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Réplique à Patrice Garant par René Marcel Sauvé, géographe

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Réplique à Patrice Garant
René-Marcel Sauvé, géographe
2003/07/24

 

Le Devoir du 23 juillet 2003 publiait un long article de Patrice Garant sur le «fédéralisme asymétrique», planche de salut du fédéralisme canadien, selon l’auteur, qui se déclare partisan et prédicateur de cette idéologie depuis trente ans.

En  juriste, il voit le débat d’action du Parti libéral de Jean Charest et Benoît Pelletier comme la « relance du débat constitutionnel dans deux directions opposées, mais visant à redonner aux Québécois un certain goût du Canada ». Il reconnaît que le Parti libéral a « laissé tomber une offensive constitutionnelle constructive (sic) proposée dans le livre beige de M. Ryan.  En 1991, il « lâche le rapport Allaire, un effort louable quoique un peu maladroit ». Il admet que le gouvernement libéral n’a pas réussi à mener à terme l’accord du lac Meech et plus tard, celui de Charlottetown en 1992.  Lors de l’épisode Bélanger-Campeau, écrit Patrice Garant, il (le Parti libéral), a plus ou moins bien manœuvré… mais il a au moins sauvé les meubles (sic).

Ce que Patrice Garant et le Parti libéral ignorent ou feignent d’ignorer, c’est que la politique est affaire d’intérêts, de rapports de forces et d’effectivité.

Les faits accomplis d’abord, les formes idéologiques, juridiques et constitutionnelles ensuite.
Tout État véritable existe dans les faits, à la suite d’un processus  sui generis parfois très long, pouvant varier entre quatre et douze siècles, les exceptions confirmant la règle.

Avant d’adopter des formes juridiques, un État, naturel s’entend, est ontologique et architectonique. Il est un principe de contradiction, envers lui-même et envers les autres avec qui il doit évoluer.

Il est à la fois un territoire, une histoire, une conscience et un savoir, un pouvoir et un vouloir collectifs, qui se sont constitués peu à peu, dans les difficultés, les sueurs et les larmes, dans l’incertitude, toujours confronté au jeu impitoyable des nécessités qui n’ont pas de loi, des pouvoirs qui cherchent à étendre leur puissance et à la vulnérabilité du peuple qui lui donne forme.

Peu à peu, un peuple en train de créer son propre État naturel apprend à connaître et mettre en pratique les principes universels (non pas absolus mais universels) de l’agir humain collectif :

Appréciation rigoureuse et correcte des contextes et situations qui  se présentent;

détermination et maintien d’objectifs praticables et réalisables en termes de temps et d’espace;

maintien du moral;

concentration et économie de l’effort;

simplicité et souplesse;

sécurité contre l’adversité;

coordination;

coopération;

administration

et logistique.


La langue

Toutes choses qui se tiennent comme les doigts de la main et qui s’apprennent en principe et en pratique à l’intérieur du territoire pris en possession du moins de facto, d’une histoire spécifique et unique, de prises de conscience successives, avec l’acquisition du savoir nécessaire à la conduite de l’État, grâce à une langue collective à la fois littéraire, technique, formelle, philosophique, scientifique  et poétique, une langue d’État comme le français, facteur majeur de cohésion et d’effectivité et d’efficacité collectives.

C’est à l’intérieur de ce cadre naturel et formel que se forge la volonté collective de vivre en tant que peuple, nation et État reconnu de droit comme de fait. Au Québec, une telle volonté est obnubilée depuis les débuts du régime anglais et loyaliste, par la création d’un pouvoir centralisateur et unitaire.

Le Parti libéral et la position de Patrice Garant

Le Parti libéral de messieurs Charest et Pelletier n’offre rien qui s’approche de ces principes et lois naturelles. Il n’offre que le statu quo, avec régression possible vers le statu quo ante, sous forme d’une formule idéologique abstraite et sujette à toutes les interprétations qui donnent bonne conscience à rabais et n’obligent personne à agir effectivement pour changer un ordre de choses.

Patrice Garant applaudit à des initiatives qui n’ont rien de nouveau dans le cadre de la vie politique constituée selon la volonté des United Empire Loyalists, fondateurs du pouvoir central, centralisateur, arbitraire et unitaire d’Ottawa. Ce pouvoir est maintenu en place par un monopole quasi absolu sur les communications et une propagande continuelle à coups de centaines de millions par année, par la fiscalité centralisée envers et contre l’esprit et la lettre d’une authentique confédération, qui est une union d’États souverains.   Ni Jean Charest, Benoît Pelletier et le juriste Patrice Garant n’expliquent comment leurs demi-mesures vont faire reculer cet État créé artificiellement pour perpétuer l’Empire britannique en Amérique du nord.

L'ÉTAT du Québec tel que défini par René-Marcel Sauvé

Un État naturel se maintient par la continuité des conditions géographiques qui ont favorisé sa genèse et sa croissance, confirmée par l’histoire et renforcée par une langue et une mentalité communes. Un État arbitraire se maintient par l’imposition artificielle de la loi du nombre, ou loi de la pesanteur. La propagande se charge de détourner l’attention des autres facteurs qui entrent en ligne de compte dans le développement d’un État naturel comme celui du Québec, en particulier la concentration du nombre dans l’espace et dans le temps et la dynamique des sociétés inféodées de gré ou de force.

Dans le cas du Québec, son inféodation au pouvoir unitaire et arbitraire des United Empire Loyalists fait suite aux mesures analogues décrétées en Grande Bretagne pour fossiliser l’Irlande, l’Écosse celtique et le Pays de Galles, provoquant des haines et des guerres civiles interminables. Dans l’Amérique Britannique du Nord, la géographie offrait aux Québécois descendants des colons de Nouvelle France un immense espace naturellement protégé, aussi étendu que toute la Scandinavie, un espace périphérique et relativement isolé dans ce coin nord-est des Amériques. La construction des canaux du Saint Laurent, des chemins de fer et l’aménagement aux États Unis des transports fluviaux et ferroviaires pour relier New York aux Grands Lacs par la vallée de la Mohawk, ont occasionné de vastes déplacements vers l’Ontario méridional et l’Ouest des Loyalistes résidant au Québec.

Ces migrations naturelles ont permis au Québec de renforcer sa position sur son territoire et créer les assises de son propre État. Le centralisme unitaire des Loyalistes avait et a encore pour mission de s’y opposer par tous les moyens.

Des « Canadian success stories ».

« À l’échelle planétaire, écrit Patrice Garant, la collectivité québécoise (peuple ou nation si on veut (sic), a atteint une situation enviable et enviée ».
Par cette remarque sans doute, il suggère qu’Ottawa et son fédéralisme sont à l’origine de la bonne renommée du Québec dans le monde. Il oublie que du commencement jusqu’à aujourd’hui, la politique internationale et nationale d’Ottawa traite le Québec comme s’il n’existait pas. Tous les succès remportés par des Québécois et des Québécoises sur les scènes internationales sont récupérés d’avance par Ottawa pour en faire des « Canadian success stories ».

Les consignes de l'Armée Canadienne

Comme officier dans l’Armée canadienne, j’ai servi dans quatre continents et à maintes reprises, j’ai reçu de strictes consignes à l’effet que je dois m’identifier comme « Canadian » et rien d’autre, pas même « French Canadian » et encore moins Québécois.

Charles De Gaulle

Le Québec a attiré l’attention  pour la première fois lors de la déclaration de Charles De Gaulle du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal. Grâce à lui, le monde entier a été mis au courant de notre existence. Les Québécois se sont chargés du reste, de sorte que nous ne devons rien à Ottawa.

Conseil de la fédération (?)

Quant au Conseil de la fédération, aucun premier ministre n’a reçu aucun mandat pour créer cette instance. Tout comme René Lévesque n’avait reçu aucun mandat pour réaliser l’État du Québec avec l’élection du 15 novembre 1976, ainsi que P.E. Trudeau s’est chargé de lui rappeler le soir même lorsque les résultats furent connus. En conséquence, le Conseil de la fédération ne peut se présenter devant Ottawa en position de force ou de pouvoirs. En position de faiblesse, on revendique des droits et rien d’autre.

Aucun changement ne peut survenir dans la soi-disant fédération canadienne sans que les provinces ne se placent au préalable en position de force.
Se faire reconnaître comme ÉTATS

À cette fin, l’élection référendaire ou le référendum sont nécessaires. Avant toute autre chose, les provinces doivent se reconnaître elles-mêmes et se faire reconnaître comme États, avec la majuscule. Elles doivent demander et obtenir de leur électorat le rejet du non-statut de province inféodée pour le statut véritable d’États de droit (de jure) comme de fait (de facto).

Cette radicalité est une nécessité de l’heure et  n’a rien à voir avec le radicalisme.

Elle s’impose par une loi de nature et constitue la seule réponse réalisable au statut de fait (de facto) des provinces, qui effectivement, ne sont pas plus des provinces que les pays scandinaves ou baltes.

La radicalité, l’ipséité, la sémelfactivité et la royauté du réel sont des faits de nature.

Le  radicalisme et l’arbitraire sont créés par le langage et les dispositions de l’esprit et servent à perpétuer l’incertitude afin de maintenir en place une oligarchie possédante et régnante.

Au Québec de donner l'exemple

Dans cette conjecture, c’est au Québec de donner l’exemple, en prenant devant les provinces canadiennes une décision autrement plus hardie que la création d’un ineffectuel Conseil de la fédération.

En effet, le Québec a réussi à créer les assises de son propre État, envers et contre l’hostilité anglaise et loyaliste et les efforts répétés pour l’inféoder et le fossiliser.

Cet État  existe bel et bien maintenant, comme fait accompli, que messieurs Charest, Pelletier, Garant et tutti quanti soient d’accord ou non.

Le Conseil de la fédération est mort-né

Sur le plan politique, le gouvernement d’Ottawa est en position de force et entend le demeurer.  Reconnaître le Conseil de la fédération serait pour Ottawa un précédent qui équivaudrait à reconnaître un gouvernement parallèle. Jamais Ottawa ne reconnaîtra une telle instance. Jamais il ne sera question pour Ottawa de Statuts Refondus, comme ceux de Westminster en 1931. L’oligarchie qui a créé le gouvernement central est installée à demeure et ne cédera aucun de ses pouvoirs acquis au fil du temps.

Puisque, il met en péril le pouvoir et l’existence même d’Ottawa, le Conseil de la fédération est mort-né.  Comme avant lui le livre beige de M. Ryan, le rapport Allaire, les accords du lac Meech, ceux de Charlottetown en 1992 et l’épisode Bélanger-Campeau.
 

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