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Les années 2000 et le Québec

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INVITATION
Forum public sur le modèle québécois des années 2000

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Appel pour un changement lucide et éclairé
- Une invitation à un forum public sur le modèle québécois des années 2000

Nous sommes de tous les milieux, de divers métiers et professions, de plusieurs régions du Québec. Nous sommes citoyens et citoyennes du Québec et nous voulons une société juste et démocratique.

L’électorat québécois sera appelé aux urnes dans le courant de l’année qui vient. Comme d’autres, nous voulons du changement. Mais nous voulons un changement lucide et éclairé, à la mesure des besoins actuels du Québec.

Le débat en cours porte sur un sujet fondamental : à quoi sert un gouvernement ou un État, au Québec, au début des années 2000 ? En quoi le «modèle québécois» doit-il être modifié pour répondre aux besoins du Québec d’aujourd’hui ? Nous constatons que ce «modèle» a déjà changé depuis 40 ans, qu’il a produit des résultats plus que respectables, mais qu’il doit encore évoluer pour répondre à de nouvelles réalités et à de nouveaux défis.

Nous lançons aujourd’hui un appel aux Québécois et aux Québécoises en faveur d’un débat sur la nature du changement souhaitable. La publication de cet appel est le premier acte de notre démarche qui nous conduira, en février, à un forum public ouvert à la population. Ce forum sera l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis la Révolution tranquille, de faire le bilan des résultats tangibles de cette évolution sur la société québécoise et de formuler des propositions sur la nature des changements souhaitables.

Nous savons que le débat en cours ne peut pas se limiter à des considérations budgétaires et économiques. Plusieurs questions se posent : Que faut-il faire pour sauvegarder l’accessibilité et l’universalité du système de santé ? Jusqu’à quel point faut-il réformer nos institutions démocratiques ? Comment insérer les préoccupations du développement durable dans la pratique de l’État ? Quelle influence doivent avoir sur les politiques publiques et sur les pratiques sociales l’ébranlement de la famille traditionnelle et la précarisation du marché du travail ? Dans quelle mesure le vieillissement de la population, la mondialisation, l’économie du savoir, le pluralisme culturel, l’immigration ou l’impact du progrès scientifique nous forcent à revoir nos façons de faire ?

Les citoyens et les citoyennes qui souhaitent un débat éclairé sur le rôle de l’État au Québec peuvent signer à leur tour cet appel. (Modalités à préciser)
 

Un «modèle» en évolution

Le «modèle québécois» ne se résume pas au rôle joué par l’État dans l’économie. C’est plutôt l’ensemble des pratiques sociales, des initiatives économiques et des interventions gouvernementales qui s’articulent les unes aux autres pour créer la richesse et la redistribuer équitablement, rendre les services publics avec efficacité, protéger les droits des individus et défendre le bien commun.

Il faut d’abord constater que ce «modèle» n’est pas figé dans le temps. Il a évolué depuis la Révolution tranquille.

Ce «modèle» s’est construit d’abord, durant les années 1960 et 1970, avec et autour d’instruments collectifs : l’école publique, l’assurance-maladie, un ministère des Affaires culturelles aussi bien que la Caisse de dépôt et placement, la Société générale de financement ou Hydro-Québec. Les francophones, peu présents dans les affaires et la finance, se sont appuyés sur ces leviers et sur l’État qui prenait forme en même temps que la conscience nationale québécoise.

Sur ce fond institutionnel, le «modèle» est passé à une autre étape à compter des années 1980. La société civile allait y jouer un rôle plus important en prenant le relais de l’État comme source principale de changement. Cette force de changement s’exprimait autant dans le milieu des affaires, avec la création d’entreprises qui devenaient les fleurons de Québec Inc ou le foisonnement de PME, que dans les autres secteurs sociaux. Les syndicats s’engageaient dans la création d’emplois en donnant naissance à des fonds de travailleurs. L’action communautaire, l’économie sociale et le développement local bourgeonnaient aux quatre coins du Québec.

Dans ce contexte, le rôle de l’État s’est transformé. Plutôt que de diriger le changement, il devenait un instrument de mobilisation, d’incitation à l’innovation économique et sociale. L’État joue de plus en plus le rôle de celui qui appuie une bonne idée ou la transforme en politique publique au lieu d’imposer un modèle bureaucratique. Le changement est stimulé de plus en plus par des intiatives au sein de la société que par des plans gouvernementaux.
 

Un «modèle»  qui a fait progresser le Québec

Nous constatons que ce «modèle» québécois, s’il n’a pas réglé tous les problèmes a permis d’enregistrer des progrès.

Nous sommes partis de loin en matière de scolarisation, au début des années 1960. Aujourd’hui près du tiers des jeunes Québécois fréquentent l’université. Tous âges confondus, 80% des Québécois ont un diplôme d’études secondaires bien que le tiers des jeunes arrivent à l’âge de la majorité sans diplôme. Selon les tests réalisés au sein des pays de l’OCDE, les élèves québécois âgés de 15 ans sont les premiers en Occident en mathématiques et en sciences, seconds en lecture.

En matière d’environnement, le Québec affiche le meilleur bilan au Canada pour ce qui est de l’émission des gaz à effet de serre. Tandis que le Canada, sans le Québec, a le pire bilan par habitant de la planète. Il faudra aller plus loin pour atteindre les objectifs de Kyoto, pour sauver la forêt et nos rivières, mais le virage écologique est amorcé.

La culture québécoise a connu un important essor. Nos créateurs se distinguent aussi bien dans la chanson populaire, la musique classique, le théâtre ou l’art du cirque qu’en poésie.

Nous sommes toujours moins riches que les Ontariens et que les Américains.  Nous l’étions déjà et l’étions encore moins il y a 40 ans, il y a même dix ans. Mais au cours de la dernière décennie, nous nous sommes enrichis plus vite que nos voisins, notre productivité s’est accrue davantage que celle de nos concurrents de l’Ontario, le revenu disponible des Québécois a crû plus vite que dans la province voisine.

La richesse produite par habitant (PIB per capita) a augmenté de 33% au Québec entre 1991 et 2000 contre 18% au Canada et 16% en moyenne dans les pays de l’OCDE. L’écart de richesse entre le Québec et l’Ontario est passé de 26% en 1960 à 13% en 2001. Nous sommes encore moins riches mais l’écart s’amenuise, ce qui veut dire que le progrès est réel. Et le taux de chômage au Québec, tombé à 8,1% en octobre dernier, est le plus bas enregistré depuis 25 ans.

Le Québec est aussi la région en Amérique du Nord où les écarts entre riches et pauvres sont les moins importants. Nous distribuons ici la richesse mieux qu’ailleurs, ce qui ne doit jamais nous faire oublier que la misère existe chez nous et que tout doit être mis en oeuvre pour l’éradiquer.

Le fardeau fiscal est une préoccupation souvent évoquée dans le discours politique. On affirme que les contribuables québécois sont plus taxés qu’ailleurs. Cependant, les tarifs d’électricité sont les plus bas du continent. Les frais de scolarité à l’université sont dérisoires comparés avec ceux pratiqués ailleurs en Amérique du Nord. Le coût de l’immobilier reste accessible à une famille montréalaise moyenne contrairement à la situation qui prévaut à Toronto.. Les services de garde coûtent 5$ par jour au lieu de 25$. Le régime d’assurance médicaments est largement financé par l’État.

En somme, ce «modèle» ne nous a pas trop mal servis. On peut faire encore mieux.
 

Des changements souhaitables

Le défi posé par notre époque consiste à déterminer ce qui nous a bien servi et sert encore nos objectifs communs afin de consolider ces acquis et à inventer les nouvelles modalités qui répondent aux nouvelles préoccupations. Certains principes, certaines valeurs, ne peuvent pas être sacrifiés au nom du changement.

La liberté est sans aucun doute la valeur la plus importante pour un individu. Mais la recherche de la liberté, qui tient compte du désir d’autonomie personnelle, de la nécessaire reconnaissance de l’effort et du sens des responsabilités, ne peut être dissociée de la lutte pour la justice sociale. Une société solidaire veut la liberté, mais veut la liberté pour tous, pas seulement la liberté des riches.

En ce sens, une école publique qui ouvre les horizons de tous les enfants, quel que soit leur milieu d’origine ou la famille dans laquelle ils naissent, un système de santé public, accessible et universel, sont des gages de liberté pour tous.

Certaines des difficultés éprouvées proviennent d’un héritage mal géré. Il est vrai que le «modèle» est beaucoup moins centré sur l’État qu’il ne le fut. Il reste que des initiatives sont freinées à cause de réglementations tatillonnes. Il est possible de simplifier les rapports des citoyens avec l’État sans renier les valeurs de solidarité.

Ce problème est réel mais ce n’est pas le plus important. Le Québec fait face aujourd’hui à de nouvelles difficultés ou à de nouvelles demandes de la part des citoyens parce que le monde a changé.

Les lois du travail ne doivent-elles pas tenir compte des transformations du monde du travail, offrir des protections aux travailleurs autonomes, à temps partiel, temporaires ou autres ?

La faiblesse du taux de natalité, le vieillissement de la population, la difficulté d’attirer et de garder parmi nous les immigrants nous amènent à revoir nos politiques.

Les Québécois ont le désir d’un développement qui soit durable. Qu’est-ce qui doit changer dans les politiques publiques pour que cet objectif soit atteint  en matière d’aménagement du territoire, de protection de l’environnement ou de protection du patrimoine bâti ou culturel ?

Notre rapport à la mondialisation occupe aussi les esprits : les Québécois veulent bien ouvrir les frontières et s’inscrire dans la marche du monde, mais pas si le commerce emporte la justice, la démocratie et le progrès social avec lui. Le dynamisme des réseaux qui favorisent le placement éthique, la coopération internationale et la consommation responsable montre bien où logent les Québécois.

La mondialisation, mais aussi la révolution des technologies de l’information et le passage à la société du savoir, ne nous imposent-elles pas de donner une priorité nouvelle à l’éducation et à l’accès pour tous à la culture ?

Au nom de l’équité intergénérationnelle, il faut assurer la pérennité des services publics. Comment consolider le financement des services de santé et d’éducation ? Faut-il rembourser une partie de la dette publique? Comment rendre plus transparent le lien qui existe entre les impôts payés et les services reçus ?

Pour pallier l’ébranlement des institutions autrefois rassurantes, comme la famille nucléaire et l’emploi stable, l’État devra sans aucun doute reconnaître le rôle de la société civile et accepter de céder des responsabilités aux réseaux naturels de solidarité tout en veillant à leur assurer les moyens pour les assumer. L’avenir du modèle québécois dépendra en grande partie de notre capacité à articuler de façon dynamique la société civile, l’État et le marché. Il importe aussi de revoir les rapports entre le centre et la périphérie, entre la ville et le monde rural, entre la métropole, la capitale et les régions.

Les sociétés qui réussissent le mieux dans la mondialisation sont celles qui ont confiance en elles-mêmes. Au sein de ces sociétés, on remarque un nombre élevé de lieux de socialité, d’organisations communautaires, civiles ou caritatives. La multiplication de ces lieux d’engagement renforce le lien civique, stimule la participation, accroît le respect pour la chose publique, favorise la recherche de solutions, les initiatives individuelles et la coopération.

Les nouvelles questions à l’ordre du jour, la méfiance montante envers les experts de tous ordres et envers la classe politique, invitent à réformer nos institutions démocratiques. La concertation est l’une des techniques qui a bien servi le modèle québécois. Or il arrive que la concertation a donné naissance à des corporatismes aujourd’hui improductifs. Les citoyens veulent être mieux représentés au parlement, veulent pouvoir participer plus directement aux prises de décision, notamment dans des instances locales et régionales. Ils exigent que les projets qui comportent des risques, que ce soit pour l’environnement ou la santé, fassent l’objet d’évaluations indépendantes et de consultations publiques.

À cet égard, les progrès de la science suscitent certainement de grands espoirs d’améliorer la qualité de la vie. Mais laissées sans contrôle, les avancées scientifiques engendrent aussi des inquiétudes liées à la dissémination des OGM, à l’utilisation de l’énergie nucléaire, au recours banalisé aux techniques de reproduction assistée. L’État acquiert ainsi une nouvelle responsabilité, celle d’établir, en lien avec la société, ce qui, dans ces domaines, relève du bien commun, et de déterminer ce qui mérite un appui et ce qui doit faire l’objet de limites.

Enfin, l’augmentation du niveau de vie pour tous ne doit-il pas devenir un objectif collectif? Plus de richesses veut dire plus d’investissements, plus d’emplois, plus de capacité de combattre la pauvreté, plus de développement régional, plus de revenus pour l’État, plus de services publics, de meilleures écoles, etc.

L’un des handicaps du Québec, il est vrai, est qu’il fait partie d’un pays dont la croissance économique est elle-même inférieure à la moyenne des pays industrialisés. En dix ans, l’économie américaine a crû de 22%, celle du Canada de 11%. Parmi les limites du «modèle québécois», il y a celles imposées par le cadre fédéral canadien.

Dans un contexte où le Québec ne contrôle pas l’ensemble des impôts et des lois s’appliquant sur son territoire, le «modèle» qui est le nôtre a produit des résultats enviables. Mais le statut politique et constitutionnel du Québec reste une question incontournable.

Des changements s’imposent parce que le monde change. Les principes doivent être protégés. Les objectifs maintenus. Les moyens d’action adaptés. Le débat sur le «modèle» québécois ne peut pas se limiter aux questions relatives aux équilibres budgétaires et au taux d’imposition des ménages. La question à débattre est celle-ci : Dans le contexte des années 2000, comment devons-nous, avec lucidité et maturité, faire évoluer le «modèle québécois» de telle manière qu’il continue à promouvoir
les valeurs de justice et de démocratie et le mieux-être de chaque Québécois
et Québécoise ?

-30-
cosignataires:

Michel Venne, journaliste
Gérald Larose, ex  président de la CSN
Pierre Paquette, député du Bloc Québécois
Steve St-Pierre, groupe La Résistance
Patrick Lafleur, auteur compositeur interprète
Pierre Falardeau, cinéaste
Robert Bertrand, rédacteur, Québec un Pays
 

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