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"VIVE LE QUÉBEC LIBRE"
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 Laissons parler le Général.
Ses mots valent qu'on s'y arrêtent.



 
 
 

Ah, messieurs, ce fut un voyage magnifique, magnifique !!!
 Au retour de Montréal, à Orly, le 27 juillet 1967.
Général Charles De Gaulle



" Il n'est pas question que j'adresse un message au Canada pour célébrer son "centenaire". Nous pouvons avoir de bonnes relations avec le Canada. Nous devons en avoir d'excellentes avec le Canada français. Mais nous n'avons pas à féliciter ni les canadiens ni nous-mêmes de la création d'un "état" fondé sur notre défaite d'autrefois et surtout l'intégration d'une partie du peuple français dans un ensemble britannique. Au demeurant, cet ensemble est devenu bien précaire.
 

" Lors de mes précédents passages, en 1944 et en 1945, l'appareil de guerre couvrant tout, [je n'avais] pu qu'entrevoir les réalités profondes qui font de la fédération canadienne un État perpétuellement mal à son aise, ambigu et artificiel.
Mon ami, le général Vanier, nous reçoit en sa qualité de gouverneur-général. Sa personne est, au plus haut degré, respectable et respectée. Il exerce sa fonction avec la plus grande dignité et le plus complet loyalisme. Il déploie des trésors de bonne grâce pour que tout nous semble normal et bien en place. Mais, quoi qu'il puisse faire, les contradictions inhérentes à la fédération ne manquent pas d'apparaître.

Lui-même, d'ailleurs, n'y échappe pas. Il fait fonction de Chef de l'État, alors qu'il est nommé par la Reine d'Angleterre et que, pourtant, le territoire se veut exempt de toute dépendance. Il est, ainsi que sa femme, entièrement français de souche, d'esprit, de goût, bien que sa race ne se soit maintenue qu'en luttant sans relâche contre toutes les formes d'oppression ou de séduction déployées par les conquérants pour la réduire et la dissoudre.

Charles de Gaulle, relatant sa visite au Canada en avril 1960, in Mémoires d'espoir, p.251

Puis, un peu plus loin:

[...] Montréal fait la même impression que Québec, accentuée toutefois par le caractère massif et populeux de l'agglomération, par l'angoisse diffuse que répand l'emprise grandissante des anglo-saxons possesseurs et directeurs des usines, des banques, des magasins, des bureaux, par la subordination économique, sociale, linguistique, qui en résulte pour les français, par l'action de l'administration fédérale qui anglicise d'office tous les immigrants.

Charles de Gaulle, relatant sa visite au Canada en avril 1960,in Mémoires d'espoir, p.254

Daniel Johnson à L'Élysée

Mon général, mon peuple vous accueillera...

Puis le Général, flanqué du premier ministre du Québec, Daniel Johnson, tous deux debout dans la limousine décapotable, parvient au terme de sa chevauchée fantastique. Il vient de s'acquitter de la dette de Louis XV.

La cabine de l'ascenseur parvenue au premier étage de l'Hôtel de Ville de Montréal, (accompagné du Maire Jean Drapeau) on sort. Un moment d'hésitation du Général.

D'un côté, un murmure respectueux, (les invités du Maire de Montréal) de l'autre, une porte de balcon d'où on ne voit que des installations portuaires mais d'où parvient une clameur populaire.

« Quand j'ai dû m'exprimer, j'ai vu devant moi une balance avec ses deux plateaux: dans un des plateaux, les diplomates... (un geste pour montrer leur caractère volatil), les journalistes... (même geste de nettoyage), les Anglo-Saxons qui, de toute façon, ne m'aiment pas... bref, tous les notoires. Entre cette agitation insignifiante et le destin de tout un peuple, Il n'y avait pas à hésiter: le second plateau était beaucoup plus gros que le premier. »

(Le mari de Tante Yvonne n'a pas hésité une seconde. Malgré le maire qui l'aiguillait à droite, il tourne à gauche.)

Mon Général, ce n'est pas à ce balcon que vous devez prendre la parole'

Mais il faut bien que je leur dise quelque chose, à tous ces gens qui m'appellent...

Mon Général, Il n'y a pas de micro!
Et ça, alors, qu'est-ce que c'est?

C'est le vieux guerrier qui a parlé, toisant tout le monde du haut de ses 77 ans sonnants et trébuchants. Malgré sa cataracte, malgré l'absence de ses lunettes, malgré la détérioration patente de ce qu'il appelle « la carcasse », le Général a vu, tout lové sur lui-même dans un recoin sombre du balcon, un micro qui traînait là.

Ça, concède le Maire, dans un couac étouffé, c'est un micro...
Soudain, après une pause, il s'enhardit:

Il n'est pas branché!
Ce n'est rien, Monsieur le Maire, je peux aussi bien le rebrancher.

Cassé, le miracle attendu du Maire et des Notoires... Cassé le rêve des hégémonistes anglo-saxons qui attendent là, tous empreints d'une admiration blasée hypocritement feinte, tout en redoutant un de ces coups de tête propres au Général, qui ne se gêne pas pour secouer les cages de par le monde... Cassé par un petit homme bien ordinaire, un technicien anonyme qui se trouvait là, parmi les Grands et les moins grands, les Illustres, les notoires et les éphémères, par hasard...

C'est une immense émotion qui remplit mon coeur en voyant devant moi la ville de Montréal (pause) française.
Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas... (pause)

...Ce soir, ici et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération. (pause)

Et tout au long de ma route, outre cela, j'ai constaté quel immense effort de progrès, de développement et par conséquent, d'affranchissement que vous accomplissez ici. Et c'est à Montréal qu'il faut que je le dise, parce que s'il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c'est la vôtre.

Je dis que c'est la vôtre et je me permets d'ajouter c'est la nôtre.

Si vous saviez quelle confiance la France réveillée par d'immenses épreuves porte vers vous' (pause) (vivats)

Si vous saviez quelle affection elle recommence à ressentir pour les Français du Canada et si vous saviez à quel point elle se sent obligée à concourir à votre marche en avant, à votre progrès' (pause)

C'est pourquoi elle a conclu avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson, des accords pour que les Français de part et d'autre de l'Atlantique travaillent ensemble à une même oeuvre française.

Et d'ailleurs le concours que la France va, tous les jours un peu plus, prêter ici, elle sait bien que vous le lui rendrez, parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires qui feront l'étonnement de tous, et qui, un jour j'en suis sûr vous permettrons d'aider la France...

Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir, en ajoutant que j'emporte de cette réunion inouïe de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière, sait, voit, entend ce qui s'est passé ici. Et je puis vous dire qu'elle en vaudra mieux.

VIVE MONTRÉAL

VIVE LE QUÉBEC... (pause) (vivats) LIBRE (vivats)

Vive le Canada français et vive la France






Ce qui vient de se produire, c'est un phénomène historique qui était peut-être prévisible mais qui a pris des formes que seul l'événement pouvait préciser. Bien entendu, j'aurais pu, comme beaucoup d'autres, m'en tirer par quelques courtoisies ou acrobaties diplomatiques, mais quand on est le général de Gaulle, on ne recourt pas à des expédients de ce genre. Ce que j'ai fait, je devais le faire.
 Charles de Gaulle,
s'entretenant dans l'avion, au retour de Montréal, à Bernard Dorin.
 

Voir notre page consacrée au Général Charles De Gaulle

D'autres extraits aux pages suivantes :

http://perso.respublica.fr/lugalle/cdg4.html

Ce que dit encore le Général Charles De Gaulle à son arrivée en sol Québécois :

On va m'entendre là-bas, ça va faire des vagues. Je compte frapper un grand coup. Ça bardera. Mais il le faut. C'est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France.

(Le général à son gendre, le commandant Philippe de Gaulle, en embarquant à Brest.  (Anne et Pierre Rouanet, in Les trois derniers chagrins du général de Gaulle, [Grasset ed.]), p. 82 )

Dimanche matin, on est à quai, devant Québec, à l'Anse-aux-Foulons.

Quai fédéral. Pour une fois, les hégémonistes Anglo-Saxons ont leur petit triomphe: impossible de mettre le pied au Québec sans d'abord fouler le sol du Canada, ici, le quai, sous juridiction fédérale. Pour bien souligner ce détail, le vice-roi d'Angleterre, le très honorable Roland Michener, Governor General of Canada se charge des honneurs. Malgré tout cela, plus de 5,000 personnes (selon une estimation de la Royal Canadian Mounted Police) sont présentes.

Honneurs commençant par le God Save the Queen, l'hymne national du Canada. Car n'oublions pas que le Canada n'est qu'une vulgaire succursale non de l'Angleterre. D'une tribune voisine, remplie de notoires, quelques hou! hou! s'élèvent... Mais quand retentit La Marseillaise, c'est au tour de celle-ci de s'époumoner en entonnant l'hymne national Français.

Monsieur le gouverneur général, je me félicite d'avance d'aller prochainement à Ottawa vous saluer, saluer le gouvernement canadien, et je me félicite d'avance d'aller prochainement à Ottawa entretenir le gouvernement canadien au nom de mon pays des rapports qui concernent le nôtre et le vôtre...

En d'autre mots, ce qui se passe ici, ce n'est pas de vos oignons...

Puis, s'adressant au premier ministre Daniel Johnson:

Monsieur le Premier ministre, c'est avec une immense joie que JE SUIS CHEZ VOUS au Québec.

A perte de vue, la foule en liesse occupe tous les espaces libres. Quel contraste avec le Samedi de la Matraque', en 1964, où la foule avait été bastonnée par les forces de l'ordre, lors d'une visite de Elizabeth II, Queen of England by the Grace of God (ce qui prouve bien que quand il faut être contre le peuple, la religion peut vous donner un sacré coup de main, surtout si on est papesse de ladite religion...)

Maintenant, point de bastonnade, mais une aura de fête. Le général, descendu de voiture, gravit les trois marches du perron de l'Hôtel-de-Ville de Québec. La foule occupe toute la place, jusqu'au perron lui-même. Tout juste de la place pour le Général, et son micro.

Je remercie Québec de tout mon coeur pour son magnifique accueil, pour son accueil français. Je vous apporte le salut, la confiance et l'affection de la France.
Nous sommes liés de part et d'autre de l'Atlantique par un passé aussi grand que possible et que nous n'oublieront jamais.

Nous sommes liés par le présent parce qu'ici nous nous sommes réveillés comme là-bas, nous avons épousé notre siècle. Nous sommes en plein développement, nous acquérons les moyens d'être nous-mêmes.

Nous sommes liés par notre avenir...

Puis, après un regard furtif comme pour guetter un surveillant scolaire,

Mais on est chez-soi, ici, après tout!

Nous sommes liés par notre avenir parce que ce que vous faites en français de ce côté-ci de l'Atlantique et ce que fait en français le vieux pays de l'autre côté, c'est une même oeuvre humaine. Nous en avons des choses à faire ensemble en ce monde difficile et dangereux où ce qui est français a son rôle à jouer comme toujours...

Toute la France en ce moment regarde ici, elle vous voit, elle vous entend, elle vous aime!

Vive le Canada, vice les Canadiens français, vive Québec, vive la Nouvelle France, vive la France!
(...)

Puis, après la bouffe et les toasts, les discours:

Il est de notre devoir d'agir ensemble (...) Car à la base, se trouvent trois faits essentiels, que rend aujourd'hui éclatants l'occasion de ma visite.
1) Après qu'eut été arrachée de ce sol, voici deux cents quatre années, la souveraineté inconsolable de la France, 60,000 Français y restèrent. Ils sont maintenant plus de six millions (...), miracle de fécondité, de volonté et de fidélité.

2) Vous, Canadiens français, votre résolution de survivre en tant qu'inébranlable et compacte collectivité, après avoir longtemps revêtu le caractère d'une sorte de résistance passive (...) a pris maintenant une vigueur active en devenant l'ambition de vous saisir de tous les moyens d'affranchissement et de développement que l'époque moderne offre à un peuple fort et entreprenant.

3) Ce que l'on voit apparaître au Québec, ce n'est pas seulement une entité populaire et politique de plus en plus affirmée, mais c'est aussi une réalité économique particulière et qui va grandissant.

En somme, compte tenu des difficultés inévitables d'un tel changement, moyennant les accords et arrangements que peuvent raisonnablement comporter les circonstances qui vous environnent et sans empêcher aucunement votre coopération avec des éléments voisins, on assiste ici comme en maintes régions du monde à l'avènement d'un peuple qui, dans tous les domaines, veut disposer de lui-même et prendre en main ses destinées.

Cet avènement, c'est de toute son âme que la France le salue. Que le pays d'où vos pères sont venus fournisse son concours à ce que vous entreprenez, rien n'est plus naturel.

Ce que le peuple français a commencé de faire au Canada il y a quatre siècles, ce qui y a été maintenu depuis lors par une fraction française grandissante, ce que les Français d'ici une fois devenus maîtres d'eux-mêmes auront à faire, ce sont des mérites, des progrès, des espoirs qui ne peuvent en fin de compte que servir à tous les hommes.

 En remontant le Chemin du Roy

Le Chemin du Roy

Et puis maintenant, je vois le présent du Canada français, c'est à dire un pays vivant au possible, au pays qui est en train de prendre en main ses destinées. Vous pouvez être sûrs que le Vieux pays, que la Vieille France apporte et apportera à la Nouvelle-France tout son concours fraternel.
 

Sainte-Anne-de-la-Pérade

Vous serez ce que vous voulez être, c'est-à-dire maîtres de vous!

Trois-Rivières:

Vous, les Français canadiens, au fur et à mesure de votre avènement, vous aurez à concourir et en particulier avec vos élites, vos savants, vos ingénieurs, vos cadres, vos artistes, vos techniciens au progrès du Vieux pays, au progrès de la France.

(...)
La suite, tout le monde la connaît. Discours à l'Université de Montréal sous le regard désapprobateur du Cardinal Léger (ça va de soi: il s'était vautré allègrement dans les privilèges que lui confèrent la constitution de 1867, et regardait donc d'un oeil torve un personnage qui s'est toujours efforcé d'anéantir ce genre de privilège de situation), visite de l'Expo (le but officiel du voyage') et du Métro ("Ça fait bien depuis 1936 que je n'ai pas pris le Métro").

Et retour précipité, dès que les réprobations canadiennes officielles furent entendues.

L'orage allait bientôt se lever. Le Canada allait découvrir brutalement qu'il ne pouvait pas être, qu'il n'était pas, et qu'il ne serait jamais une succursale de l'Angleterre, avec cet énorme bloc français en son sein. Les choses ne seraient plus les mêmes. Et, 30 ans plus tard, toujours autant dans l'impasse.

« Ce qui grenouille, et ce qui scribouille... »

http://iquebec.ifrance.com/cyberiel/QUEBLIB.jpg
 
 

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