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La décadence de l’État canadien
qui caractérise ce début du XXIe siècle.
par Gilles Rhéaume
2000/01/12


La longue entrevue que le Juge en chef sortant de la Cour suprême du Canada a accordée au journal Le Devoir est fort révélatrice de la décadence de l’État canadien qui caractérise ce début du XXIe siècle.
 

Le premier ministre Chrétien peut bien répéter tous les jours que le Canada est le plus beau, le plus grand, le plus prospère et le plus démocratique de tous les pays du monde, toutes catégories confondues, ses oracles font long feu car la réalité concrète est malheureusement aux antipodes des incantations du pontife rouge et blanc.  Le Canada est au contraire très mal en point pour quiconque prend la peine d’examiner autre chose que la documentation officielle du Gouvernement de Sa Majesté telle que transmise par les agents de presse de la propagande fédérale et relayée par des médias complaisants.  Derrière l’optimisme de pacotille que la diplomatie canadienne a pour devoir impérieux d’afficher sur toute la planète et en toutes circonstances quitte à interrompre, contredire et bâillonner la députation  bloquiste, le Canada est à la croisée des chemins.  Jean Chrétien peut faire à peu près n’importe quoi au Canada.  Son pouvoir est le plus puissant qui existe dans les pays libres.  Il faut remonter aux empires du XIXe siècle pour trouver autant de pouvoirs détenus par une seule et même personne.  Au temps de Sissi… sur les bords du Danube…  Au Canada, c’est Aline… sur les bords de l’Outaouais…  Bref, en exacerbant l’ultranationalisme canadien créé de toutes pièces par le Régime de la grande noirceur, celui de Pierre Elliott Trudeau, l’infâme, Jean Chrétien veut voir le Québec se cabrer pour mieux l’attaquer et le déposséder de ses droits politiques les plus naturels.  Mais l’Empereur est nu !  Complètement nu  !  Comme un ver !  La haine aux allures caractérielles qu’il voue aux souverainistes l’aveugle au point de lui faire commettre des bavures inconciliables avec les hautes et nobles fonctions qu’il occupe aussi longuement, d’ailleurs, que les dictateurs de ce tournant de millénaire.  Chrétien sur son trône impérial n’a pu empêcher le premier magistrat patriarche de s’exprimer franchement en tirant sa révérence…

La dernière sortie du Juge Lamer n’est pas anodine. Il faut le faire.  Et elle advient au moment même où le Parlement canadien s’engage, suite à l’invitation expresse et pressante de Jean Chrétien et de Stéphane Dion, dans une démarche législative prétendument commandée par la dite Cour suprême.  Un vrai pavé dans la mare. Un coup de tonnerre dans le firmament  politique canadien ! Car, le Juge Lamer au Canada n’est pas n’importe qui.   En ordre de préséance, depuis dix ans, l’éminent juge est au sommet du sommet de la hiérarchie fédérale.  Rien n’est plus britannique que tout ce lourd et anachronique décorum qui entoure l’appareil judiciaire de ce pays.  Jamais une voix canadienne aussi autorisée n’avait pu préciser l’ordre juridique de ce pays devant un Premier ministre aussi  téméraire.  Qu’on se le tienne pour dit, dans l’affaire des droits du Québec, la Cour suprême n’a rendu aucun jugement, elle a tout simplement émis une opinion qui ne nécessite aucune expression législative, contrairement aux prétentions délirantes de Stéphane Dion, le clone de l’autre…

Antonio Lamer est allé beaucoup plus loin.  Il a insisté sur le rôle de la communauté internationale dans un semblable processus.  Tout cela en conformité avec le caractère démocratique et constitutionnel des libertés fondamentales et naturelles.  Ce n’est pas rien.  La grande noirceur du projet de loi C-20 est devenue patente.  Ce bill n’a aucun fondement qui le lie à la Cour Suprême.  Que fera le Parti libéral du Québec qui a précisément basé son refus d’appuyer le projet de loi 99 sur les droits fondamentaux et sur les prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec sur le JUGEMENT DE LA COUR SUPREME ?  La dernière salve de celui qui aurait offert, à la fin des années soixante, ses services professionnels à René Lévesque afin de construire l’appareil judiciaire du futur Québec souverain restera-t-elle dernière bien longtemps?  Il est désormais sérieusement permis d’en douter…

gr

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