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Wallonie
José Fontaine

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Interventions de José Fontaine sur le groupe de discussions
Pour le Pays du Québec
 

mercredi 11 juin, 2003 17:22

Échec des référendums

À la suite de ces réflexions sur l’échec des référendums, j’apprécie toutes les remarques mais je veux dire ceci, c’est que l’échec fait partie de la vie et surtout aux élections, cela me consterne d’ailleurs que la victoire à une élection dépende parfois de facteurs infinitésimaux.

Je ne parle pas de l’échec sur la longue durée mais de l’échec sur un moment de bête inattention comme un accident de voiture.

Ou comme la défaite de Montcalm à la bataille des  Champs d’Abraham. En tout cas, j’aimerais bien avoir le texte de RM Sauvé (René et Sauvé sont deux mots proches...), sur l’âme et la mort.

José Fontaine

PS: Je suis en train de me demander si ce n’est pas “les Plaines d’Abraham”, corrigez-moi, je ne veux pas me tromper s’agissant du Québec. Et le dictionnaire de l’histoire de France ne le précise pas.

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mercredi 11 juin, 2003 17:52

Échec

Bonjour José,
 
Il s'agit bien des Plaines d'Abraham.
 
Les textes demandés sont disponibles comme suit :
 
http://cf.groups.yahoo.com/group/Pour-le-Pays-du-Quebec/message/1001
 
http://www.ledevoir.com/2003/06/04/29105.html?242
 
Sur notre page À la Une
 
http://iquebec.ifrance.com/quebecunpays/A-LA-UNE.html
 
Tous les échanges sont présentés sous le titre suivant :
Invasions Barbares et aspects suicide, euthanasie, avortement
[Pour-le-Pays-du-Quebec]
 
Il y a eu près de 50 interventions sur ces sujets.
 
Au rythme du travail actuel par les Libéraux, il y a un ressac appréhendé.  Sous les autres gouvernements, il me semble qu'il y avait une certaine continuité.  Mais là, on pourra davantage le constater avec la présentation du discours sur le budget, jeudi, à la fin de l'après-midi, il semble qu'il y a rupture.  On verra pour la suite des choses.
 
Il faut se prendre en main et je nous souhaite que le travail se réalisera en s'appropriant, les uns et les autres, les principes de la stratégie tels que Monsieur René Marcel Sauvé nous les démontrent avec beaucoup d'ardeur et de ténacité.
 
Robert Bertrand

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jeudi 19 juin, 2003 05:47

Question aux Québécois

J’ai déjà publié ce message sur le Forum Vox Latina où j’explique aussi (un message avant) que la lutte flamande contre le français en Flandre ressemble à celle des Québécois contre l’anglais.

Comprendre la Wallonie c’est comprendre pourquoi nous ne sommes pas nécessairement contre les Flamands de la même façon que les Quénécois sont contre les Anglais.
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Déclaration de Jacques De Decker, critique littéraire bruxellois francophone et d'origine flamande au grand journal flamand De Standaard, que ce journal met en première page (aujourd’hui):

"Le français doit demeurer l'une des composantes de la culture flamande"

Dans la mesure où les signatures sur le texte de soutien aux Francophones de Flandre émanent aussi de Québécois, je tiens à leur demander si un grand journal nationaliste québécois donnerait autant de place et de poids à une déclaration qui serait

"L'anglais doit demeurer l'une des composantes de la culture québécoise"

Peut-être. C'est une question que je pose.

Mais cela indique qu'il y a bien plus d'ouverture au français en Flandre qu'on ne le pense.

Une ouverture dont peut-être le Québec n'a pas à faire preuve pour l'instant... je n'en sais rien. Ma question est une vraie question.

Je m'en réjouis mais je préfère, pour ce rayonnement du français en Flandre, compter sur les Flamands flamands si je puis ainsi m'exprimer, même si les Francophones de Flandre, par ailleurs, ont accepté le régime linguistique de la Flandre et si nous avions des affinités avec eux sur le plan linguistique.

Et je voudrais aussi faire remarquer que dans ce texte de soutien aux Francophones de Flandre, il n'y aucune signature de Wallon ou de Bruxellois francophone. Certes, la présence du français en Flandre est un fait qui n'est pas niable. Mais il y a parfois une tendance à voir la Belgique surtout à partir des endroits où le français doit s'imposer (Flandre) ou bien là où l'on croit qu'il doit le faire (Bruxelles: alors que Bruxelles est écrasamment francophone).

La Wallonie est moins intéressante parce qu'elle semble (et elle est d'ailleurs) ralliée d'avance au français. Mais le problème de la Wallonie n'est pas d'abord celui de la langue, il est celui de son autonomie, de son affirmation. Ce sont les Wallons qui ont besoin d'être reconnus dans la Francophonie, c'est eux qui y apportent l'essentiel de la contribution "belge francophone". C'est la Wallonie qui peut jouer un rôle essentiel comme l'État indépendant qu'elle est déjà en partie. Mais elle a besoin de reconnaissance et de solidarité, plus que les Francophones de Flandre qui, d'ailleurs, objectivement, quand ils réclament des subsides de la Communauté française de Belgique, font le jeu de la Belgique unitariste et de la monarchie: ces gens n'ont jamais été nos amis.

José Fontaine

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dimanche 22 juin, 2003 15:07

Perfide Albion

En Europe, tout le monde se méfie un peu de l’Angleterre, dite perfide car elle a toujours veillé à ce que s’établisse un équilibre en Europe empêchant un pays d’y dominer pour être à l’aise ailleurs dans le monde.

D’un autre côté la politique anglaise actuelle est positive vis-à-vis de l’Écosse, du Pays de Galles et de l’Irlande dont les autonomies sont bien réelles (l’Écosse est une sorte d’État devenu en partie indépendant).

Mais les Anglais du Royaume Uni ne sont pas nécessairement ceux du Canada ni même la volonté anglo-saxonne hégémonique. Les anglais étaient quand même en partie opposés à la guerre à l’Irak et un grand nombre d’entre eux sont certes anti-européens mais d’autres sont pro-européens. Le fait que l’Europe semble devoir adopter une constitution permettra d’aller encore plus loin dans un projet qui est quelque part contradictoire de l’hégémonie anglaise, ou américaine.

Maintenant : wait and see...

José Fontaine

J’ai déjà dit qu’en Europe, le Québec recevrait satisfaction encore plus que sur Meech I à mon sens...

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vendredi 4 juillet, 2003 18:27

Subventions coupées et Canada-France

Sur les subventions amputées dont parle J.Lapointe, je vous dirais une chose peut-être un peu générale mais qui est fortement ancrée chez nous: nous avons le sentiment que le Québec excelle justement dans toutes ces choses: la pédagogie (par exemple de la langue ou “la philosophie et les enfants” que j’ai connue par la Québécoise MF Daniel).

Quant à Canada-France, je ressens cela terriblement car – et c’est peut-être plus grave – on arrive à faire des choses chez nous en faisant abstraction de la Wallonie avec des pouvoirs en quelque sorte wallons mais qui peuvent se prévaloir qu’ils sont d’abord “belges francophones” et qui au nom de cette généralité (même si les Wallons forment 80 % des Francophones belges), se justifient du fait qu’ils ne parlent pas de la Wallonie du fait qu’elle n’est que la partie d’un  tout.

Plus le mensonge est gros, mieux il passe.

Un Canada-France sans le Québec, OK, message reçu, nous subissons le même genre d’exclusions, amis du Québec!

Tenons-nous par la main!

JF (Wallonie)

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jeudi 10 juillet, 2003 08:06

La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin

L’ambassadeur Dorin dit que le Québec est un redoublement du destin national français. Lorsqu’il avait eu cette jolie formule à Namur, je lui avais proposé de considérer le Québec comme un redoublement du destin national en aval et la Wallonie se situant en amont comme non un redoublement mais un dédoublement. Il est de fait que les premiers textes littéraires français qui nous sont conservés ont été écrits en Wallonie comme la cantilène de Ste Eulalie c’est un philologue italien qui propose cette origine. Un jour j’avais proposé d’appeler (pour cette raison), la Wallonie, la France d’avant la France.

Je pense que les Québécois se définissent avec leur littérature, leur culture comme distincts de la France ou en tout cas comme étant une source originale de culture française. Les Suisses romands aussi depuis Ramuz (c’est un écrivain important même s’il est peu connu et pas seulement pour les Suisses romands).

Chez nous, en Wallonie, il peut y avoir encore hésitation dans la manière de se situer face à la France. Certains disent que nous sommes purement et simplement français. Je pense que non parce qu’une littérature ou une culture se nourrit aussi de l’histoire du pays qui la rend possible. La culture française en France exprime (pas seulement mais aussi) la France, de même que la littérature française en Wallonie exprime la Wallonie, ou le cinéma des Dardenne par exemple.

En fait, chez nous, cette question a un enjeu politique important. Certains (qui peuvent être partisans de la réunion à la France ou simplement belges), considèrent la Wallonie comme dépourvue d’identité et pense t par conséquent qu’il n’y a que des Belges francophones. D’autres estiment que la Wallonie est un peuple original. En fait la question de l’indépendance de la Wallonie est liée à la conclusion qu’aura cette discussion puisque présentement, la Wallonie est, pour ce qui est de l’enseignement et de la culture dépendante d’un Pouvoir politique distinct de l’État belge mais aussi de l’État wallon qui est la “Communauté française de Belgique”, regroupant Wallons et Bruxellois francophones au fond sur la seule base de la langue et implicitement sur l’idée qu’il n’y a pas d’identité
Wallonne. Cette question est cruciale pour nous. Nous sommes en train de rassembler un grand nombre d’intellectuels en vue de reprendre le texte d’un manifeste publié il y a vingt ans le 15 septembre et qui avait eu un grand impact, en vue d’aller le présenter au Président du parlement wallon à la veille de la fête nationale de la Wallonie qui a toujours lieu le troisième dimanche de septembre soit cette année le 21 septembre.

Cordialement,

José Fontaine

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jeudi 10 juillet, 2003 09:32

La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin

Monsieur Fontaine,

En établissant une colonie sur les bords du Saint Laurent, la France monarchique créait sans le savoir les conditions d'un nouveau peuple, d'une nouvelle nation et d'un nouvel État.

Les éléments fondamentaux de notre culture comprenaient:

-la langue française, devenue langue formelle, littéraire, philosophique, technique, scientifique, juridique et culturelle au terme de plus d'un millénaire de progrès continu.

-la culture gréco-latine, fondement de la langue et la culture française et porteuse de valeurs universelles.

-la culture religieuse judéo-chrétienne, déformée en Nouvelle France par le jansénisme, maintenu en place jusqu'à l'Aggiornamento introduit dans l'Église par le pape Jean XX111.

-l'aménagement territorial prévu par Richelieu, qui nous permettait de nous ancrer au sol du Québec, d'en réaliser une osmose unique et partant, de créer les assises de notre propre État à venir.

Ces éléments ne sont pas suffisants pour assurer la survie et le progrès d'une colonie vers le statut de peuple, de nation et d'État. Il faut y ajouter:

-la géographie, celle du Québec, territoire immense, (1,6 million de kilomètres carrés de superficie, dépassant toute la Scandinavie), recouvert d'obstacles naturels, comportant peu d'espaces bas, plats, aux sols arables, marqué par les glaciations du Quaternaire, périphérique et naturellement protégé des incursions qui pourraient venir des autres régions d'Amérique du nord.

La géographie comprend le climat, continental, aux étés torrides et aux hivers sibériens, comparables aux climats de l'Asie centrale, aussi du Kamtchatka et de l'île de Sakhaline.

Le climat du Québec ne se compare pas aux climats maritimes tempérés de l'Europe occidentale. En comparaison avec les autres régions géographiques et climatiques d'Amérique du nord, le Québec n'est pas une terre convoitée. Ce facteur est important dans l'explication de notre survie et de nos progressions alors que nous sommes un petit peuple littéralement sans défense.

La Nature s'est chargée de rendre le Québec défendable avec une économie de moyens. Les régions naturelles les plus habitables sont localisées à plus de 500 kilomètres de distance au sud et à l'ouest du Québec, créant de gigantesques  frontières naturelles qui nous ont  toujours bien servis.

-l'histoire, qui a confirmé les possibilités naturelles offertes par la géographie. Au sud, la formation rapide d'un puissant État, les États Unis, en guerre contre l'Angleterre et l'Amérique Britannique du nord depuis 1760, au moment de la prise de la Nouvelle France par les Anglais, jusqu'à 1940, aux débuts de la Deuxième guerre mondiale. De cette division entre deux puissances, nous avons su machiavéliquement tirer notre épingle du jeu, en partie grâce aux conditions historiques et géographiques dans lesquelles nous avons évolué et en partie grâce à nos classiques gréco-latins.

-la géographie historique, avec la construction des canaux et chemins de fer vers l'ouest, qui ont contribué à déplacer le centre de gravité stratégique des Anglais et des Loyalistes hors du Québec, à 600 kilomètres plus à l'ouest, afin de combler le vide des basses terres des Grands lacs (voyez vos cartes, elles sont situées entre les lacs Simcoe, Ontario, Érié, Huron et baie Georgienne), exposées à l'envahissement par les Américains, surtout les Newyorkais.

-le développement technique, sans lequel on ne peut pas développer le Québec pour en faire un véritable pays. La nature est trop rude de sorte que les Québécois aiment et apprécient les moteurs et les appareils et machines qui leur permettent de travailler et d'obtenir le maximum de résultats sans épuiser leurs forces physiques. Cet aspect est important.  Les hommes forts et les femmes fortes nous ont bien servis dans le passé et nous en avions beaucoup alors que la médecine était peu développée et que la nature se chargeait impitoyablement d'éliminer les plus faibles. Maintenant, ce n'est plus tellement de force physique (j'ai été bûcheron et employé à abattre des arbres à la main et au golendard) que de savoir dont nous avons besoin.

Tiens, pour vous donner une idée jusqu'à quel point une innovation technique trouve place et est appréciée au Québec, j'étais officier régimentaire à la Citadelle de Québec en 1960, alors que le représentant de IBM s'est présenté pour vendre des ordinateurs, une nouveauté pour l'époque. Il s'attendait à en vendre deux pendant l'année dans la région de la ville de Québec: il en a vendu 11(oui onze) le premier mois et ses ventes ont continué de progresser par la suite.

-des conditions juridiques, alors que, obligés de plier parce qu'ils n'étaient pas en position de force avec nous, les Anglais nous ont laissé formuler un droit codifié, devenu le Code Civil du Québec, unique en Amérique du nord.

Toutes ces conditions ont contribué à faire de nous un peuple différent de nos cousins de France, tout en demeurant français de coeur, de langue et de culture.

D'autres éléments se sont ajoutés à nos composantes de base:

-le réalisme anglais et britannique,

-l'efficacité matérielle nord-américaine.

-le mélange avec les autres éléments ethniques, notamment les tribus amérindiennes, les anglais, les écossais, les irlandais, les gallois et les immigrants venus d'ailleurs, qui ont ont protégé contre les dangers de la consanguinité.

Tous ces éléments ont contribué à faire de nous un peuple, une nation et un État unique et identique à lui-même.

Je vous invite à lire et étudier: Géopolitique et avenir du Québec, Montréal, Guérin 1994,

René Marcel Sauvé

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jeudi 10 juillet, 2003 15:39

La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin




A 19:48 2003-07-06 -0400, Louis La Bonté a écrit (au sujet d'une hypothétique situation où il n'y aurait pas eu de conquête anglaise et où nous aurions vécu la Révolution française) :

En fait, je suppose que nous porterions le nom de Canada. Mais plutôt que de vivre « au » Canada, nous vivrions « en » Canada.

Dans un autre ordre d'idées, es-tu certain que la Louisiane faisait partie de la Nouvelle-France ? Je suis confus à ce sujet, car je crois me souvenir d'avoir déjà lu dans un livre d'histoire qu'elle n'en faisait pas partie, à la différence du Canada. Et l'Acadie, en faisait-elle partie? La Nouvelle-France était-elle l'union de ces trois régions, ou quelque chose de plus, ou quelque chose de moins?

[Alain] Oui, la Nouvelle-France comprenait aussi, autant que le Canada et l'Acadie, la Louisiane (c'est le Canada qui ne la comprenait pas). La Louisiane a d'ailleurs été fondée par des noms bien de chez nous, dont, de mémoire, Robert Cavelier de La Salle, Louis Jolliet (qui explora tout le Mississipi -- il habitait la maison qui sert de station base au funiculaire qui relie la basse-ville à la haute-ville de Québec !), et Bienville notamment (qui fonda Mobile [comme on l'apprend quand on visite le fort, sur place], maintenant en Alabama, mais à l'époque la première capitale de la Louisiane).

Pour une définition précise de la Nouvelle-France, voici :

« LE TERRITOIRE
La Nouvelle-France désignait l'ensemble des territoires de l'Amérique du Nord sous administration française, avant 1763. Dans sa plus grande dimension, avant le Traité d'Utrecht (1713), la Nouvelle-France comprenait cinq colonies possédant, chacune, une administration propre : le Canada, l'Acadie, la Baie d'Hudson, Terre-Neuve, la Louisiane.

La frontière occidentale de ces colonies était ouverte sur tout l'ouest du continent, sans délimitation précise. »

Voir http://www.culture.fr/culture/nllefce/fr/intro1.htm .

J'ai extrait la carte du territoire, que je joins (c'est bien la moitié de l'Amérique du Nord, au moins [la frontière ouest n'étant toutefois pas précise -- mais elle s'étendait en fait presque jusqu'au Pacifique -- au-delà, donc, de la carte jointe -- et les fils de La Vérendrye (lui-même né à Trois-Rivières en 1685), ont exploré les Rocheuses après que ce dernier eût exploré tout l'intérieur du continent]).

À noter que même si l'administration civile était distincte entre le Canada et la Louisiane (même « en Canada », il y avait trois gouvernements, un à Québec, un à Trois-Rivières et un à Montréal, si ma mémoire est bonne -- les Français coloniaux étaient loin de la centralisation à l'époque, et de toute manière la centralisation n'aurait pas été pratique¹ sans les communications que l'on connait aujourd'hui), le diocèse de Québec s'est étendu jusqu'à la Nouvelle-Orléans à une certaine époque. La capitale de la Nouvelle-France était bien sûr Québec, jusqu'au traité d'Utrecht en 1713, où la France perdit Terre-Neuve et l'Acadie, pour mettre fin à la guerre de succession d'Espagne !

[Louis]

Je sais qu'à l'époque les Canadiens étaient fiers de se considérer comme tels, et pas seulement comme des Français, mais je crois que c'était surtout pour la liberté que leur procurait le territoire et pour leur adaptation au climat particulier d'ici. Ils ne se considéraient certainement pas comme une nation, mais peut-être qu'à terme cela se serait produit... mais après tout, sans la protection de la France, le Canada n'aurait jamais pu résister très longtemps au conquérant anglais. Ils étaient donc bel et bien Canadiens, et bel et bien Français.

Je suppose que l'identité ne se définissait qu'en fonction de ses « semblables », et non en fonction de ses « ennemis ». Pour être Canadien, il fallait nécessairement être Français.


[Alain] Tout à fait. Tout comme les Américains se définissaient comme « Britons » avant la Révolution, comme le faisait Benjamin Franklin. D'ailleurs les Anglais d'ici s'appelaient eux-mêmes des Anglais même avant le XXe siècle et utilisaient le même drapeau que le Royaume-Uni... Ce n'est qu'au XXe siècle qu'ils ont définitivement pris le nom de Canadiens (là où avant, le terme ne désignait que des francophones), jusqu'au point où la moitié des Québécois, dont toi et moi, ne se reconnaissent plus eux-mêmes à l'aise comme tels sous ce nom, mais bien, et ce, définitivement, comme Québécois.

Alain

¹ Anecdote sur le problème des communications lentes qui auraient pu nuire à une centralisation poussée : quand les frères Kirke tentèrent d'envahir Québec en 1628 et qu'ils réussirent en 1629, ils ne savaient pas que la France ne pouvait plus être en guerre contre l'Angleterre (ce qu'ils croyaient dur comme fer !) car Henriette de France, soeur de Louis XIV, était promise au roi d'Angleterre.

Un ami de Champlain (et interprète), Nicolas Marsolet de St-Aignan, le savait déjà, mais les frères Kirke n'ont pas voulu le croire. Le manque de communication a eu comme conséquence qu'il fallut attendre 1632, au traité de Saint-Germain-en-Laye, pour que Québec soit restituée à la France et que Champlain revienne comme gouverneur de Nouvelle-France.

Voir http://www.geocities.com/daniellla.geo/FRANCE.html

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jeudi 10 juillet, 2003 15:50

La Nouvelle-France, la  France, et Benjamin Franklin

A 09:32 2003-07-10 -0400, Shirley a écrit :

-des conditions juridiques, alors que, obligés de plier parce qu'ils n'étaient pas en position de force avec nous, les Anglais nous ont laissé formuler un droit codifié, devenu le Code Civil du Québec, unique en Amérique du nord.
[Alain] Il y en a un en Louisiane, si ma mémoire est bonne. À vérifier. En tout cas, il y a encore des notaires en Louisiane, ce qui va avec cette culture juridique française.

Pour le reste, votre analyse est excellente, comme à votre habitude.

Alain LaBonté

Québec

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jeudi 10 juillet, 2003 16:18

La Nouvelle-France, la  France, et Benjamin Franklin

Monsieur LaBonté,

Êtes-vous sûr qu'il s'agit en Louisiane d'un code civil?

Les notaires étaient en exercice en France pendant l'histoire de la Coutume de Paris, il me semble, qui existait avant le code Napoléon, de même en Nouvelle France. Ce qui veut dire que nous avions l'habitude du droit coutumier en Nouvelle France et que le passage vers l'English Common Law, introduit en Angleterre par les Normands. ne semble pas avoir suscité de difficultés au Québec.Nous avons maintenant l'habitude de fonctionner avec un droit coutumier et un code civil.

Je ne crois pas que ce soit arrivé en Louisiane, mais je n'en suis pas certain.

L'essentiel est de retenir les circonstances politiques de l'adoption par le Québec d'un code civil, qui signifie que ni Londres ni Ottawa n'ont été en position absolue de force pendant la période qui a suivi le Traité de Paris du 10 février 1763.

René Marcel Sauvé

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jeudi 10 juillet, 2003 16:44

Américains/Anglais/Québécois

Cette question des Américains face aux Anglais ou des Canadiens/Québécois face aux Français est assez passionnante pour qui veut étudier cette question assez énigmatique de la Nation.

Dans la Déclaration d’indépendance américaine, les Américains parlent de la “consanguinity” qui les lie aux Anglais et je crois aussi qu’ils utilisent une expression comme common kindred. Enfin, il y a une insistance sur cela. Cela m’a toujours frappé car un des grands théoriciens du nationalisme, Gellner, au milieu de son livre Nation et nationalisme, donne l’exemple d’une sécession d’une ethnie africaine par rapport à un État central oppresseur: il appelle l’ethnie la “Ruritanie” et l’État oppresseur si je me souviens bien, la “Mégalomanie”. Certes, Gellner est d’origine tchèque mais enfin il est complètement intégré au monde anglo-saxon.   Ce qui me frappe (j’en demande pardon à Alain LaBonté car j’ai déjà expliqué cela ailleurs), c’est que ce cas, dont il fait le modèle de tout séparatisme et par là aussi le modèle du principe nationaliste (en caractérisant très fort les nations et d’ailleurs uniquement par l’ethnie), ne correspond justement pas à ce qui pousse les Américains à former une nation indépendante puisque cette nation américaine a comme motif premier la volonté des américains de se gouverner eux-mêmes, soit un idéal non pas ethnique mais civique (et qui va contre la communauté ethnique avec les Anglais).

À vrai dire, l’une des raisons qui me pousse à refuser la réunion de la Wallonie à la France c’est cela aussi. Certes, je ne conteste pas que la France soit démocratique, évidemment pas une seconde! Mais je crois que nous nous arrangeons en société d’une manière qui n’est pas du tout la même que les Français. Et je pense que si nous devions adopter leur manière de s’organiser socialement, politiquement, cela engendrerait des bouleversements tels du corps social en Wallonie qu’il en résulterait des troubles si pas au sens de la violence du moins d’un blocage très grand. Indépendamment de cela, je pense que la Wallonie est une voix française singulière dans le monde et que notre intérêt culturel commun (à nous, francophones) est que la culture française soit plurielle.

Dans les critères qui permettent de mesurer l’importance d’une langue (d’après l’Encyclopaedia universalis), il y a celui de la diversité humaine des locuteurs de cette langue et c’est l’un des points où le français est à égalité avec l’anglais devant toutes les autres langues.

Peut-être cela n’apparaît-il pas comme évident vu du dehors mais en fait, nous sommes très différents des Français. Et en même temps, nous avons une sorte de titre à être “français” qui équivaut celui que possède les Français. La petite ville de Chièvres à une 10aine de Km de l’endroit où je clavarde est la première ville à avoir adopté le français comme langue administrative, au 12e siècle si je ne m’abuse. Il y a des cas où la ressemblance distingue en quelque sorte. Mais ces dissemblances dans la Francophonie sont l’une de ses principales chances, ce que les Français ne comprennent peut-être pas toujours car ils ont la logique de l’unité certes non sans grandeur pour la France, mais qui ne peut pas servir pour la Francophonie.

José Fontaine

PS: Il fait chaud chez nous comme dans un climat continental! cher René-Marcel Sauvé. 40.000 km2 de terres habitables pour un territoire de 1.600.000 Km2, voilà qui rend le Québec plus “proche” car nous, nous sommes sur 16.000 km2 (et les Flamands deux fois plus nombreux sur 14.000 km2)!

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vendredi 11 juillet, 2003 09:11

La Nouvelle-France, la France, et Benjamin Franklin

A 16:18 2003-07-10 -0400, Shirley a écrit :
 

Monsieur LaBonté,

Êtes-vous sûr qu'il s'agit en Louisiane d'un code civil?

Les notaires étaient en exercice en France pendant l'histoire de la Coutume de Paris, il me semble, qui existait avant le code Napoléon, de même en Nouvelle France. Ce qui veut dire que nous avions l'habitude du droit coutumier en Nouvelle France et que le passage vers l'English Common Law, introduit en Angleterre par les Normands. ne semble pas avoir suscité de difficultés au Québec.Nous avons maintenant l'habitude de fonctionner avec un droit coutumier et un code civil.

Je ne crois pas que ce soit arrivé en Louisiane, mais je n'en suis pas certain.

L'essentiel est de retenir les circonstances politiques de l'adoption par le Québec d'un code civil, qui signifie que ni Londres ni Ottawa n'ont été en position absolue de force pendant la période qui a suivi le Traité de Paris du 10 février 1763.

[Alain]    La Louisiane a vécu sous Napoléon (c'est lui qui l'a vendue aux États-Unis en 1804, si ma mémoire est bonne)...

Cela étant, c'était facile à vérifier avec Google comme cela est toujours facile (pour peu, évidemment, que chaque fois, l'on vérifie à plusieurs sources, car on trouve aussi des faussetés sur le web). Voir :

http://lexinter.net/WEB7/historique.htm

« Le développement des systèmes de "Droit Civil"

Si l'on cherche à délimiter les différentes influences qui ont historiquement contribué au développement des systèmes de "Droit Civil" on peut distinguer les filiations par rapport à différents Code Civil

Le Code Civil Napoléonien

Le Code Civil français de 1804, fortement influencé par le "jus civile" romain a fortement influencé la Belgique, l'Italie, la Hollande (avec une évolution récente), le Portugal, l'Espagne, l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud, ainsi que les anciennes colonies belges, françaises, hollandaises, portugaises et espagnoles en Afrique et en Asie, ainsi que Porto Rico, la Louisiane et le Québec. On peut y ajouter New York et la Californie (v. par exemple pour les aspects de "civil law"en Californie : California Civil Law on contracts,

http://www.lectlaw.com//files/bul15.htm

Civil Law and legal issues

http://www.lectlaw.com//tciv.htm )

qui ont adopté les Codes Field, très fortement inspirés du droit espagnol, en 1846.. »

J'y apprends que le cas du Québec n'est pas si unique en Amérique nu Nord (je croyais déjà savoir que le cas de la Louisiane était similaire au nôtre), car on y dit qu'il y a aussi ce qui ressemble fortement à des codes civils (si ce n'en est complètement) dans les états de New York et de Californie.

Alain LaBonté

Québec

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vendredi 11 juillet, 2003 09:28

Américains/Anglais/Québécois

Monsieur Fontaine,

Parlant consanguinité, je vais vous faire une petite révélation qui va vous choquer et choquer aussi beaucoup de Québécois incrédules.

Apparamment, du strict point de vue de la génétique et de la consanguinité, nous Québécois, sommes plus proches des Anglais que des Français, ce qui ne me surprend pas et je vais tout de suite vous dire pourquoi, afin de rassurer les Québécois qui liront ces lignes.

Nos ancêtres  sont venus en majorité de Normandie (environ 56%), de Bretagne (environ 22-24%) et les autres des côtes de l'Atlantique et de la baie de Biscaye, notamment d'Aquitaine, de Saintonge, d'Anjou et des Flandres. Nous sommes de descendance côtière et maritime, donc.

Notre mentalité en témoigne, de même que notre manière de voir et d'exprimer la réalité, par des expressions maritimes, comme "traverser l'autre bord de la rue" plutôt que l'autre côté, "travailler pendant une secousse" (du navire), "se réorienter" pour dire se réorganiser, "lever l'ancre" pour dire qu'on s'en va, etc.

Notre folklore est chargé de choses de la mer et notre religion aussi. Nous avons les craintes et les superstitions religieuses des peuples maritimes qui doivent affronter les eaux redoutables des océans, non des marins d'eau douce.  Benoît Lacroix, o.p. bien connu chez nous, a rédigé d'intéressants travaux à cet effet.

Mais nous avons autre chose aussi, du fait de la position géographique de nos ancêtres face à l'Angleterre: les relations avec les Anglais, que ne connaissent pas les autres Français

Relations commerciales, guerres, massacres, entre nous et les Anglais, se succèdent depuis presque deux millénaires. Nous connaissons les Anglais et ils nous connaissent. (J'allais dire les tab....)

D'une chose à l'autre, ce sont bel et bien nos ancêtres qui, en 1066, ont envahi l'Anglerre et ont dominé les Anglais pendant quatre siècles, jusqu'au dernier des Plantagenet.

Pendant cette domination, que les Saxons ont combattue de toutes leurs forces, nos ancêtres ont imposé aux Anglais l'usage de la langue française à la Cour, dans l'administration et la justice. Quel crime abominable n'est-ce pas?

Les premières grandes chartes des libertés anglaises ont été rédigées en français. De même le droit coutumier, devenu l'English Common Law depuis ce temps-là. Les Anglais n'en sont toujours pas revenus.

En Angleterre, les Anglais reconnaissent la domination de nos ancêtres sur leur monarchie, mais au Canada anglais, loyaliste, malade de ses affects, il n'est pas question d'en prendre conscience.

Nous avons aussi mêlé notre sang avec les Anglo-Saxons, de sorte qu'ils sont sortis plus forts de notre domination qu'ils ne l'étaient auparavant, y compris bien entendu avec tout le reste que nous leur avons apporté.

En fait, je ne crois pas qu'ils auraient eu l'ambition ni le savoir pour construire l'Empire Britannique sans avoir subi au préalable quatre siècles de domination de notre part.

Comme tous les Germains, les Anglo-Saxons sont des gens de patelins, peu portés vers les grandes aventures. Pour vous en rendre compte, regardez Coronation Street en Angleterre, reproduit au Canada anglais, (TV Radio Canada en anglais tous les jours de la semaine, à 15h). Vous constaterez par vous-mêmes cette mentalité de patelin et vous pourrez en juger.

Remarquez les types humains de ce programme populaire en Angleterre.  Ils ont beaucoup de ressemblances physiques avec nous.

Promenez-vous dans les rues de Torquay ou de Bournemouth dans le sud de l'Angleterre (envahi par les Normands et les Bretons), voyez l'apparence des gens, leur manière de marcher et comparez avec les gens que vous verrez sur la terrasse Dufferin à Québec. Vous verrez les ressemblances. En Angleterre, où j'ai étudié et séjourné, je ne me gêne pas de me conduire comme si le pays m'appartenait.

Présentement, à Bordeaux, ma fille Pauline, qui y travaille régulièrement sur des contrats de logiciels, m'apprend qu'il y vit présentement plus de 22,000 Anglais. On lui a récemment demandé de donner un cours de logiciel en anglais à des Anglais et des Écossais qui vivent sur place, mais ne comprennent pas encore assez le français pour comprendre les instructions.

Rien de neuf dans ces relations. Elles remontent loin en arrière, alors que les tissus de Calédonie (Tweeds) étaient échangés pour les vins de Bordeaux. Les affaires sont les affaires.

Comme conséquence psychologique, en réaction avec ce milieu, les Français des côtes de la Manche, de l'Atlantique et de la baie de Biscaye, se veulent souvent plus français que ceux de l'intérieur. Ils éprouvent fortement le besoin de se distinguer des Anglais., de même que tous les étrangers qui fréquentent leurs côtes.

Je crois que nous, Québécois, devrions nous réclamer de l'Angleterre au nom des "colonial rights" qu'invoquait Madame Thatcher lorsqu'elle refusa initialement de retourner Hong Kong à la Chine il y a quelques années. Après tout, l'Angleterre a déjà été notre colonie. Mais Madame Thatcher a dû céder parce que les conditions avaient changé...

Bonne journée

René Marcel Sauvé

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vendredi 11 juillet, 2003 10:27

Américains/Anglais/Québécois

A 22:44 2003-07-10 +0200, José Fontaine a écrit :

Dans la Déclaration d'indépendance américaine, les Américains parlent de la consanguinity qui les lie aux Anglais et je crois aussi qu'ils utilisent une expression comme common kindred. Enfin, il y a une insistance sur cela. Cela m'a toujours frappé car un des grands théoriciens du nationalisme, Gellner, au milieu de son livre Nation et nationalisme, donne l'exemple d'une sécession d'une ethnie africaine par rapport à un État central oppresseur: il appelle l'ethnie la Ruritanie et l'État oppresseur si je me souviens bien, la Mégalomanie. Certes, Gellner est d'origine tchèque mais enfin il est complètement intégré au monde anglo-saxon.  Ce qui me frappe (j'en demande pardon à Alain LaBonté car j'ai déjà expliqué cela ailleurs), c'est que ce cas, dont il fait le modèle de tout séparatisme et par là aussi le modèle du principe nationaliste (en caractérisant très fort les nations et d'ailleurs uniquement par l'ethnie), ne correspond justement pas à ce qui pousse les Américains à former une nation indépendante puisque cette nation américaine a comme motif premier la volonté des américains de se gouverner eux-mêmes, soit un idéal non pas ethnique mais civique (et qui va contre la communauté ethnique avec les Anglais).
[Alain]  Hélas, il était indubitablement ethnique au départ (et il l'est toujours, car il n'est toujours pas illégal -- loin de là -- de demander la race de quelqu'un dans une demande d'emploi aux États-Unis -- et en fait on n'en finit plus de faire des distinctions dans la presse, on parle d'Hispanics, d'African Americans, de Caucasians, là où on n'entend pas beaucoup ces mots ici ou en Europe, mais comme on les entend à Singapour, en Malaisie et en Indonésie -- dans un rapport de police, comme *plaignant* il y a quelques années, j'ai moi-même dû m'identifier dans ma déclaration comme « Caucasian »). Il est *fondé* dans les griefs faits par les Américains à l'Angleterre au départ sur l'ethnicité qui oppose les Anglo-Saxons aux Amérindiens et par extension -- car même s'ils n'étaient pas en guerre avec eux, ils les traitaient en esclaves -- avec les noirs (et avec les Asiatiques au XXe siècle -- on a scandaleusement emprisonné des Américains d'ascendance japonaise, sans autre motifs, pendant la IIe Guerre mondiale, et aujourd'hui encore, depuis le 11 septembre, on ne reconnaît plus aux Arabes -- ou à des personnes qui ressemblent même à des Arabes -- certains droits fondamentaux). Idéal très ethnique, ataviquement ethnique, si idéal il y a.

Même Jefferson a dû se résoudre à l'évidence de cette contradiction pendant son séjour à Paris, lui qui employait des esclaves même après avoir été un père de l'indépendance américaine.

Car s'il y a eu déclaration des Droits de l'Homme à la Révolution américaine, tous n'étaient pas inclus dans cette notion d'Homme. Il fallut attendre la Révolution française pour que l'on parle de Déclaration *universelle* des droits de l'homme et du citoyen.

Les Américains étaient comme les Grecs, leur citoyenneté était réservée. Réservée aux WASP (White, Anglo-Saxon, Protestant) chez les premiers, aux Grecs adultes, libres (càd non esclaves) et non barbares (càd « étrangers ») dans le second.

Alain LaBonté

Québec

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vendredi 11 juillet, 2003 11:28

Américains/Anglais/Québécois/Français/Européens

A 09:28 2003-07-11 -0400, Shirley a écrit :

D'une chose à l'autre, ce sont bel et bien nos ancêtres qui, en 1066, ont envahi l'Anglerre et ont dominé les Anglais pendant quatre siècles, jusqu'au dernier des Plantagenet.
[Alain] Et quand le roi de France s'est emparé de la Normandie (qui appartenait à son Duc devenu roi d'Angleterre), il a oublié les îles anglo-normandes (Jersey, Guernesay, Aurigny [Aldernay]), ce qui fait que le Duché existe toujours et que la reine d'Angleterre en est toujours aujourd'hui officiellement le Duc (en tant qu'héritière de Guillaume le Conquérant). À Aurigny, il est même interdit de s'adresser au Duc de Normandie en une autre langue que le français, et quand elle y va, on perpétue cette tradition.

J'ai chez moi un timbre de Jersey sur lequel est écrit, à côté du portrait de la Reine : « Vive la Reine, notre Duc ». Les « parlementaires » des Îles anglo-normandes continuent de tenir leurs délibérations en français. ils font partie de l'association des parlementaires de langue française. [Cette présence de la langue française dans les îles anglo-normandes (qui se perd presque totalement à Jersey et à Guernesay de nos jours, ayons le courage de le dire), a servi le pouvoir britannique ici, car ce sont des Jersiais, les Robin et plus tard les Le Bouthillier, qui ont maintenu les Gaspésiens en esclavage réel -- sans jeu de mot -- dans leur contrôle absolu de la pêche et du commerce avec les pêcheurs (ils payaient les pêcheurs exclusivement en bons d'achats valables uniquement dans leurs magasins, et établissaient arbitrairement la valeur des bons) qu'ils exerçaient, de 1763 aux années 1930 (oui, vous avez bien lu, 1930 !!!)... Et bien sûr, on ne compte plus les Langlois à Jersey -- en fait la plupart des noms de famille nous y sont familiers en tant que Québécois francophones]. Et... il y a encore des notaires dans les îles anglo-normandes (en anglais « Channel Isalands »), qui font partie du Royaume-Uni, mais pas de la Grande-Bretagne.

[René Marcel]

[...] Promenez-vous dans les rues de Torquay ou de Bournemouth dans le sud de l'Angleterre (envahi par les Normands et les Bretons), voyez l'apparence des gens, leur manière de marcher et comparez avec les gens que vous verrez sur la terrasse Dufferin à Québec. Vous verrez les ressemblances. En Angleterre, où j'ai étudié et séjourné, je ne me gêne pas de me conduire comme si le pays m'appartenait.
[Alain] Comme moi en France (et la question de la gêne ne se pose pas en France, c'est un plaisir partagé avec mes amis français, et non une bravade). Et je ne contredis pas René Marcel, je suis d'accord avec lui pour ce qui est de l'Angleterre... C'est bien vrai. C'est vrai aussi en Écosse... à Édimbourg, où on a le pendant du Château Frontenanc sur le promontoire, et le pendant du pont de Québec sur le fleuve Forth (on y trouve un pont cantilever, petit frère jumeau du nôtre) qui se jette dans le « Firth of Forth » (la Mer du Nord). Ça se manifeste dans la matière autant que dans l'âme. À Édimbourg. À Winchester. À Bournemouth. Dans le sud de Londres. Un peu partout. Si l'on fait abstraction de la conduite à gauche, car si l'on ne sait pas quel pays l'on survole en avion, cet élément ne trompe pas...

Inversement (je veux dire pour retourner la situation), un Anglais habitué au Québec, avec qui je partageais un vol transatlantique entre Londres et Montréal il y a quelques années, m'a dit (nous conversions tous les deux en français surtout, parfois en anglais) qu'il trouvait que les Québécois, y compris et surtout ceux qui ne parlaient pas anglais, étaient les plus Anglais des Canadiens (un Allemand m'a plus tard suggéré qu'il aurait dû dire « les plus Européens des Canadiens »).

Pour ceux qui sont allés en Angleterre, l'attitude anglaise nous semble familière étrangement et étonnamment plus que celle du Canada anglais ou des États-Unis (où nous sommes pourtant extrêmement familiers avec les apparences, mais pas avec l'âme, quand on fouille plus loin que ce que l'on voit) parce que malgré tout, l'Angleterre est encore aujourd'hui plus européenne qu'américaine, et que les Québécois sont infiniment plus européens qu'ils le pensent... Néanmoins je persiste à dire à mes amis britanniques que le Royaume-Uni est le Québec de l'Europe. Jusqu'à présent ils peuvent difficilement me contredire.

Tout cela est bien paradoxal, mais cela correspond à une certaine réalité, si l'on ne prend pas la comparaison à la lettre, car elle est loin d'être parfaite.

Et architecturalement, dans le vieux Québec, au tournant de chaque rue, on est transporté de la France à l'Angleterre et inversement... Entièrement, en quelques secondes... Et en banlieue, on découvre que l'on est bien en Amérique... Mais l'âme reste profondément européenne, j'en suis convaincu. Le contact avec l'Europe nous en convainc. Le contact exclusif avec les États-Unis ou le Canada anglais ne nous permet que difficilement de nous en rendre compte. Car il est trop superficiel, comme la civilisation américaine sous-jacente, pour peu que ce soit vraiment une civilisation.

Alain LaBonté
Québec

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vendredi 11 juillet, 2003 13:30

Américains/Anglais/Québécois/Français/Européens

Bonjour,

À vous deux messieurs LaBonté et Sauvé, un cordial merci.

Oui, merci de nous faire partager vos connaissances et vos voyages que nous savons apprécier à leur juste valeur.

Ce que je retiens, c'est que nous sommes plus sembables que différents des uns des autres !

Cette constatation serait-elle le signe précurseur de la com-union universelle !

Valérien L (Lachance)

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vendredi 11 juillet, 2003 17:16

Américains/Anglais/ Québécois/ Français

Je voulais dire à Alain LaBonté que, lorsque je souligne le fait qu’il y a une communauté “ethnique” entre Anglais et Américains en 1776 et qui est perçue comme telle alors, le poids de ce que je veux dire ne porte pas sur ce qu’il y a de péjoratif dans “ethnique” mais je visais une identité disons culturelle, nationale, pas raciale, sens que le mot “ethnique” peut avoir évidemment, entre Anglais et Américains. De sorte que puisque ce sont des gens pouvant en appeler à leur “consanguinity” qui se séparent, on peut penser que les motifs profonds des Américains d’édifier un État indépendant sont autres qu’ethniques et donc civiques.

Ceci dit, au sens où je crois, vous utilisez le mot “ethnique”, cela est vrai que les Américains de 1776 ne considéraient pas tout à fait les Noirs comme des hommes ni les Indiens. Pourtant, en posant le principe “All men are created equal”, la déclaration contredit de fait le racisme. J’ai toujours pensé que Lincoln ou Martin Luther King étaient les seuls fidèles à l’Amérique authentique, celle de 1776.

Ce qui me frappe, c’est cette séparation qui n’a pas lieu pour des motifs nationaux (dans le sens de “identitaires”), mais des motifs politiques. Ceci étant dit, un philosophe qui, je pense, est Buchanan (?) a écrit sur l’indépendance du Québec, estimant (un peu, m’a-t-il semblé en fonction des principes de la Déclaration américaine et en la critiquant d’ailleurs), que la seule raison qui justifiait l’indépendance du Québec, c’est le refus de voter le référendum sur la Constitution canadienne qui, pour Buchanan, n’étant pas approuvée par les Québécois, est nulle et non avenue en ce qui les concerne.  C’est le souvenir d’un séminaire à Louvain avec un prof québécois dont je n’aurais pas dû oublier le nom. Et je me souviens que j’avais lu les premiers mots de cette Déclaration de 1776 qui est très belle malgré ses équivoques... En 1993 ou 1994.

Le fait d’avoir été annexé fait que les Québécois ne se sont jamais heurtés aux Français mais si... Je sais qu’une revue littéraire au Québec (dont j’ai oublié le nom également), avait eu un jour comme thème “Haïr la France?”

Bien sûr, question provocatrice...

José Fontaine

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samedi 12 juillet, 2003 05:41

Américains/Anglais/ Québécois/ Français

A 23:16 2003-07-11 +0200, José Fontaine a écrit :

Ceci dit, au sens où je crois, vous utilisez le mot ethnique, cela est vrai que les Américains de 1776 ne considéraient pas tout à fait les Noirs comme des hommes ni les Indiens. Pourtant, en posant le principe All men are created equal, la déclaration contredit de fait le racisme. J'ai toujours pensé que Lincoln ou Martin Luther King étaient les seuls fidèles à l'Amérique authentique, celle de 1776.
Un bémol, toutefois : si Lincoln a aboli l'esclavage, il croyait lui-même en la supériorité de la race blanche, hélas. On ne peut refaire l'Histoire.

Alain LaBonté
Québec

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samedi 12 juillet, 2003 17:55

 Re: Américains/Anglais/ Québécois/ Français

Réponse à Alain LaBonté sur Lincoln

Sur le Forum de TOUDI, un membre a rappelé que cette idée que les civilisations européennes étaient supérieures était aussi la conviction de Jules Ferry, l’un des fondateurs de la IIIe République (après 1870). C’est alors qu’un ami français, très républicain a fait observer que l’idée d’une supériorité de la civilisation européenne n’entraînait pas l’idée que Ferry était raciste.

En outre, en français, le mot “race” jusqu’à même après 1940 pouvait désigner un “peuple” sans connotation racique ou raciale.

En anglais, je ne connais pas l’évolution du mot. Lincoln n’était donc pas raciste peut-être?

Le caractère antisémite des anti-dreyfusards par contre, ne fait aucun doute. Ferry n’a pas connu cette affaire mais les républicains français se sont battus pour l’égalité des hommes peu importe leurs origines.

Ceci dit l’idée de l’unité de la race humaine ne date pas des Lumières ou du 18e. Elle est présente par exemple dans l’architecture de la basilique de Vézelay où tous les peuples de la terre sont fictivement représentés. Il y a de même une vision universaliste de l’homme chez les stoïciens, certains passage de l’Ancien Testament et effectivement dans l’Évangile.

Les adversaires de la liberté du Québec comme de celle de la Wallonie auront toujours la tentation de nous dire que nous sommes “racistes” dans la mesure où notre aspiration brise une unité humaine (la belge ou la canadienne).

Je crois que c’est pour cela que Landry a perdu les élections car Charest est parvenu à l’attirer dans le piège à la fois de ne pas approuver ni désavouer Parizeau censé s’être exprimé comme en 1995 après le référendum, lors du “débat des chefs”. Cet accident médiatique m’a très fort impressionné car je me dis que la démocratie ne peut pas tenir qu’à une erreur commise face à la télé...

José Fontaine

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dimanche 13 juillet, 2003 17:40

 La Marseillaise du Wallon Georges Simenon

La Marseillaise du Wallon Georges Simenon en ce 14 juillet

Cette année est le centième anniversaire de la naissance de Georges Simenon, l’écrivain de langue française le plus lu dans le monde, un Liégeois, un Wallon.

C’est le Professeur Jacques Dubois qui a été chargé d’éditer l’oeuvre de Simenon à « La Pléiade ». Jacques Dubois est connu mondialement comme un des linguistes du « Groupe de Liège ». C’est un ami de la revue TOUDI et il fut à l’origine il y a vingt ans du « Manifeste pour la culture wallonne », texte fondateur pour la revue TOUDI.

On sait que le grand roman de Simenon est « Pedigree » qui a Liège comme cadre : c’est le plus grand roman que Liège ait inspiré pense le Professeur Piron.

Voici comment Philippe Raxhon commente la façon dont la fin de la guerre de 1914-1918 est annoncée à Liège.

[citation de Raxhon commentant Simenon]

"Simenon va littéralement mettre en scène – au sens propre comme au sens figuré – cette annonce magistrale, inespérée, avec pour vecteur un comique troupier ridicule qui interrompt sa chanson, interpellé par ”un personnage vêtu de noir”. Le comique est alors transfiguré, et se met à chanter LA MARSEILLAISE.

La force mémorielle de ce chant d’origine révolutionnaire, hymne national du vainqueur français, s’impose en premier lieu sur la Brabançonne [NDA : l’hymne belge]. Il en est de même avec les couleurs du drapeau, français d’abord et belge ensuite. LA MARSEILLAISE retrouve sa fonction de chant universel de liberté, qui est l’une de ses principales caractéristiques."
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[citation de Simenon de « Pedigree »]

« Un moment, personne n’en croit ses yeux ni ses oreilles. D’un geste emphatique, le troufion a arraché sa perruque rousse et rejeté en arrière ses cheveux bruns. Du revers de sa manche, il efface son masque niais. C’est un homme au visage intelligent, qui lance à pleins poumons :

- Aux armes citoyens
- Formez vos bataillons...

Personne ne tient en place. On se lève sans savoir pourquoi, parce qu’il est impossible de rester assis, parce que quelque chose vous transporte. Les yeux picotent. Les voix tremblantes répètent le syllabes de LA MARSEILLAISE. »

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La scène se passe sans doute le 11 novembre 1918 à Liège. Quatre années auparavant, dans ma ville natale de Dinant, mes concitoyens de 1914, voyant les Allemands rejetés de Dinant et de son fort, entamèrent avec l’armée française des dizaines de fois la même Marseillaise, fraternisant avec les soldats. Il est certain que ce fait, dont les Allemands eurent facilement connaissance (un tel chant emplit la vallée à Dinant d’une immense rumeur), fut à l’origine du massacre de 677 civils dont des enfants en bas âge, des femmes et des vieillards. Chez les plus vieux Dinantais que j'ai connu, il y avait souvent des portraits de soldats français, des grands généraux. Moi-même en digne fils de Dinant et de la Meuse, j’ai chanté des milliers de fois la Marseillaise, à la fois par amour de la France mais aussi et surtout  par amour de la République.

Voilà comment  je voulais rappeler aujourd’hui que la Wallonie aime la France. Comment je voulais rappeler à quel point ce que la Wallonie peut créer d’elle-même enrichit le patrimoine de la Francophonie mondiale, en ce compris le lien qui se crée entre tout ce qui est français, québécois, sénégalais, arabe, kabyle, juif, haïtien, acadien, louisianais, mauricien, berbère, congolais, luxembourgeois, romand, algérien, marocain, tunisien et (en étant injuste pour ceux que je devrais pas oublier mais que je ne peux citer), une certaine idée de la France à laquelle nous nous déclarons tous, de la Francosphère, profondément fidèles !

VIVE LA FRANCE !

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vendredi 18 juillet, 2003 08:23

Drapeau du Québec au Parlement wallon

J’interviens moins pour le moment car je reçois maman à la maison qui demande des soins et d’autre part, nous sommes lancés avec des intellectuels dans une action qui doit déboucher sur la remise d’une revendication au Parlement wallon.

Nous avons été reçus par le Président du Parlement wallon qui, sur son bureau, a deux drapeaux: celui du Québec et  celui de la Wallonie, les deux mêmes drapeaux que je mets à l’arrière de mon véhicule (sous forme d’autocollants), ce qui correspond à une génération du mouvement wallon (le Président du parlement a 61 ans et moi-même 57), qui pourrait être réactivée.

José Fontaine

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vendredi 18 juillet, 2003 10:43

Royauté/République ?

Bonjour monsieur Fontaine

Merci et félicitations pour honorer le Drapeau de Québec.

Comment vous situez-vous en regard de la fête nationale Belge et ce Xième anniversaire du Roi Albert II qui s'amorce en fin de semaine?

J'espère que vous passez un bel été malgré vos nombreuses occupations!

Une grosse bise du Québec par delà la mer, à tous vos concitoyens

Valérien Lachance

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Belgique: Les évêques félicitent le Roi et invitent à la prière

CITÉ DU VATICAN, Jeudi 17 juillet 2003 (ZENIT.org) - À la veille de la fête nationale belge, et de la fête pour le Xe anniversaire du règne du roi des Belges, Albert II, qui durera deux jours, les évêques catholiques de Belgique félicitent le roi et invitent les fidèles à la prière.

Alors que l'on s'apprête à célébrer le dixième anniversaire du règne du Roi Albert, les Évêques catholiques de Belgique ont envoyé un télégramme au souverain pour le féliciter. Ils le remercient pour « son service de la nation » et l'assurent du « soutien de leurs prières ». Les évêques demandent également à tous leurs fidèles de prier pour le Roi au cours des liturgies dominicales du 20 juillet, indique l'agence catholique belge "Cathobel" (www.cathobel.be).

Ce dimanche 20 juillet au Palais d'Edgmont, débuteront les festivités marquant les 10 ans de règne du Roi. Une fête qui durera deux jours et à laquelle sont invités tous les Belges. Parades en vélo, moto ou Rollers, concert classique, bal populaire, visites de musées, il y en aura pour tous les goûts. En apothéose, le 21 juillet à 23h45, un spectacle pyro-musical éclairera le ciel de Bruxelles.

Alors donc que « toute la nation belge se joint à la célébration de ce jubilé », les Évêques catholiques de Belgique ont envoyé leurs félicitations au Roi. Ils ont ainsi invités les fidèles à prier pour leur Souverain.

Les « Te Deum » du 21 juillet

Mais le 21 juillet, il sera également question de Messe pour la famille royale. A l'occasion de la Fête Nationale, le Roi et la Reine, la Reine Fabiola assisteront au Te Deum solennel chanté en la Cathédrale des Saints Michel et Gudule à Bruxelles.

Quant au Prince Philippe, il se rendra au Te Deum célébré en la Cathédrale Saint-Aubin à Namur. La Princesse Astrid et le Prince Lorenz, le Prince Laurent et la Princesse Claire assisteront respectivement au Te Deum en la Cathédrale Saint-Salvator à Bruges et en l'Eglise Saint-Nicolas à Eupen. Dans l'après-midi, tous les Membres de la Famille Royale assisteront au défilé militaire sur la Place des Palais à Bruxelles.

Le sixième Roi des Belges

Le Roi Albert II est né à Bruxelles, au Château du Stuyvenberg, le 6 juin 1934. Fils du Roi Léopold III et de la Reine Astrid Il, il a reçu le titre de « Prince de Liège » à sa naissance.

Depuis sa fondation en 1831, la Belgique est une monarchie constitutionnelle héréditaire. Le Roi, que la Constitution place au-dessus des considérations idéologiques et religieuses, des opinions et débats politiques et des intérêts économiques, a un rôle d'arbitre et de gardien de l'unité et de l'indépendance du pays.

Le 2 juillet 1959, il a épousé la princesse italienne Paola Ruffo di Calabria. Ils ont trois enfants : le Prince Philippe (né le 15 avril 1960), la Princesse Astrid (née le 5 juin 1962) et le Prince Laurent (né le 19 octobre 1963).

Le Prince Philippe et son épouse, la Princesse Mathilde, ont une fille, la Princesse Elisabeth. La Princesse Astrid et son mari, le Prince Lorenz, ont cinq enfants : le Prince Amedeo, la Princesse Maria Laura, le Prince Joachim , la Princesse Luisa Maria et la Princesse Laetitia Maria.

Après le décès de son frère, le Roi Baudouin, le Prince Albert a prêté serment devant les Chambres réunies le 9 août 1993 comme sixième Roi des Belges.

Le site des célébrations pour les dix ans de règne du Roi Albert II est le suivant : www.albert2.be

Le site officiel de la monarchie est : www.monarchie.be

ZF03071706

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vendredi 18 juillet, 2003 13:31

Re-Royauté/République

Je suis un catholique républicain, partisan de la laïcité, déçu (mais j’ai l’habitude) de l’appel des évêques.

Au moment où vous m’écrivez d’ailleurs, je reçois une lettre circulaire d’un autre catholique tout aussi vivement opposé à cette initiative des évêques.

On peut dire que le peuple wallon s’est défini le plus fortement en juillet 1950 quand il est parvenu au cours de journées sanglantes d’insurrection à renvoyer le père du roi actuel.

La monarchie est en somme, dans un pays comme le nôtre, une sorte d’entité sur laquelle on peut projeter toutes sortes de croyances comme par exemple la croyance qu’elle maintient l’unité des Belges ou empêcher leurs affrontements de tourner mal.

Ce qui est une formidable contre-vérité.

La cité humaine repose sur les hommes eux-mêmes et non pas sur quelque chose qui se présente comme venant de l’extérieur de la société elle-même. En tant que citoyen, si vous voulez, je suis athée. Et je revendique tant pour les Flamands que pour les Wallons la capacité de créer entre eux les compromis permettant à chaque peuple de s’acheminer vers son indépendance.

On pourrait appliquer à la monarchie la critique que Feuerbach fait à l’idée de Dieu, soit que les hommes projettent sur cette idée de Dieu les puissances, les forces, les aptitudes qu’ils ont eux-mêmes et dont ils s’aliènent (se représentent comme en en étant dépourvus).

La monarchie dans la mesure où symbolisant la Cité, elle semble devenir la force qui la fonde, est contradictoire de la citoyenneté, très profondément. En plus, la royauté belge a freiné tant qu’elle a pu la marche tant de la Wallonie que de la Flandre vers l’autonomie.

Je considère la monarchie belge comme l’ennemie du peuple wallon et la fête nationale belge rendue “populaire” (ce qu’elle n’était pas auparavant car elle ne commémore que la consécration de l’Ordre), comme l’un des derniers soubresauts d’une Belgique que je déteste autant que vous ne détestez le Canada.

Ou bien nous mettrons fin à la Belgique, ou bien la Belgique mettra fin à la Wallonie.

La revue que je dirige est d’ailleurs la seule grande revue républicaine en Wallonie et nous sommes connus pour être à l’avant-garde du combat wallon et républicain.

Mais ce n’est pas sans tout un cheminement que nous sommes parvenus à fonder cette revue puis à lui donner cette orientation républicaine. La République c’est en somme le meilleur contre-modèle du néolibéralisme puisque la république, comme le disait Hugo, c’est acte de confiance de l’humanité en elle-même.

En tant que catholique cela ne me dérange pas puisque “Gloria Dei, homo vivens”, “la Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant”.

Cordialement,

José Fontaine

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vendredi 18 juillet, 2003 23:25

Re-Royauté/République

Bonjour José Fontaine, très intéressant pour moi votre dernier message. J'ignore tout de la Belgique (et je ne suis pas loin d'ignorer tout tout court, mais je peux apprendre).

Je commence à m'intéresser au côté tres concret des choses, trop porté à mon adolescence surranée à l'exode dans le désert de l'intellectualité pure ou à l'isolement social de l'émigration psychologique, mais je me soigne... Votre message, je vous l'assure est du plus grand intérêt pour notre cause. La Monarchie constitutionnelle, ça nous connaît, nous y sommes au Canada. Ce n'est guère que sous des formes de symbolique creuse que nous sommes immergés dans la Monarchie constitutionnelle britanique, mais elle est néanmoins réelle.

Je pense vous saisir avec justesse. Mais je ne suis pas entièrement d'accord avec vous. Permettez-moi une tentative d'explication...

Le fondement de l'ordre social et de l'exercice du pouvoir politique est rien d'autre que la dignité humaine. L'homme en tant que nature rationnelle et libre; nous ne sommes pas que cela bien-sûr, mais c'est par la raison et la volonté que nous atteignons l'universel, et le bien commun d'une communauté de personnes, quelle qu'elle soit, exige que nous nous situions dans l'universel. Le tout premier devoir d'un gouvernement est de rendre possible l'exercice du devoir incontournable de l'atteinte de l'universel de tout citoyen par la participation librement solidaire à la "chose publique" (res publica), qui met toujours en scène le bien commun de l'État, et en ce sens je suis républicain. Pour accomplir ce devoir de participer librement et solidairement à la res publica, le citoyen doit se posséder lui-même et donner de lui-même, et c'est là le fondement du droit à la propriété privée, absolument essentiel à l'ordre social bien compris. C'est pourquoi le marxisme est "intrinséquemment pervers" comme le disait Pie IX si ma mémoire est bonne.

Le marxisme est cependant une certaine compréhension de ce que constitue une république. Mais, en un mot!, Marx a tout faux parce qu'il ne comprend pas l'homme! L'homme n'est pas égoïste par nature, l'homme est naturellement porté au bien, au vrai, au beau, au juste. L'histoire des Civilisations, c'est l'histoire d'hommes dénaturés. Ce n'est pas que l'homme soit un loup pour l'homme (Hobbes) c'est que l'homme oublie d'être homme. Or, ce n'est pas par l'élaboration d'un système politique (marxisme) qui empêche l'homme d'être lui-même qu'on le rend bon, c'est en changeant son coeur en l'éduquant avec amour pour qu'il se connaisse lui-même. Ce n'est pas non plus en protégeant par des droits individuels désolidarisants l'homme dénaturé (le libéralisme et l'inflation absurde du droit à la propriété privée, sans aucune référence positive au devoir de solidarité), qu'on lui permet d'être bon.

Suffit pour l'instant, je poursuivrai si mon point de vue vous intéresse

Au plaisir de vous lire

Daniel Couture

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samedi 19 juillet, 2003 05:57

Re-Royauté/République

Cher Daniel Couture,

Merci de vos questions et objections. En un sens, il n’y a pas plus opposé au marxisme que l’esprit républicain bien que Jaurès, homme de synthèse, les ait rendus plus que compatibles, alliés, de même que le sens de la patrie et l’internationalisme socialiste et même socialisme et spiritualité.

On passe parfois de mauvais moments comme ce matin avec des déclarations quasiment royalistes d’un ministre du Gouvernement wallon qui fut parfois plus critique.

Mais c’est le cas de tout militantisme,

José Fontaine

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samedi 19 juillet, 2003 18:20

Re-Royauté et République

C’est sans doute vrai que le mot “despotisme” appliqué à une monarchie réelle est exagéré. Montesquieu considérait le gouvernement monarchique comme légitime et même Rousseau, en fait, légitime même d’un point de vue démocratique. Il faudrait expliquer cela car cela semble paradoxal mais pour Rousseau le pouvoir souverain peut être exercé directement (démocratie directe) ou par des représentants ou par un seul (ce qui me semble être la monarchie mais évidemment, c’est à voir, je me trompe peut-être).

Ce que cependant ne connaissent pas les monarchies c’est ce que Kant et Habermas appellent “Öffentlichkeit” soit un mot allemand composé de l’adverbe öffentlich (ouvertement) mais substantivé, qu’on pourrait donc traduire par ouvertement-ité (mais le français ne forme pas de substantifs comme cela). Il y a d’ailleurs un mot en français pour désigner cela: la publicité que l’anglais reprend.

La “publicité” ce n’est pas la réclame mais le fait de faire les choses ouvertement. Au fronton de l’Hôtel de Ville de Verviers, il ya cette phrase “Publicité, sauvegarde du peuple”. La publicité, c’est la liberté du débat, le fait que les décisions politiques doivent être soumises au débat. Et de fait cette idée est une garantie extraordinaire. Car je pense comme Kant qu’il est difficile (impossible) de pouvoir défendre publiquement une action immorale, allant clairement contre le bien commun disons.

La publicité me semble être l’essence même de la démocratie, plus même que les élections (qui sont parfois vues comme aristocratiques). À Athènes les magistrats n’étaient d’ailleurs pas élus, le peuple votant les lois et les magistrats étant désignés par le sort. L’élection est aristocratique quelque part car elle désigne un candidat certes par le peuple mais pour des raisons qui le distinguent du peuple, “aristocratie” qu’évite la désignation par le sort (dans ce cas, le magistrat qui est en place, ne doit rien au peuple et le peuple ne lui doit rien, ne l’a pas érigé dans sa position distinctive).

La désignation par le sort, c’est une idée peut-être difficilement applicable mais tous les grands penseurs des Lumières estimaient que l’élection n’était pas démocratique, curieusement.

Les Lumières ne sont nullement athées ou pas nécessairement. Les deux plus grands penseurs des Lumières sont Rousseau (Suisse romand, Genevois) et Kant (Prussien). L’un et l’autre croyaient profondément en Dieu. Je les ai lus tout entiers quand je faisais mes études. Ou presque. C’est la plus belle part de l’esprit européen en sa partie “française” (quoique Rousseau n’était pas français) et allemande.

José Fontaine

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samedi 19 juillet, 2003 08:58

Re-Royauté/République

Monsieur Fontaine, merci...

Je poursuis un peu, simplement. Bien sûr

"En un sens, il n’y a pas plus opposé au marxisme que l’esprit républicain".
Mais, selon mon point de vue, le véritable esprit du républicanisme n'est pas opposé à la monarchie, bien que je ne prenne pas la forme de gouvernement républicaine dans son sens usuel. Comme je ne connais pas l'histoire récente de la Belgique, je ne peux pas étayer mon propos de faits circonstanciés, je ne peux parler "qu'en principe", et je pense que cela peut vous intéresser.

Je pense qu'il faut être très attentif à ne pas confondre la véritable participation solidaire et libre dont je parlais dans mon message précédent avec ce qui en est que l'apparence dans les démocraties libérales actuelles issues des Lumières. La dictature financière et la disparité monstre dans la répartition des richesses entre les peuples, alors qu'on aurait tous les moyens de les distribuer avec justice, sont des signes indubitables d'une désolidarisation inter-nationale que tend à confisquer l'universel du bien commun dans le particularisme individualiste d'État-Empire.

L'avénement des démocraties libérales et du communisme de tout crin est une réaction systématique historique au pouvoir personnel des Monarques. Ça se comprend très bien, effectivement, peu de gouvernement monarchique ont favorisé la libre participation solidaire à la res publica.  Mais faisons attention aux faussetés de la propagande moderniste au sujet des abus du pouvoir personnel des rois. Contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, les rois, le roi très-chrétien de France en tête de liste, était des hommes qui se connaissaient eux-même pour la plupart. On les considère comme des fieffés despotes sanguinaires et débauchés sans vision aucune, comme dans le film de "La reine Margot", alors que la plupart étaient foncièrement bons et généreux. L'appareillage techno-industriel qui façonne notre monde n'existait pas avant le XIXe siècle et on ne peut pas juger de la légitimité de l'exercice du pouvoir des "gouvernements anciens" avec des catégories qui appartiennent au règne de la quantité actuelle. La matérialisation désormais connaturelle à notre existence nous aveugle: en fait, les remèdes systématiques aux abus de pouvoir personnel des rois est bien pire que le mal qu'on voulait corrigé. Le pouvoir politique sera toujours exercé "personnellement", qu'on masque cette réalité par une collectivisation théorique de la souveraineté du pouvoir n'y change rien. L'exercice personnel du pouvoir est toujours déterminé par la conception que le gouvernant a de lui-même et des personnes qu'il gouverne.

N'a-t-on rien appris de l'émergence des totalitarismes de l'humanisme athée ? Ne dîtes pas que vous êtes athée pour ce qui regarde la chose publique, non ne dîtes pas cela, car l'humanisme athée conduit tout droit à la déraison totalitaire. Car il n'y a pas de lieu à la solidarité participative et à la véritable liberté sinon dans la transcendance de l'intériorité de la dignité naturelle de l'être humain, là où le bien, le vrai et le juste puisent leur source, c'est-à-dire dans l'Universel Absolu de l'Être, dans l'Un, en un mot, en Dieu.

Daniel Couture

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mercredi 23 juillet, 2003 08:24

Re: Sans l'État point de citoyens !

Réflexion judicieuse mais peut-être aussi parce que la pensée unique et le néolibéralisme sont des pensées faibles, même si elles s’imposent, dès lors, il suffit de réfléchir un peu.

Hier, j’ai montré à mon ami de Québec cet endroit de la Meuse où, le 13 mai 1940, les blindés allemands ont passé la Meuse réputée infranchissable. Un enfant aurait pu le voir... Il y a une île au milieu du fleuve et des infrastructures (retenue d’eau sur la rive droite et écluse sur la rive gauche), qui font que des fantassins passent  facilement sinon même des blindés (cela je n’en suis pas sûr).

Les erreurs que les gens supposés experts commettent sont parfois énormes (les nôtres aussi).

JF

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mercredi 23 juillet, 2003 09:51

Re: Gaffe américaine

De Gaulle n’était pas anti-américain. On le voit lors de ses voyages aux USA où manifestement il se plaît, y compris dans ce que les USA ont de familier. Je me demande d’ailleurs si le côté américain du Québec ne lui plaisait pas aussi.

De Gaulle s’est opposé constamment aux USA. Mais il n’était pas anti-américain. Je ne suis pas du tout certain que l’Europe est anti-américaine alors que JF Revel le dit.

Il y a eu au contraire une immense retenue dans la critique faite aux Américains, au point que “le Monde” commençait toujours (ou souvent) par “nos amis américains”. Il me semble que l’opposition européenne aux USA est politique et non pas une hostilité haineuse aux Américains en tant que tels. Voilà ce que je crois.

On peut ajouter à cela que les critiques faites en Europe et sans doute au Québec sont souvent partagées par des Américains eux-mêmes. Il arrive que ma revue critique Sharon. Récemment deux Juifs m’en ont fait la remarque disant qu’il y avait un climat antijuif en Wallonie. Mais est-ce le cas? Je ne le pense pas. On peut être dérangé par la politique d’Israël.

J’avoue que cela me dérange qu’on ait tué les fils de Saddam. Est-ce parce qu’ils détenaient des armes de destruction massive?

JF

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jeudi 24 juillet, 2003 14:31

Fédéralisme canadien

C’est curieux mais dès que je vois des possibilités d’extension de l’autonomie québécoise, j’ai envie de dire: profitez-en et puis à partir de la position conquise, allez plus loin! Tellement je vois cela fonctionner dans l’État belge où en 23 ans on est passé d’’une autonomie = zéro à une autonomie de 15 milliards d’EURO comprenant des pouvoirs internationaux et impliquant en fait des éléments très clairs de confédéralisme.

Mais, bon! je sais que le Québec et le Canada sont différents...

José Fontaine

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jeudi 24 juillet, 2003 17:26

Re : Fédéralisme canadien

Je devine aussi que les Canadiens cherchent à vous fourrer mais je n’arrive pas à oublier les accords du Lac Meech  car nous, c’est dans une procédure de ce genre que nous avons eu l’autonomie et la Flandre aussi malgré les résistances belges.

Ceci dit, je n’assimile pas les deux cas, je les compare et on ne compare jamais que des choses différentes...

José Fontaine

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mercredi 30 juillet, 2003 10:00

Homophobie

Il m’est arrivé que plusieurs élèves masculins, dans un cours que je donne sur la liberté, me disent que, pour eux, le plus grand acte libre a été d’assumer leur homosexualité.

Un jour dans un autre cours, j’explique la définition du dialogue selon Jean Lacroix (le philosophe français qui était responsable de la rubrique “philosophie” dans “Le Monde”): “on ne peut dialoguer avec quelqu’un que si l’on éprouve la tentation d’épouser son point de vue.” Une élève me dit alors pour me contredire: “Ce n’est pas parce que j’ai une amie lesbienne que je vais éprouver la tentation de l’être.” C’était une remarque qui m’a un peu surpris mais je me suis souvenu alors d’un film où l’on voit un couple d’homosexuels masculins dont l’un contracte le SIDA. Son partenaire le soigne jusqu’à la mort et l’aime jusque dans sa dégradation physique. Cela m’a fait comprendre que l’amour homosexuel, comme l’amour hétérosexuel, même s’ils sont physiques ne le sont pas seulement. Et je raconte cela aux élèves en leur disant ce que j’avais compris en commençant par l’aveu “Je vais vous avouer quelque chose, je suis hétérosexuel mais...” (ce qui fit rire les élèves).

Le “mais” signifiait que tout en n’éprouvant aucun attrait pour l’homosexualité, je peux comprendre en profondeur que cet amour est aussi de l’amour authentique, peut l’être en tout cas.

Si l’on parle de décadence à ce propos, j’hésite quand même. Au Moyen-Âge, on brûlait les homosexuels pris en flagrant délit. Je pense que notre époque est plus morale que les autres sur le plan sexuel car attentive à réprimer seulement ce qui dans la sexualité blesse l’autre gravement (viol, pédophilie n’ont jamais été aussi réprimés qu’aujourd’hui). Peut-être que cette pensée me fait supporter une certaine impudeur contemporaine où les “bêtes à deux dos” se multiplient quand même parfois facilement sur les écrans et où les divers “lofts” écoeurent un peu ou même beaucoup...

Ceci dit dans le monde chrétien et le monde tout court, l’homosexualité a été longtemps vue comme une perversion condamnable. Je me souviens de la réticence qu’avait eue la revue française ESPRIT (pourtant très ouverte) à publier le témoignage d’un homosexuel chrétien. De sorte que je peux comprendre aussi les réticences que l’on a vis-à-vis d’une attitude libérale. Enfin, l’homosexualité existe aussi dans le monde animal. Je le dis parce qu’il y a cette argumentation chez Ratzinger selon laquelle, l’homosexualité n’est pas “naturelle”,

José Fontaine

Certes, ceci n’est pas le sujet du Québec libre mais une société plus ouverte est aussi une société plus forte, je pense.

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vendredi 1 août, 2003 12:37

Pour une fois d'accord avec Jean Chrétien

Je suis moi-même catholique pratiquant et profondément croyant mais je ne vois pas ce qui moralement peut condamner l’amour entre deux personnes ayant un penchant homosexuel qu’elles ne peuvent pas nier sans se détruire elles-mêmes. Il y a depuis l’antiquité grecque les témoignages de la beauté de cet amour et même, chez Platon, de ce qu’il peut être le tremplin des plus hauts élans spirituels comme l’amour entre un homme et une femme chez Dante ou dans le Cantique des cantiques.

Il n’est pas question d’adopter une attitude libérale pour aller dans le sens du courant, mais il est question de morale justement, au sens le plus élevé du mot. Il n’y a pas que la sexualité qui blesse gravement (viol, abus d’enfants) ou tue qui soit à condamner civilement. Quant à ce qui est répréhensible moralement, c’est plus difficile à dire. On peut trahir gravement une amitié. Ce n’est pas condamnable devant les tribunaux. Négliger ses enfants ou ses parents etc.

Il me semble que le Québec doit s’adapter à une société où la morale catholique (si tant est qu’il s’agisse d’elle, je me permets d’en douter...) ne domine plus. Pour cette raison, je trouve qu’interdire l’avortement dans la Constitution américaine a quelque chose d’assez abject alors que l’on sait que les USA sont aussi le pays démocratique où se perpètrent le plus d’exécutions capitales, la peine de mort ayant été abolie dans tous les pays d’Europe dont la criminalité est plusieurs fois inférieure à celle des USA.

L’identité du Québec me semble être aussi de résister à la malsaine religiosité américaine.

Tantôt, nous entendions encore à la radio, l’appel de Saddam Hussein à la guerre  au nom de Dieu etc. Je pensais à ceci que dans ses innombrables discours de guerre, le général de Gaulle – lui-même catholique – ne fit, je le pense, jamais référence à Dieu dans ses principaux discours. Il vint simplement chanter avec le peuple de Paris le Magnificat à Notre-Dame le jour de la libération.

“Mon âme exalte le Seigneur/ (...) Car il dépose les puissants de leurs trônes”

Un chant de circonstance,

José Fontaine

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vendredi 1 août, 2003 14:26

 Pour une fois d'accord....

J’ai un peu peur que cette discussion n’éloigne du Pays du Québec à faire. Les homosexuels que je connais sont attirés par les personnes du même sexe comme nous sommes attirés par les personnes de l’autre sexe...

D’une certaine façon, je souhaite que le modèle de l’amour reste quand même l’amour entre homme et femme mais il n’est pas besoin que ce modèle écrase l’autre amour possible.

Il y a bien des révolutions qu’on appréhende parfois en fonction de ce que l’on sait. La mixité dans le travail n’a pas entraîné la débauche, au contraire même dirais-je. Dans les écoles par exemple, les élèves jugent que l’on peut faire de différence qualitative entre un enseignant féminin ou masculin.

À tort ou à raison, de mon vieux pays d’Europe je perçois quand même le Québec comme moderne, à la pointe de toute une série de choses en sciences humaines comme en pédagogie par exemple.

Je vous dirais aussi que notre manière de voir les choses – que nous soyons ou non croyants – reste profondément imprégnée de la vision chrétienne de la réalité, par exemple en ce qui concerne le respect de la personne par exemple. Il y a dans la laïcité même hostile à la religion quelque chose qui a une source religieuse, mentalement je veux dire, intellectuellement, au niveau des visions profondes. Cela ne me fait pas dire que ces incroyants seraient des chrétiens sans le savoir, ce n’est pas du tout ce que je veux dire.

Peut-être que le monde contemporain est plus proche des valeurs de l’Évangile que jamais aucune époque ne l’a été.

La question que je me pose c’est de savoir comment un être humain se tient debout aujourd’hui. Il me semble que c’est notamment en se vouant à la Cité comme par exemple dans le combat pour la liberté du Québec. Ce combat met l’être humain debout.

José Fontaine

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vendredi 1 août, 2003 18:15

 Pour une fois d'accord

Je vous comprends sur ce point, Daniel. Évidemment qu’une femme... Enfin, bref, mais c’est l’altérité absolue, un mystère etc.

Et j’aime aussi ce que dit mon ami Dany Leblanc sur nos sociétés pas assez ouvertes à l’enfant sauf le Québec avec au moins es garderies à 5 $ que remet en cause Charest, si je ne m’abuse, ce qui est un peu un crime...

JF

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mardi 5 août, 2003 09:47

Sens du dialogue

A 16:00 2003-07-30 +0200, José Fontaine a écrit :

Un jour dans un autre cours, j'explique la définition du dialogue selon Jean Lacroix (le philosophe français qui était responsable de la rubrique philosophie dans Le Monde ): on ne peut dialoguer avec quelqu'un que si l'on éprouve la tentation d'épouser son point de vue. Une élève me dit alors pour me contredire: Ce n'est pas parce que j'ai une amie lesbienne que je vais éprouver la tentation de l'être.
[Alain]  En fait, il ne s'agit pas strictement de « tentation d'épouser le point de vue de l'autre » mais de l'acte légitime (et courageux, car ce que l'on ne veut pas admettre au préalable n'est pas toujours rassurant) d'essayer de le comprendre avant de laisser libre cours à des idées superficielles (généralement appelées préjugés, qui cachent souvent une grande vulnérabilité, une peur d'être attaqué au point de ne pouvoir s'en relever) qui ne rejoignent peut-être même pas ce qui se cache au plus profond de notre âme (et qui n'est pas nécessairement rassurant, comme je le disais)... Curieusement, la citation de « Verba volant » de ce matin, très lucide selon moi, reflète ceci :
« Toute personne, quand elle lit, lit en elle-même. L'oeuvre de l'écrivain n'est qu'une sorte d'instrument optique proposé au lecteur pour lui permettre de discerner ce qui [ALB : ce que ?], sans cela, il n'aurait jamais vu. »
                        -Marcel Proust
Alain LaBonté

Québec

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mardi 5 août, 2003 10:30

Sens du dialogue

Bonjour monsieur Labonté,

 J'aime bien vous lire ce matin.

(...)

J'ai retenu depuis longtemps une phrase semblable exprimée autrement:

"Lorsqu'on lit, qu'on regarde ou qu'on écoute, il  y a toujours un oeil ou une oreille tournée vers l'intérieur qui  scrute et qui cherche  une  correspondence ! "

Et j'ajoute, c'est là qu'on exprime son accord ou son désaccord, selon la correspondence intérieure avec ce qu'on lit ou entend !

De là la nécessité de travailler autant que possible  à sa réforme intérieure qui n'est autre que la connaissance et l'application des lois universelles inscrites dans la Bible.  Pas facile.

Le travail sur soi, est une entreprise plus difficile à réaliser que faire l'indépendance du Québec. C'est là que la résistance est la plus forte.

Valérien  (Lachance)

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mardi 5 août, 2003 15:45

Sens du dialogue

(...)

[Alain]  En fait, par contre, il y a hélas peu de lois universelles, ni même de morale universelle, si ce n'est l'instinct de conservation, qui se manifeste à l'échelle individuelle et aussi à l'échelle collective (selon certaines théories, une société forme aussi un individu à une échelle qui nous dépasse, tout comme en tant qu'individu, notre corps dépasse la conscience des cellules individuelles qui le composent).

Cela dit, la Bible est certainement un ouvrage monumental de l'Humanité, sur le plan moral. On y trouve de tout.  Mais ce n'est pas le seul ouvrage monumental de l'Humanité en la matière. Il est très respectable (et à la base de trois grandes religions qui ont marqué les civilisations ocidentale et orientale), mais il ne doit pas nous éloigner du respect dû aux autres ouvrages.

Alain LaBonté
Québec

P.-s. : la semaine dernière je me faisais la réflexion humoristique (mais l'est-elle vraiment ?) suivante :

« Il y a trois personnes en Dieu : Jéhovah ou le Père, Jésus ou le Christ, et Allah ou l'Esprit-saint »...

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mercredi 6 août, 2003 07:46

Re-Sens du dialogue

La citation de Proust fait penser à saint Augustin qui disait (la citation est très belle en latin et on peut la comprendre facilement mais j’ai oublié): “Dieu m’est plus intime à moi-même que moi-même.” Comme toute citation religieuse, celle-ci est susceptible d’une interprétation athée que j’expliciterais comme suit: ce que nous sommes en profondeur est plus profondément logé au coeur de notre esprit que ce nous croyons être en superficie.

Je rapprocherais aussi cela de la fameuse phrase qui est aussi bien chez Platon que chez Augustin ou pascal: “Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé.” Le raisonnement de Platon est celui-ci: quand on se met à la recherche de quelque chose, c’est qu’on l’ignore, mais comment se fait-il alors que l’on sache qu’on a trouvé quand on trouve...

Curieusement, Marx a dit quelque chose de semblable mais qui s’exprime dans les phénomènes sociaux et qui est très optimiste: l’humanité ne se pose que les questions qu’elle est en mesure de résoudre (tu ne chercherais pas la solution, l’attente de la solution n’existerait pas si on ne la pressentait pas).

On pourrait peut-être appliquer cela au Québec. La solution de l’indépendance n’a-t-elle pas été envisagée à partir du moment où cette solution a pu être imaginée comme possible, soit en raison de l’affaiblissement du sentiment impérial britannique, soit avec la “revanche des petites nations” selon Paquin. Il y a de fait quelque chose de vrai chez Paquin quand il dit que les petites nations, du fait d’un certain dépassement de l’État-nation au point de vue économique (alliances continentales) et militaires (alliances militaires multinationales), qui fait que de petites nations peuvent se passer plus facilement d’un État protecteur. Il donne l’exemple de la Catalogne et de l’Écosse. Mistral pensait aussi que la France pourrait devenir fédérale au moment où seraient réglés les conflits européens. Cette prédiction rappelée en 1978 par un nationaliste occitan ne me semble pas se réaliser. Mais l’Union européenne facilite en tout cas l’évolution progressive de la Wallonie et de la Flandre vers l’indépendance.

Peut-être que le Québec ne profite pas d’évolutions de ce genre étant dans un continent avec deux pays qui sont des demi-continents et les USA étant à eux seuls une sorte d’alliance continentale. C’est la difficulté peut-être du Québec mais elle ne me semble pas insurmontable du fait de ce que je perçois toujours comme une mobilisation extrême de la population, dont peut-être les Québécois n’ont pas idée: l’usage de mots comme “Assemblée nationale” par exemple, les statues de Lévesque, le fait qu’il y ait une “scène” québécoise, ce sont tout de même des choses très fortes.

José Fontaine

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mercredi 6 août, 2003 08:38

Re-Sens du dialogue

Bonjour monsieur Fontaine.

Vos citations font mon émerveillement. J'ai retenu celle-ci en particulier.

"...ce que nous sommes en profondeur est plus profondément logé au coeur de notre esprit que ce nous croyons être en superficie."

Vous venez de mettre à jour ce que la majorité des hommes et des femmes ignorent aujourd'hui, et qui cherchent à l'extérieur d'eux-mêmes, le trésor enfoui dans leur coeur embourbé de broussailles et de débris de toutes  sortes.

 Au nom de l'écologie et pour assainir la terre, des groupes de jeunes nettoient les berges des rivières et des ruisseaux et entreprennent des campagnes d'assainissement et de dépollution de la terre; pourquoi ne pas se préoccuper de l'écologie du coeur, en brûlant les broussailles et les débris de notre coeur dans  l'incinérateur du pardon, du repentir, et de la reconciliation au nom de la paix et la joie des hommes et des femmes de la terre toute entière.

"Terre des Hommes"  Antoine de Saint-Exupéry

Expo-67 à Montréal

Valérien L (Lachance)

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mercredi 6 août, 2003 11:06

Re-sens du dialogue

A 13:46 2003-08-06 +0200, José Fontaine a écrit :

La citation de Proust fait penser à saint Augustin qui disait (la citation est très belle en latin et on peut la comprendre facilement mais j ai oublié): Dieu m est plus intime à moi-même que moi-même. Comme toute citation religieuse, celle-ci est susceptible d une interprétation athée que j expliciterais comme suit: ce que nous sommes en profondeur est plus profondément logé au coeur de notre esprit que ce nous croyons être en superficie.
[Alain]  Interprétation agnostique ou religieuse, mais pas athée.

[José]
 

On pourrait peut-être appliquer cela au Québec. La solution de l indépendance n a-t-elle pas été envisagée à partir du moment où cette solution a pu être imaginée comme possible, soit en raison de l affaiblissement du sentiment impérial britannique, soit avec la revanche des petites nations selon Paquin. Il y a de fait quelque chose de vrai chez Paquin quand il dit que les petites nations, du fait d un certain dépassement de l État-nation au point de vue économique (alliances continentales) et militaires (alliances militaires multinationales), qui fait que de petites nations peuvent se passer plus facilement d un État protecteur. Il donne l exemple de la Catalogne et de l Écosse. Mistral pensait aussi que la France pourrait devenir fédérale au moment où seraient réglés les conflits européens. Cette prédiction rappelée en 1978 par un nationaliste occitan ne me semble pas se réaliser. Mais l Union européenne facilite en tout cas l évolution progressive de la Wallonie et de la Flandre vers l indépendance.

Peut-être que le Québec ne profite pas d évolutions de ce genre étant dans un continent avec deux pays qui sont des demi-continents et les USA étant à eux seuls une sorte d alliance continentale. C est la difficulté peut-être du Québec mais elle ne me semble pas insurmontable du fait de ce que je perçois toujours comme une mobilisation extrême de la population, dont peut-être les Québécois n ont pas idée: l usage de mots comme Assemblée nationale par exemple, les statues de Lévesque, le fait qu il y ait une scène québécoise, ce sont tout de même des choses très fortes.


[Alain]  ... qu'hélas plusieurs Québécois rejettent encore avec mépris, il ne faut pas se le cacher !!! C'est là tout notre problème !!! Mais en fait, il n'y a que 10 % de la population, qui oscille comme une girouette au milieu de grands vents, qui décide... Car l'idée de l'indépendance est stable à 50 % ± ce 10 %.

Je le dis et je le répète, ce sont ces girouettes qu'il nous faut arrêter d'osciller. Le défi est de le faire non par la force, mais par la conviction profonde qui les fera devenir des gyroscopes -- facteurs de stabilité -- tout en continuant de tourner un peu. C'est tout un défi !!!

Alain LaBonté
Québec

P.-s. : extraits du Bibliorom Larousse :

gyroscope nom masculin
(gr. guros , cercle et skopein , examiner)
Appareil qui fournit une direction invariable de référence grâce à la rotation rapide d'une lourde masse autour d'un axe possédant un ou deux degrés de liberté par rapport au boîtier de l'instrument.

girouette nom féminin
(anc. normand wire-wite, avec infl. de l'  anc. v.girer , tourner)
1.Plaque de forme variable, mobile autour d'un axe vertical et fixée au sommet d'un toit ou d'un mât pour indiquer la direction du vent.
2.Fam.    Personne qui change souvent d'opinion.

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mercredi 6 août, 2003 12:12

Re-sens du dialogue

Merci à Valérien Lachance. Je suis d’accord avec Alain LaBonté de dire “agnostique” plutôt qu’athée.

Il me semble que notre vision du monde est “chrétienne” même chez les agnostiques, par exemple la notion de personne ou même de nation qui est plus ou moins liée à la notion de personne. Cela ne signifie pas que je veuille dire par là que ces personnes sont des “chrétiens sans le savoir” et je pense que nous commençons seulement à pouvoir parler de cela sereinement. Malraux se disait le premier athée non anti-religieux.

Le problème du Québec est peut-être aussi celui de tout pays. À l’appui de cela, je n’ai qu’un sondage fort artisanal. Lors d’une rencontre entre un Lycée de Reims et un Athénée (= lycée en Wallonie), de Liège, les Liégeois avaient proposé aux jeunes Français des sondages du type de ceux qu’on multiplie en Belgique pour y mesurer la force (ou la faiblesse) du sentiment national. Assez curieusement, les jeunes Français ayant le choix entre “européens”, “rémois” “français” (etc.), l’item “je me sens  français” (par exemple), n’était pas majoritaire.

Je me demande si la faiblesse (relative!) du OUI au dernier référendum sur l’indépendance ne pourrait pas se retrouver – mutatis mutandis – dans tous les pays du monde. Ce qui est curieux car la théorie des pays démocratiques c’est que la nation existe par le consentement du peuple. Or, je crois que ce consentement n’est jamais qu’implicite. Je ne dis pas d’ailleurs qu’il faudrait proposer aux Français, aux Italiens (etc.) la question: “Voulez-vous que l’Italie (la France etc.) demeure un pays indépendant?” Mais je pense que la réponse à ces questions a quelque chose de flottant même dans les pays apparemment les plus solides.

Bien que j’aie souvent dit cela, je le redis, je crois que le Québec sera le premier pays démocratique (libéral au sens politique du mot), à accéder à l’indépendance sur la base d’un référendum risqué comme tout vote est risqué en démocratie.

Chez nous, vu l’impossibilité de consulter la population belge par référendum (car les deux opinions publiques, la flamande et la wallonne, se contredisent sur beaucoup de points comme le montra gravement un référendum en 1950 le seul mis sur pied et le dernier), toute la réforme de l’État allant dans le sens d’une autonomie plus grande de la Flandre et de la Wallonie s’est faite par la voie parlementaire, exigeant la majorité des 2/3 ou même des majorités plus exigeantes encore (les 2/3 et la majorité dans chaque groupe linguistique).

Pour le Québec, je me dis parfois que si une réforme du type Lac Meech était proposée, il ne faudrait peut-être pas la refuser, étant donné qu’ensuite, avec les concessions accordées à l’autonomie du Québec, une procédure ultérieure pourrait plus facilement avoir lieu. C’est ainsi que chez nous – et pourtant nous ne nous estimons guère très portés sur l’indépendantisme – le Parlement wallon qui n’existait que depuis 11 ans – onze petites années – a menacé de se réunir pour voter une mesure refusée au niveau du Gouvernement fédéral qui a été obligé de l’accepter.

Ceci dit, il y a une différence c’est que dans l’État belge nous ne sommes que deux, à trois si l’on compte les Bruxellois...

Mais je suis frappé par la dynamique qu’engendre chez nous la progressive extension des pouvoirs des Régions. Cela fait penser à la débâche d’un fleuve gelé (en ralenti si l’on veut). Il y a parfois une sorte d’irréversibilité de certains phénomènes même en politique...

Je dis notre expérience car celle du Québec me permet sans cesse de réfléchir sur la nôtre,

José Fontaine

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lundi 11 août, 2003 13:30

Re- Séparation Église-État

Je pense que la France et la Wallonie ont connu une situation exceptionnelle pendant quelques décennies: l’action de partis ouvertement d’origine chrétienne mais agissant de manière laïque.

Cela été le cas des démocrates-chrétiens en France après 1945 regroupé dans le “Mouvement Républicain Populaire” (MRP) dont faisait partie l’abbé Pierre et qui était automatiquement laïque puisque républicain.

En Wallonie une fraction des démocrates-chrétiens, proches des mouvements syndicaux ont été aussi laïques de manière exemplaire. La figure emblématique de christianisme laïque et progressiste, on pourrait dire que c’est François Mauriac. Je dois dire que j’ai fait miennes ces conceptions et qu’elles m’animent toujours.

Cependant comme l’a montré un historien français dont j’ai oublié le nom l’influence de ce type de christianisme, de catholicisme même a profondément régressé. C’est une de mes tristesses dans l’action politique mais d’une certaine manière aussi l’influence de ce courant qu’on peut faire remonter à Péguy, Jaurès, Michelet était de telle nature qu’elle devait avoir pour effet (en un certain sens), de faire disparaître, cette influence chrétienne absolument étrangère au cléricalisme.

Je pense que cela a été l’esprit de Vatican II. Chez nous le PS (parti socialiste), qui est un parti clairement laïque a aussi gommé de ses comportements politiques tout discours antireligieux, invitant même à ses Congrès le président de l’enseignement catholique. Car il demeure chez nous un enseignement dit “libre” qui est organisé par l’Église et d’ailleurs apprécié et estimé. C’est une sorte d’école publique mais avec une tendance religieuse. De fait, cependant cet enseignement (les professeurs, les élèves, les parents, même les directions) ne sont plus que des catholiques un peu pro forma. Mais je ne crois pas qu’il y ait un quelconque parti qui voudrait toucher à cela en Wallonie.

Le meilleur de tout ceci, c’est, emblématiquement, Mauriac, Bernanos, Péguy et je pense que nous manquons de leurs voix de prophètes, pas seulement les croyants...

José Fontaine

Bernanos demeure sans doute le plus grand écrivain antifasciste du XXe siècle dans l’extraordinaire livre Les grands cimetières sous la lune qui est une dénonciation d’une violence extrême du clergé épiscopal au nom de l’Évangile . Extraordinaire Bernanos!

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mercredi 6 août, 2003 13:52

Re-sens du dialogue

A 18:12 2003-08-06 +0200, José Fontaine a écrit :
 

Il me semble que notre vision du monde est chrétienne même chez les agnostiques, par exemple la notion de personne ou même de nation qui est plus ou moins liée à la notion de personne. Cela ne signifie pas que je veuille dire par là que ces personnes sont des chrétiens sans le savoir et je pense que nous commençons seulement à pouvoir parler de cela sereinement. Malraux se disait le premier athée non anti-religieux.


[Alain]  Toute notre civilisation est si profondément chrétienne dans ses racines intimes que même les athées ont des réflexions inconsciemment chrétiennes. Cela est inévitable. De la même manière qu'il est inévitable d'avoir une réflexion musulmane en Arabie saoudite et même d'avoir une réflexion bouddhiste quand on est « communiste chinois ».

Comprendre cela c'est devenir plus tolérant envers les religions, y compris envers celle qui nous a nourrie et qui fait que notre civilisation est ce qu'elle est...

Ici, c'est l'entêtement de la religion catholique, notamment, qui a fait que nous sommes Québécois et francophones, et que nous y tenons. Et sans racines culturelles fortes (qui ont très largement été nourries par la religion passée mais surtout par ce qu'elle a laissée, et par la foi en notre langue), l'indépendantisme québécois n'a pas de sens.

[José]

Le problème du Québec est peut-être aussi celui de tout pays. À l appui de cela, je n ai qu un sondage fort artisanal. Lors d une rencontre entre un Lycée de Reims et un Athénée (= lycée en Wallonie), de Liège, les Liégeois avaient proposé aux jeunes Français des sondages du type de ceux qu on multiplie en Belgique pour y mesurer la force (ou la faiblesse) du sentiment national. Assez curieusement, les jeunes Français ayant le choix entre européens , rémois français (etc.), l item je me sens  français (par exemple), n était pas majoritaire.
[Alain]  Ce n'est pas curieux, je dirais même que c'est prévisible et que la meilleure stratégie pour empêcher quelqu'un de privilégier une option forte dans un sondage, c'est de multiplier artificiellement les options. Voir les livres « How to lie with maps » (comment découper à son goût les tendances sur une carte géographique pour démontrer ce que l'on veut) et « How to lie with statistics » (comment découper les tranches statistiques à son avantage) pour plus de détails...

La tactique est ancienne, elle n'est qu'un raffinement intelligent -- mais non moins rusé et vicieux -- de la maxime « Diviser pour régner ».

Et ici, par exemple, même les « indépendantistes pour le NON » nuisent, consciemment ou non, vicieusement ou naïvement, à notre option.

[José]

Je me demande si la faiblesse (relative!) du OUI au dernier référendum sur l indépendance ne pourrait pas se retrouver mutatis mutandis dans tous les pays du monde. Ce qui est curieux car la théorie des pays démocratiques c est que la nation existe par le consentement du peuple. Or, je crois que ce consentement n est jamais qu implicite. Je ne dis pas d ailleurs qu il faudrait proposer aux Français, aux Italiens (etc.) la question: Voulez-vous que l Italie (la France etc.) demeure un pays indépendant? Mais je pense que la réponse à ces questions a quelque chose de flottant même dans les pays apparemment les plus solides.
[Alain]  Il suffit en effet de suggérer une nouvelle tendance pour que certains y mordent et en fassent une mode.

Alain LaBonté
Québec

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mercredi 6 août, 2003 14:08

Re-sens du dialogue

Monsieur Folntaine vous écrivez:

"Cela ne signifie pas que je veuille dire par là que ces personnes sont des “chrétiens sans le savoir” et je pense que nous commençons seulement à pouvoir parler de cela sereinement. Malraux se disait le premier athée non anti-religieux."
Trés intéressant cette remarque monsieur Fontaine, puisque vous soulignez  l'importance des valeurs que le Christianime et les autres Grande Religions ont apporté à la civilisation actuelle. La loi du talion a été remplacée par le tribunal et la justice;[...] la pendaison remplacée par l'emprisonnement ou autres mesures;  [...] nous avons assisté à la fin de l'esclavage des noirs aux États-Unis par la reconnaissance des droits individuels et collectifs protégés par les chartes
de l'ex: Société des Nations et de l'ONU .

Tout cela provient de la culture du mieux-être, de ce qui est bon et beau, prôné par les grandes religions du monde. Et sans ces chartes, la population serait   déjà retourné à la barbarie.

Tous sans exceptions, croyants, incroyants, agnostiques, athées, sont tenus de connaître les lois et de les observer au risque d'encourir une pénalité quelconque correpondant à la nature de la faute commise.  Il ne peut y avoir de liberté absolue dans le monde actuel en raison des tares de l'humanité.

Valérien Lachance

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mercredi 6 août, 2003 14:21

Re-sens du dialogue

 C'est très bien Alain. 10/10

 Alain]

"Toute notre civilisation est si profondément chrétienne dans ses racines intimes que même les athées ont des réflexions inconsciemment chrétiennes. Cela est inévitable. De la même manière qu'il est inévitable d'avoir une réflexion musulmane en Arabie saoudite et même d'avoir une réflexion bouddhiste quand on est « communiste chinois ». Comprendre cela c'est devenir plus tolérant envers les religions, y compris envers celle qui nous a nourrie et qui fait que notre civilisation est ce qu'elle est... Ici, c'est l'entêtement de la religion catholique, notamment, qui a fait que nous sommes Québécois et francophones, et que nous y tenons. Et sans racines culturelles fortes (qui ont très largement été nourries par la religion passée mais surtout par ce qu'elle a laissée, et par la foi en notre langue), l'indépendantisme québécois n'a pas de sens."
C'est à retenir pour toujours.

Valérien Lachance

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mercredi 13 août, 2003 15:41

 Plus ça change,plus c'est pareil...

Il n’y a pas un seul mouvement militant dans le monde qui ne se juge pas lui-même au-dessous de ce qu’il devrait être. Les militants eux-mêmes se jugent d’ailleurs tous comme cela aussi. Je l’ai dit pour commencer en venant autrefois sur AGQ. Quand, en Wallonie, nous nous comparons au Québec, nous nous jugeons négativement.

La seule conclusion que je puisse tirer de cela c’est de mettre en garde contre la mésestime de soi, surtout des militants eu égard à leur mouvement.

José Fontaine

PS: Bien sûr je pourrais dire à nouveau les différences entre le mouvement québécois et wallon, dire en quoi l’un me semble plus fort et l’autre moins etc. Mais je pense qu’il faut premièrement se rendre compte qu’on est consistant. Le problème du Québec est posé durement, radicalement, on ne sort pas de cela. Comment va-t-on aboutir? Cela, je n’en sais rien. Mais vous n’êtes pas des isolés ni des marginaux. Il y a quelque chose de puissant en vous toutes et tous.

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dimanche 17 août, 2003 16:25

 Nos expériences

Il n’y a jamais de militants optimistes sauf en cas de victoire claire. Je ne vous adresse pas cette pensée de mon confort mais à la veille d’une grande bataille pour la Wallonie que je prépare avec des amis et qui consiste à demander au Parlement wallon qu’il exerce les compétences culturelles et scolaires encore exercées par une sorte d’État fédéré chapeautant la Wallonie et Bruxelles dans la plus grande confusion chez nous et à l’étranger.

Voilà. On est avec vous.

José

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mardi 19 août, 2003 17:40

Attention

Un jour, Paul Ricoeur m’a écrit un petit mot qui se terminait par cette courte phrase:

“Recevez, Monsieur, mes pensées attentives”

Sachez que je suis attentivement toutes les discussions.

Il y a un grand projet collectif auquel je travaille en Wallonie et qui va déboucher sur une démarche politique du type “intervention citoyenne”. Je vous en parlerai.

Nous devons nous tenir la main,

José Fontaine

Un jeu sur la radio “Fréquence Wallonie” où l’on insiste sur le fait que les Québécois ont inventé “courriel” et “pourriel”, il y a quelques jours que j’entendais cette insistance “Les Québécois...”

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samedi 30 août, 2003 04:11

Élection référendaire

Une élection référendaire – sauf erreur de ma part- c’est une élection où le PQ annonce que s’il est élu il fera procéder par voie parlementaire à l’indépendance de l’État du Québec?

Dans ce cas-là, ne devrait-il pas avoir la majorité absolue soit seul soit en s’alliant avec, par exemple, l’ADQ?

Un gouvernement de coalition avec la majorité des sièges mais aussi des voix (cas classique dans les démocraties continentales: France, État belge, Italie etc.), aurait plus de chances de remporter un référendum d’entérinement de l’indépendance parce que voter OUI ne signifierait pas qu’on vote OUI pour un parti mais pour une idée.

Il y a eu beaucoup de référendums en Europe sur l’adhésion à l’Union européenne ou certaines des réformes de celle-ci. Il faut voir si ce ne sont pas des gouvernements de coalitions assez larges qui ont gagné.

Évidemment quand on est dans un système on peut avoir la tentation de dire à d’autres “Mais faites comme nous, c’est si simple!”.

Ce n’est pas mon état d’esprit (je ne crois pas que c’est simple). Mais je sais que c’est une solution étudiée par le Québec.

José Fontaine

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mardi 2 septembre, 2003 11:34

Une question aux Québécois

En 1983, quatre-vingts intellectuels wallons signèrent un manifeste intitulé "Manifeste pour la culture wallonne".

Par ce texte, directement inspiré de l'exemple du Québec en littérature, cinéma, chanson, historiographie (etc.), nous voulions effectivement affirmer notre personnalité de peuple historique en soutenant qu'il y a une culture wallonne distincte de la culture française, qui n'en est pas un canton ni une province (ni un particularisme comme le sont les particularismes lorrains, nordistes, poitevins...  ni même - pour me faire comprendre - le particularisme dialectal wallon de l'enclave de Givet), mais qui est l'expression d'une voix singulière en notre langue française dans le monde.

Par le fait que nous faisons énormément de choses en français, cette culture wallonne est évidemment proche de la France et du Québec. Mais par le fait qu'elle se rapporte à une société distincte comme toutes les cultures dans le monde, elle se distingue aussi de la culture française ou de la culture québécoise.

Tout en participant comme toutes les cultures des peuples autonomes dans le monde d'une même culture humaine universelle.

Comment les Québécois se définiraient-ils par rapport à cette proposition ici résumée très brièvement?

Le 15 septembre prochain cette démarche sera réitérée devant les médias au parlement wallon où nous irons porter un texte revêtu d’ores et déjà d’une centaine de signatures de personnalités du monde culturel, universitaire et militant.

José Fontaine

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mardi 9 septembre, 2003 17:29

Journalisme

Je suis en gros d’accord avec Michel Venne. De fait, à la télévision en Wallonie il y a eu cette tradition de journalistes dits de gauche mais qui en fait faisait un travail critique. Et je pense que les deux évolutions sont parallèles (Québec/ Wallonie).

En France, les choses sont différentes car la conception française de la république faisait de la télévision un organe quand même au service de l’État, donc un peu (beaucoup?) soumis au pouvoir (du général de Gaulle en fait). Mais, d’un autre côté, il y avait le sentiment d‘avoir une mission d’éducation à accomplir.

Après la télévision s’est enfoncée peu à peu dans une manière d’être qui n’est plus orientée car la télévision est devenue souvent le rendez-vous de la nullité absolue. TF1 ou la RTBF sont pires que tout mais il y a pire encore...

Ce que je lis sur le Forum donne le sentiment qu’il y a une presse québécoise de qualité (presse écrite). Chez nous aussi, mais les journaux se restreignent, c’est difficile.

“le Monde” a été un journal-guide en France. Maintenant qu’est-il devenu ? Certains disent “le France-Soir” pour les beaux quartiers ou les intellectuels.

Je suis moi-même journaliste mais seulement comme directeur d’une revue qui est totalement indépendante mais avec 600 abonnés donc une liberté de ton mais une diffusion plus que modeste.

Je suis peu présent sur le Forum parce que – je voudrais bien vous en parlez si cela réussit – je suis en train de préparer une grande initiative d’intellectuels en Wallonie qui vont en quelque sorte déposer une sorte de projet de loi dont un manifeste exposera les motifs.

La presse se montre curieuse car il y a exactement 20 ans, une initiative assez semblable (par son contenu) avait été prise et avait eu un tel retentissement que les histoires de Wallonie en parlent.

Je voudrais essayer de nous en parler car cela peut être un événement important en Wallonie et je crois que nous devons échanger sur nos méthodes de “combat”. Mais évidemment nous sommes dans deux pays si différents et pourtant proches...

Je considère cependant le Québec comme un grand frère ou disons un grand cousin, ayant plus d’expérience que nous, ceci étant dit sans complexe (sinon je le tairais),

José

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jeudi 18 septembre, 2003 16:33

Propagande

C’est la même chose chez nous. C’en est à un tel point que je me dis parfois qu’il faudrait organiser quelque chose comme ce que nous nommons ici un “observatoire”, càd quelque chose entre le club et le groupe scientifique, et qui pourrait être québéco-wallon.

Mais je me rends compte de certaines difficultés de l’entreprise car il y a tout de même aussi des différences mais le sport et les statistiques, l’État belge les utilise aussi comme cela contre nous tout en n’ayant pas la force de l’État canadien. C’est un peu plus subtil que chez vous. J’ai déjà dit à Manon que son cri du coeur du 23 juillet 2001 sur AGQ à propos des athlètes de la “Communauté française de Belgique” était d’une extraordinaire intuition. Elle avait dit: “Tiens, eux aussi, ils n’ont pas de nom reconnu”.

À la conférence de presse que j’ai faite lundi passé, je n’ai pas pu parler de ce mot d’une Québécoise car je ne voulais pas accaparer la parole mais ce mot de Manon dit tout. Et il est parfois difficile d’expliquer ce qu’elle a si bien VU, même à des gens de chez nous.

J’espère ne pas vous embêter avec ma Wallonie mais je jure que j’ai le Québec au plus profond à cause du combat que je mène ici et qui est celui que vous menez là-bas.

Je vais au Québec l’été prochain. J’attends avec impatience ce voyage.

J.Fontaine

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samedi 20 septembre, 2003 14:42

Fête nationale de Wallonie

Deux raisons m’amènent à poster ce message, la Fête nationale et le succès d’un manifeste dont je parle dans VIGILE et auquel nous avons fort contribué, mes amis de TOUDI et moi-même.

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Comme d'habitude Namur accueille aujourd'hui, veille du 3e dimanche de septembre, date officielle de la Fête nationale wallonne, dans toutes ses rues fermées à la circulation, les 100 à 150.000 personnes qui viennent y fêter le pays.

À ce succès populaire vient s'ajouter l'affirmation de plus en plus croissante d'une Wallonie qui est déjà un État semi-indépendant dont les compétences grandissent chaque année et dont le prestige devient de plus en plus réel.

À Namur, à l'occasion de cette fête nationale de la Wallonie, l'invité d'honneur était le Premier Ministre du Maroc. On y insiste ainsi sur l'ouverture de la fête et de la Patrie wallonne à tous les êtres humains du monde entier dans le sens de l'identité républicaine des nations ouvertes.

Le Premier Ministre wallon a d'ailleurs plaidé pour une extension du droit de vote pour les élections locales et nationales wallonnes, à tous ceux qui habitent le pays.

À Namur, le long de la Meuse, sur la rive gauche du fleuve se dresse le Parlement de l'État-région et en face la Présidence du Gouvernement. Cette visibilité de plus en plus grande du pouvoir public wallon achemine la Patrie wallonne vers une indépendance de plus en plus grande.

À cette fierté que nous éprouvons à l'égard d'un pays qui se remet peu à peu debout après de terribles épreuves, s'ajoute celle de tous ceux qui ont lancé ce lundi 15 septembre 2003 un appel à transférer les compétences de la Communauté française - toutes les compétences - à la Wallonie.

Le Président du Parlement wallon, interrogé déjà hier à ce sujet dans le grand quotidien wallon Vers l'Avenir, a repris, comme l'a souligné le journal télévisé de la RTBF, les exigences du Manifeste dont nous vous entretenons sur ce Forum et dont l'impact se révèle grandissant.

Le Manifeste pour une Wallonie maîtresse de sa culture, de son éducation et de sa recherche correspond à la logique profonde de la construction d'un État wallon qui a déjà des allures d'État indépendant et qui s'affirmera de plus en plus dans ce sens au cours des prochaines années. La Wallonie deviendra une République d'Europe. Tel est le sens de l'histoire que nous bâtissons.

VIVE LA WALLONIE!

VIVE LA RÉPUBLIQUE!

(PS: Voyez le texte du Manifeste dans les annonces du Forum de TOUDI

et aussi ses traductions en cinq langues)

José Fontaine

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samedi 20 septembre, 2003 17:39

Le Québec, un modèle

Beaucoup de Wallons éprouvent le Québec comme un modèle en avance sur nous.

Et il est sans doute vrai que la révolution tranquille, la naissance du PQ, les référendums nous ont paru et ont été des avancées que nous ne pensions pas pouvoir, nous, réaliser. Mais en même temps l’État wallon est maintenant plus fort que l’État du Québec alors que, en 1980 encore, il n’existait pas.

Il faudrait que nos deux causes soient plus liées et qu’on s’efforce d’en apprendre l’un de l’autre.

Je me dis aussi que les contacts ont sans doute eu lieu entre universitaires jusqu’ici, dans un cadre académique en tout cas et qu’il faudrait des liens entre militants et intellectuels. Par exemple, je suis fasciné par ce qu’est VIGILE mais aussi tant de sites québécois dont celui-ci.

Je pense que c’est bien qu’on s’écoute, dans un premier temps.

Je dirais aussi que nous avons quand même une situation commune dans la mesure ou les militants en tout cas sont insatisfaits de la reconnaissance de leurs deux pays. Et c’est là que les choses sont les plus partagées entre nous.

Voilà. Il faut continuer à se parler!

José

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samedi 20 septembre, 2003 20:11

Wallonie notre soeur !

Le jour ou les peuples wallon et québécois seront en mesure d'avoir les
rapports naturels qui devraient être les leurs, ce n'est pas que la
Francophonie qui s'en portera mieux mais l'humanité toute entière car rien
n'est plus universel, rien n'est plus naturel que les liens dits culturels.

Il y a trop peu de Québécois qui connaissent la Wallonie en tant que telle.

Le prisme belge, la grille bruxelloise embrouille le regard et fausse en
quelque sorte les échanges qui devraient couler comme de source.

Les Wallons connaissent plus les Québécois.  Il y a eu De Gaulle en 1967 que
les Wallons tiennent en très haute estime pour son action libératrice lors de la Deuxième Guerre mondiale et qui furent nombreux à répondre à son appel du 18 juin 1940.

Il y aussi le fait que les Félix Leclerc, les Diane Dufresne, les Céline Dion, les Luc Plamondon, Lynda Lemay et autres se présentent comme Québécois plus que comme Canadien.  Ce qui est plus rare pour les Wallons.  Mauronne est  considérée comme une Belge, une bruxelloise, même une Francophone de Belgique.  Georges Simenon. le plus illustre des liégeois, passe pour auteur français originaire de Belgique comme le peintre auteur de Ceci n'est pas une pomme, dont j'oublie impardonnablement le nom maintenant.

La Wallonie doit être davantage connue, présentée aux Québécois.

Faudrait faire en sorte qu'une action méthodique se fasse au niveau des écoles, des édiles municipaux.  Il y a déjà quelque chose qui se fait depuis René Lévesque.  Il faut plus et au niveau populaire.

Pour avoir été souvent en Wallonie et pour avoir fréquenter des Wallons militants pour leur pays je sais combien nous avons tous intérêt à accroître cette connaissance, à accélérer ce processus.

La viste de José Fontaine est un vent d'air frais.  Nous vous souhaitons que déjà ce projet vous fasse autant plaisir qu'à nous.  Ceux qui le pourront vous saluerons.  Il y a moyen d'organiser des repas-rencontres.  Au moins un, si votre emploi du temps vous le permet.  Peut être même pourrons-nous trouver une occasion de vous faire rencontrer un journaliste.  Il y en a de très bien et même des excellents.

Nous vous attendons et que ce séjour en annonce d'autres pour qu'enfin un pont culturel se dresse au-dessus de cet océan.

GR (Gilles Rhéaume)

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dimanche 21 septembre, 2003 06:48

Québec notre (grand)  frère

Merci à Gilles Rhéaume pour ces observations justes. Ce que nous connaissons le mieux du Québec, ce sont les chanteurs et  quelques fois la littérature, également le cinéma. Je connais aussi l’histoire mais cela ne vient pas comme cela, malheureusement. Je veux dire qu’il faut chercher les livres, chercher sur Internet et que cela ne se présente pas spontanément dans la vie de tous les jours. Encore que des jeunes sont attirés par le fait de faire un stage au Québec.

Le peintre dont veut parler Gilles est Magritte, un peintre surréaliste. Le surréalisme a un lien puissant avec la Wallonie car le surréalisme est lié à la révolte, à la dissidence sociale et la Wallonie a été à l’époque du surréalisme, une terre qui l’appelait d’une certaine façon. Cela a été bien expliqué par des historiens de la littérature.

Puisque l’on parle des foyers de culture française et d’identité française que j’estime être des “périphéries” de la France ou aussi des “redoublements” de la France, c’est important d’avoir aussi un oeil sur la Suisse romande dont viennent Ramuz, Rousseau, le cinéaste J-L Godard, un philosophe comme Denis de Rougemont et je dirais la part calviniste de notre culture. À l’intérieur de la Suisse romande, il y a eu combat nationaliste qui fut celui du Jura suisse qui est devenu un Canton en se détachant du Canton germanophone de Berne. Cela concerne quelque 500.000 habitants.

Nous avons en commun une proximité de la France et le fait d’être de langue française non par colonisation mais par volonté. Je mets même le Québec là-dedans même si c’est une colonie au départ mais une colonie de peuplement et dont la population a acquis une personnalité plus forte peut-être que les redoublements français de la France en Europe.

Cela vaudrait sans doute qu’on mette cela en évidence et que l’on distingue des domaines dans la Francophonie qui est quand même très vaste:
 
 

--  ces redoublements de la France que sont le Québec, la Wallonie, la Suisse romande et dans un espace proche le Val d’Aoste ou le Luxembourg qui est un pays certainement de langue français mais aussi de langue allemande, situation assez rare, l’Acadie, la Louisiane, la Nouvelle-Angleterre...

--  le monde arabe, le Maghreb, le Liban, les traces françaises d’Égypte

--  le monde africain et malgache qui fait entendre sa voix dans le monde malgré sa pauvreté, il y a par exemple des peintres, des musiciens, des chanteurs congolais que je devrais mieux connaître
 

--  le monde des îles avec Haïti, les autres îles francophones des Caraïbes, les Comores, l’île Maurice, Saint-Pierre-et-Miquelon, la Réunion et par analogie, la Guyane, Pondichéry (? J’ai dans mes nouveaux élèves un jeune de Pondichéry, comptoir français de l’Inde mais qui n’est plus que peu francophone je pense)

--  le monde des pays où le français est bien placé comme la Roumanie, la Bulgarie et même Israël où il y a beaucoup de francophones

J’ai toujours plaidé pour une décentralisation de la Francophonie.

La raison d’être d’un lien plus spécial Québec-Wallonie, c’est l’intérêt politique que nous avons de partager une expérience d’émancipation qui concerne moins ou pas la Suisse romande, le Luxembourg, d’autres pays francophones.

La Wallonie a un lien spécial aussi a entretenir avec les anciennes colonies belges où le français a des positions importantes, solides même, comme le Congo, le Rwanda et le Burundi.

Mais de toute façon, une plus étroite coopération de plus étroits rapprochements entre militants du Québec et de la Wallonie profiteraient à d’autres car ainsi va la vie.

J’ai déjà dit que sur la table de son bureau, le Président du Parlement wallon a le drapeau de la Wallonie et du Québec et ce n’est pas anecdotique.

Même quand j’étais enfant, je savais ne serait-ce que  confusément que le français n’était pas que notre langue et celle de la France mais aussi d’autres pays et j’ai su très vite qu’il y avait dans ces pays le Canada français, voilà comme on disait et dont nous venait des chants identifiés comme tels dans les chansonniers des mouvements de jeunesse “À la claire fontaine”, “Derrière chez moi il y a un étang”, “Alouette”. C’est d’autant plus significatif que cela accompagnait la conscience dans une sorte de subconscience. Les cousins ne sont pas aussi proches que les frères mais s’ils l’étaient ils deviendraient des frères.

En tout cas, je pense qu’ à maintes reprises ici, ou sur AGQ nous nous comprenons.

Vive la Wallonie, vive le Québec!

José

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à suivre
 


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