les économies découlant de l'élimination des dédoublements et des chevauchements fédéraux.

Si les cinq dernières années ont confirmé le potentiel économique du Québec, elles ont aussi confirmé que, malgré leur quasi-défaite, jamais les fédéralistes canadiens n'offriront de réponse satisfaisante à ceux de nos compatriotes qui pensent qu'une réforme en profondeur du fédéralisme canadien est possible.

Tout au contraire, on verra dans les pages qui suivent que le reste du Canada est profondément engagé dans une centralisation incompatible avec les aspirations et les besoins du Québec.  Aux intrusions dans les compétences du Québec s'ajoute aujourd'hui la stratégie de ce que j'appelle "l'étranglement budgétaire".  Si jusqu'à présent cette stratégie apporte son lot de tensions budgétaires au Québec, comme d'ailleurs dans toutes les provinces, il nous faut réaliser qu'elle cache aussi une véritable bombe à retardement.  Si un ralentissement ou une récession économique devaient survenir, c'est à genoux que le Québec vivrait le fédéralisme canadien.

Dans le déroulement de son plan B, le gouvernement central a choisi d'en référer à la cour suprême du Canada.  Le gouvernement fédéral, rédigeant lui-même les questions posées à un tribunal dont les juges sont nommés par lui, comptait bien sûr recevoir les réponses qu'il souhaitait.  L'avis de la cour suprême constitue de fait une grande surprise.  Beaucoup des arguments fédéraux apparaissent aujourd'hui comme des mythes, alors que la cour suprême a, à toutes fins pratiques, validé le processus et la démarche proposée lors du dernier référendum.

Le projet de loi C-20 apparaît ainsi comme une tentative d'Ottawa de se soustraire dès aujourd'hui à l'expression démocratique du peuple québécois et à l'obligation constitutionnelle de négocier de bonne foi les modalités de l'accession du Québec à la souveraineté.  Le Québec n'est pas lié par le projet de loi fédéral.  Comme on le verra plus amplement dans ce document, le nouveau contexte créé par l'avis de la cour suprême m'amène à proposer que le gouvernement du Québec demande à des sommités internationales d'agir à titre d'observateurs lors du prochain référendum.  Ils pourront témoigner du caractère éminemment démocratique de la démarche des Québécoises et des Québécois et, pourquoi pas, se pencher sur les faramineuses dépenses référendaires fédérales.

Je termine enfin en rappelant que le français et la culture québécoises demeurent au cœur de notre projet.  Les dernières données et constatations démontrent à nouveau que la souveraineté du Québec est la seule avenue pour assurer la survie et le développement du peuple québécois, de la nation québécoise.

D'autres documents, d'autres outils pédagogiques suivront rapidement le présent document.  Notre congrès des 5, 6 et 7 mai doit marquer le lancement d'une puissante campagne de sensibilisation et de promotion de la souveraineté.  Nous devons y mettre les mêmes énergies que celles que nous avons si souvent déployées.  Le Québec est prêt à devenir un pays.

Bonne lecture.

Signature de Bernard Landry
BERNARD LANDRY
Président du Comité de réflexion
Et d'action stratégiques sur la
Souveraineté du Québec.

Une partie du document transcris par le rédacteur de Québec un Pays
 


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